Les Gentils
Chapitre 32
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Une gorgée d’eau, brûlante, et je fixe le fond de la bouteille, évalue ce qu’il me reste, culpabilise d’avoir bu autant. Regagner la terre. J’arrête pas d’y penser, mais les berges sont trop loin et le courant, trop puissant.
Je soupire et la sueur me coule dans les yeux, rôtit mes rétines. Ma vision se trouble, avant de se stabiliser sur le cadran de ma montre. Midi passé. Déjà midi. À peine midi. J’arrive même plus à réfléchir, enfiévré d’usure. Cette jungle surnaturelle, dont la beauté n’a d’égale que la perversité. Car j’ai compris. Sa végétation, ses trésors, tout ça n’était qu’un leurre. Putain de Guyane, qui ensorcelle et harcèle, me séduit et m’apaise pour mieux me crisper avec sa cacophonie.
Soif, encore, alors que je viens de boire. De cette gorgée, il ne reste rien, comme si j’étais déshydraté depuis des jours. Et le soleil, qui me boxe sans relâche. Mon tee-shirt, mon jean fusionnent avec ma peau, quand mon estomac gargouille. Envie d’un hot-dog, d’un truc lourd et gras. Affamé, ouais, