Précipice
Chapitre 3
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Sous l’œil impavide de Chronos
La lumière crue du plafonnier inondait la chambre d’hôpital, faisant luire le linoléum bleu clair et révélant des plinthes abîmées par les frottements et les chocs. Assise sur le lit, le visage fermé, Valériane Ducuing fixait un point invisible. Louise détailla rapidement la jeune femme – un corps très mince, une figure triangulaire aux pommettes saillantes, de grands yeux noisette, un nez fin et droit, une bouche étroite aux lèvres charnues, et un carré plongeant de cheveux noir de jais, raides et fins, avec une longue frange partant du haut du crâne qui lui donnait un air de personnage de manga.
– Bonjour, madame.
La jeune femme tourna la tête et considéra Louise d’un air interrogatif.
– Major Louise Caumont, brigade de recherches de Tarbes.
– Ah ! Je me demandais quand je recevrais votre visite, réagit-elle, avec un soupçon d’agressivité. Où est Balto ? Dites-moi qu’il va bien !
– Balto ? Votre cocker, je suppose ?
– Oui.
– Il est chez une collègue, elle s’en occupe bien, ne vous inquiétez pas.
Le soulagement s’imprima immédiatement sur les traits de la jeune femme, et son corps tout entier se détendit.
– Comment allez-vous, madame ?
– D’après ce qu’on m’a dit, je vais pouvoir quitter l’hôpital cet après-midi. Et j’aimerais récupérer Balto au plus vite, s’il vous plaît.
– D’accord, on va organiser ça, ne vous inquiétez pas.
Puis Louise tira vers elle le fauteuil en skaï saumon qui était près du lit et prit place face à la jeune femme.
– Bon, le procureur a ouvert une enquête de flagrance. Nous serons donc amenées à nous revoir. Pour votre sortie, quelqu’un va venir vous chercher ?
– Non, je ferai venir un taxi. Je préfère, c’est plus simple, précisa-t-elle face au regard surpris de la gendarme.
– Vous allez rentrer chez vous ? s’étonna Louise. Vous ne préféreriez pas passer le week-end ailleurs, avec des proches ?
La gendarme sentit le malaise de Ducuing et ajouta d’un ton précautionneux :
– Vous savez, il y aura du nettoyage à faire dans votre maison, et un peu d’aide ne serait pas de trop. En plus, ce ne sera pas facile de réintégrer le lieu dans lequel…
– Je sais, la coupa Ducuing, d’un ton qui se voulait résolu. Mais à quoi bon reculer ? Il faudra bien que je me confronte à cette réalité.
La jeune femme tentait de dissimuler son anxiété, mais les tressautements nerveux de ses pieds sous les draps n’échappèrent pas au regard scrutateur de Louise.
– C’est vous qui voyez, consentit-elle, après un court silence… J’ai rencontré le jeune Anthony Lopez, hier soir, et j’ai recueilli son témoignage. J’aurais désormais besoin du vôtre.
Ducuing acquiesça d’un battement de cils, tandis que son visage se durcissait à la seule évocation de son agression.
– Je suis sortie de chez moi un peu après 17 heures pour faire ma promenade habituelle avec Balto.
– Habituelle ?
– Oui. Chaque jour, j’effectue une marche d’une heure et demie environ. Une grande boucle depuis la maison.
– Toujours la même ?
– À peu de chose près, oui. Je traverse les bois à l’arrière de chez moi et je rejoins un sentier balisé qui mène au mont. Quand je suis d’attaque et que Balto est partant, on fait l’ascension jusqu’à la petite chapelle en haut du mont, sinon, on se contente de passer en dessous.
Gênée par les mèches de son carré court, Louise ramena prestement ses cheveux en arrière et les attacha avec une pince. Puis elle nota ces informations sur le carnet ouvert sur ses genoux.
– Je suis rentrée chez moi vers 18 h 15. J’ai alors découvert que le gros pot de fleurs posé sur le pas-de-porte était brisé. J’ai rapidement regardé aux alentours, mais je n’ai rien vu. J’ai pensé qu’un animal assez imposant avait dû le renverser… Bref, je suis rentrée avec Balto, j’ai pris un balai, un sac-poubelle et une pelle, et je suis ressortie pour nettoyer. J’avais pris soin de laisser Balto à l’intérieur pour éviter qu’il piétine la terre et n’en mette partout. J’étais accroupie, je ramassais les morceaux de faïence, quand j’ai détecté un mouvement derrière moi. J’ai à peine eu le temps de tourner la tête.
Les traits de la jeune femme se crispèrent.
– J’ai entraperçu un homme cagoulé qui me fonçait dessus. Malgré la surprise, j’ai eu le réflexe de me ruer vers l’intérieur, mais le type était déjà sur moi lorsque la porte s’est ouverte.
Elle cessa de parler, et son regard se perdit dans le vide. Elle est encore sous le choc, songea Louise avant de la relancer avec douceur :
– Et ensuite ?
– J’ai senti une brûlure à l’épaule, puis une douleur fulgurante qui m’a parcouru tout le corps. Le légiste qui m’a examinée a parlé d’une électrisation par shocker. Effectivement, ça correspond : je n’étais plus en mesure de réagir, ni même de penser. J’étais foudroyée… Après, c’est le trou noir.
– Vous aviez vu que votre agresseur tenait une arme ?
– Non… je n’ai pas eu le temps de voir quoi que ce soit. Je suis désolée.
Louise griffonna quelques notes et releva les yeux.
– Je suppose que, en chutant, j’ai emporté le grand vase qui reposait sur le guéridon de l’entrée. Je n’ai aucun souvenir de m’être fait mal, précisa-t-elle en levant son avant-bras gauche légèrement enflé à cause de plusieurs points de suture. Mais j’imagine que je me suis entaillée à ce moment-là.
– Les techniciens de la scientifique parviendront peut-être à l’établir.
Valériane Ducuing grimaça.
– Les secours ont souillé la scène de crime ?
– En effet.
– Le jeune livreur qui m’a sauvée – Anthony, c’est ça ?
– Oui.
– Je lui ai demandé de photographier tout ce qu’il pouvait.
– Il l’a fait. Sur ce point, d’ailleurs, quelle présence d’esprit !
La légiste eut un sourire étrange.
– C’est fou, hein, le cerveau humain ? apprécia-t-elle d’un ton médusé. Je suppose que ce réflexe professionnel ultra-rationnel correspond à une forme de mise à distance du désordre émotionnel.
– Possible, oui. Quoi qu’il en soit, nous disposons des images de la scène avant l’arrivée du SAMU et de la brigade de proximité.
– C’est déjà ça.
– Reprenons… Nous en étions à votre trou noir. Pouvez-vous me dire, avec le plus de précision possible, ce dont vous vous souvenez après que vous avez repris connaissance ?
Une ombre passa sur le visage de Ducuing. Elle ferma un instant les yeux, déglutit, puis répondit d’une voix blanche :
– D’abord, je me souviens de mes sensations… des sensations étranges de décorporation et de flottement dans un bain de couleurs vives et douces à la fois… des couleurs dont la matière m’enveloppait – une ouate extrêmement douce et réconfortante.
Elle marqua un instant d’arrêt, puis braqua son regard vers Louise.
– Je suppose qu’un junkie dirait qu’il planait, précisa-t-elle d’un ton clinique.
– Vous pensez avoir été droguée ?
– C’est certain ! Le confrère qui m’a examinée a relevé un important hématome à la cuisse. Au regard de mes hallucinations et des effets recherchés par mon agresseur, je peux vous affirmer sans me tromper qu’il m’a injecté de la K en intramusculaire.
La gendarme sourit avec magnanimité : pour la première fois de sa carrière, elle se retrouvait dans l’étrange position de recueillir le témoignage d’une victime que la profession rendait plus compétente qu’elle-même sur certains aspects de l’agression. Autant en faire un atout.
– De la K ? Kétamine, c’est ça ?
– Oui. C’est un puissant psychotrope, aux effets antalgiques et hypnotiques, qui est d’ailleurs utilisé en milieu hospitalier en induction de l’anesthésie. Bien dosé, il crée une perte de vigilance dans un délai assez rapide – une à trois minutes. Il peut être injecté en intramusculaire. Enfin, contrairement aux différents médicaments anxiolytiques et myorelaxants de la famille des benzodiazépines ou bien des anesthésiques de type propofol, la K n’entraîne pas de diminution des fonctions respiratoires, ce qui évite la mort par asphyxie.
Louise hocha la tête.
– Et vu ce qui m’attendait au réveil, il était important pour ce taré que je ne meure pas de dépression respiratoire !
– Tout porte à croire, effectivement, qu’il visait la noyade, valida la gendarme. Madame, avant la parenthèse médicale, vous me parliez de vos hallucinations, pouvez-vous reprendre à ce moment-là, s’il vous plaît ?
– Oui, bien sûr. Impossible pour moi d’évaluer la durée de ce voyage au cœur des couleurs… Mais, peu à peu, mon esprit est revenu sur terre… Cette descente était plutôt désagréable et anxiogène, parce qu’une partie de mon cerveau envoyait déjà des signaux d’alerte. Bref, j’ai fini par entrouvrir les yeux. Là, je me sentais encore dans les vapes, ma vision n’était pas totalement ajustée, et mon esprit était encore embrumé. J’ai mis un peu de temps avant de prendre conscience que l’eau montait autour de moi, j’essayais de me redresser, mais mon corps ne répondait pas… comme si… comme s’il refusait d’obéir… Alors, j’ai baissé les yeux et, là, j’ai compris.
Le regard de la jeune femme s’assombrit à l’évocation de ces souvenirs, et la gendarme nota qu’une de ses mains s’entortillait nerveusement dans le drap d’hôpital.
– Je… c’est effroyable, vous savez. Cette eau qui monte, qui monte, qui monte, et votre corps comme coulé dans du béton ! Je n’ai jamais vécu une telle angoisse. J’ai compris que j’allais mourir noyée et j’ai hurlé pour appeler à l’aide. Mais mon cri n’était qu’un râle couvert par le bruit du jet d’eau.
Ducuing tourna subitement la tête, planta un regard incandescent dans celui de la gendarme et expliqua d’une voix tremblante :
– Il m’avait fourré une boule dans la bouche. Non content de m’avoir immobilisée, ce taré avait fait en sorte que je ne puisse pas crier !
– C’est la fonction d’un bâillon, empêcher de donner l’alerte, avança Louise en pressentant qu’une subtilité lui échappait.
– Vous avez vu où je vis ? Vous croyez vraiment que mon agresseur a pensé que quelqu’un pouvait passer par là et voler à mon secours ?
– Eh bien, à tort ou à raison, il a vraisemblablement trouvé utile de prendre cette précaution.
– Non, ce bâillon n’avait rien d’utile au sens où vous l’entendez. Il faut avoir été à ma place pour comprendre. Mon agresseur voulait anéantir toutes mes capacités d’expression, fit la jeune femme au comble de l’émotion. Le cri est un réflexe primaire, viscéral, animal : en me privant du pouvoir de crier, il m’a enfermée en moi-même, il m’a emmurée vivante dans un corps-prison.
Louise s’enfonça dans son fauteuil. Valériane Ducuing avait vécu un épisode traumatisant, et son propre ressenti ne rendait peut-être pas compte de l’intention véritable de l’assaillant… La gendarme nota cependant cet élément d’interprétation et décida de retourner sur un terrain factuel.
– D’accord. Maintenant, revenons au déroulé de l’agression. Pendant le temps où vous étiez dans la baignoire, où se trouvait l’homme ?
– Il se tenait tout près, mais je ne pouvais pas le voir. Les entraves empêchaient aussi les mouvements de ma nuque. Seuls mes yeux pouvaient bouger. Ma vision périphérique était donc limitée.
– Alors qu’est-ce qui vous fait dire qu’il se tenait à côté de vous ?
– L’eau était au niveau de ma gorge quand il a murmuré : « Tu vas mourir, Valériane. » Vous imaginez un peu ! Ce type était là, il voulait me voir mourir ! Et surtout il voulait me voir me regarder mourir !
– Calmez-vous, madame. Je comprends, mais c’est derrière vous, maintenant, lui dit Louise d’une voix douce. Que s’est-il passé, après qu’il vous a parlé ?
– Juste après m’avoir dit ça, il s’est interrompu parce que Anthony a commencé à m’appeler. Là, j’ai perçu son agitation et ses mouvements… J’ai compris qu’il ne s’y attendait pas, qu’il ne savait plus quoi faire. Et je me suis dit : Il va t’enfoncer la tête sous l’eau pour te noyer !
– J’imagine combien ce récit est pénible pour vous, mais nous devons aller au bout… Respirez… Ça va aller ?
Ducuing renifla en hochant nerveusement la tête et reprit :
– Quand la voix d’Anthony s’est élevée depuis l’entrée, l’homme s’est d’abord précipité hors de la salle de bains. Il a fait quelques pas dans le couloir, puis il a dû se raviser, car il est revenu dans la pièce. Il a farfouillé, on aurait dit qu’il rassemblait des affaires. Puis j’ai entendu le bruit d’un zip de fermeture Éclair. Ensuite, il a fait un mouvement vers moi, j’ai aperçu son bras et sa main à l’angle de ma vision. Là… j’ai cru que… j’ai vraiment cru qu’il allait m’enfoncer la tête sous l’eau, répéta la jeune femme dans un murmure. Mais la voix d’Anthony s’est de nouveau élevée, depuis l’entrée du couloir cette fois-ci. Il a crié qu’il avait appelé la police. C’est là que mon agresseur a décidé de fuir. Le type a quitté la salle de bains. Quelques secondes ont filé. Puis j’ai entendu un claquement de porte. Ça venait de ma chambre. Mais je vous avoue qu’à ce moment-là tout ce qui m’importait était de ne pas glisser dans la baignoire. J’essayais de contracter mes muscles pour maintenir ma posture malgré le léger flottement de mon corps, parce que l’eau avait atteint ma bouche et menaçait de me rentrer dans les narines.
Louise se figurait la scène, l’imminence de la noyade, la terreur augmentant à chaque seconde qui file et, en même temps, l’espoir fou que le destin avait fait naître avec l’arrivée providentielle du jeune livreur. Un combat serré entre Thanatos et les Moires sous l’œil impavide de Chronos.
– Au bout d’un temps qui m’a paru infini, j’ai de nouveau entendu Anthony, juste derrière la porte. Il a crié, puis il est entré. C’était moins une…
La gendarme acheva sa prise de notes dans le silence tout juste rompu par le grattement de son stylo-bille sur le papier. Puis elle releva la tête, décidée à poser les questions nécessaires à ce stade.
– Madame Ducuing, j’ai bien noté que votre agresseur était cagoulé, mais avez-vous la moindre idée de son identité ?
– Non, répondit-elle sans hésitation.
– Avez-vous reconnu sa voix ?
– Non… quand il a dit « Tu vas mourir, Valériane », il chuchotait… C’est impossible de reconnaître une voix à partir d’un murmure.
– Un accent, peut-être ?
Ducuing secoua la tête.
– Je ne crois pas… je l’aurais remarqué, je suppose.
– O.K. Pouvez-vous me dresser une description la plus complète possible de cet homme ? Son allure ? Sa corpulence ? Ses vêtements ?
– L’homme devait mesurer environ un mètre quatre-vingts… il était mince… et très vif… Il portait un jogging noir de marque Adidas. Ça, je m’en souviens, à cause des trois bandes blanches sur le côté de la jambe. C’est tout.
– Et il portait une cagoule, relança la gendarme.
– Oui. C’était une sorte de passe-montagne en laine noire. On ne voyait que ses yeux.
– Vous avez vu leur couleur ?
Ducuing marqua un temps de réflexion, puis secoua la tête.
– Non, je suis désolée, ça a été trop vite.
– O.K.
– … Ah, je me souviens d’un autre détail ! Quand j’étais dans la salle de bains et qu’il a esquissé un mouvement vers moi, j’ai vu qu’il portait des gants.
– Des gants en cuir ?
– Non. Des gants en latex.
Louise ajouta ce détail à ses notes et releva la tête.
– Dans votre entourage, y a-t-il un homme dont la stature et l’allure pourraient correspondre à cette description ?
Valériane Ducuing jeta un regard stupéfait à la gendarme. Celle-ci décida alors de s’expliquer :
– Il a pris soin de masquer son visage. Il a chuchoté votre prénom. Ça n’est peut-être pas pour rien.
– Ce fou avait prévu de me faire mourir ! Que pouvait lui importer que je le reconnaisse ! rétorqua la jeune femme.
– Certes, mais l’identifier vous aurait permis de vous adresser à lui, de chercher à négocier, de jouer sur une possible corde sensible.
À ces mots, le regard de la jeune femme se troubla. L’émotion lui faisait monter les larmes. La voix nouée, elle s’efforça néanmoins de répondre :
– Je… non, je pense vraiment que je ne le connaissais pas…
– Essayez tout de même de passer en revue les gens de votre entourage, s’il vous plaît.
Un sourire grinçant naquit sur le visage de la victime.
– Vous faites fausse route, croyez-moi. Je ne suis pas très entourée. Mes liens avec ma famille sont compliqués et distendus. Et je n’ai pas d’amis… Je suis une vraie solitaire, personne ne rentre chez moi. Je n’ai que Balto, mon fidèle cocker, et il me suffit ! acheva-t-elle avec une pointe de défi.
Louise repensa à leur entrée en matière. La jeune femme retournerait chez elle, seule, et en taxi. Après une agression aussi violente, cela semblait à peine croyable. La gendarme nota mentalement de s’intéresser aux champs relationnel et affectif de Ducuing, puis elle relança :
– Bien. Mais il pourrait aussi s’agir d’un collègue ?
– Je n’ai pas de collègues. J’ai interrompu mon activité professionnelle il y a dix-huit mois. Tous ces morts… je… je n’en pouvais plus, il fallait que ça s’arrête.
Louise observa l’ancienne légiste. Elle avait parlé d’une voix éteinte, et son expression était infiniment triste.
– Je me permets d’insister. Avant votre démission, vous avez travaillé à
l’IML2 de Bordeaux pendant cinq ans : un de vos anciens collègues pourrait-il correspondre à la description de votre agresseur ?
La jeune femme prit le temps de la réflexion, se mordilla la lèvre, puis répondit :
– Non, je ne crois pas.
– Entendu. Vous m’avez dit tout à l’heure être partie marcher. Avez-vous repéré quelqu’un de suspect ? Un homme qui vous aurait suivie, observée ou même abordée ?
– Non, non, rien d’anormal, fit Ducuing en produisant un effort visible de mémoire.
– Et ces derniers jours ? Vous n’avez rien remarqué d’inhabituel ?
La victime plongea dans ses souvenirs. De nouveau, elle se mordilla la lèvre. Un long moment passa avant qu’elle réponde :
– Je suis désolée, mais rien ne me vient.
– Et si je vous parle d’un véhicule bleu métallisé ?
– L’homme qui s’en est pris à moi avait une voiture bleu métallisé ?
– C’est possible, en effet. Anthony Lopez a repéré un véhicule garé sur le bord du chemin conduisant chez vous.
– Ça ne peut pas être une coïncidence ! réagit la jeune femme avec conviction. Personne ne s’engage jamais sur cette voie, elle ne dessert que ma maison.
Puis elle marqua une pause et secoua lentement la tête.
– Désolée, j’ai beau réfléchir, je n’ai aucun souvenir précis lié à une voiture bleu métallisé.
– Ce n’est pas grave. Mais gardez bien en tête cet élément. Il n’est pas rare que des événements anodins ressurgissent après-coup.
La jeune femme acquiesça.
– Bien. Je dois à présent vous poser une question délicate et je vais vous demander de bien réfléchir avant de me répondre.
– Je vous écoute.
– À votre connaissance, quelqu’un pourrait-il vous en vouloir ?
– M’en vouloir ? réagit Ducuing, effarée.
La jeune femme paraissait déroutée, mais conserva le silence. Elle croisa les bras et ramena les mains sur ses épaules, comme pour se réchauffer d’un imperceptible froid.
– Je ne vois vraiment pas qui pourrait m’en vouloir. Je ne fréquente personne, alors…
Une nouvelle fois, la solitude de Valériane Ducuing sautait aux yeux de Louise. La gendarme se contenta de hocher la tête et se décida à poser la dernière question en suspens :
– Que pouvez-vous me dire à propos de l’inscription taguée par l’agresseur sur le carrelage de votre baignoire ?
– Une inscription ?
– Vous ne l’avez pas vue ? L’homme a tagué « MPC/1 ».
Une lueur de peur traversa le regard de Ducuing, il y eut un court silence, puis elle déclara, d’une voix blanche :
– Non, ça ne me dit rien.
Louise nota la pellicule de sueur qui faisait luire le visage subitement exsangue de la victime, ainsi que le léger tressaillement de ses paupières.
– Vous êtes sûre ?
– Absolument, asséna Valériane Ducuing d’un ton péremptoire.
2. Institut médico-légal.
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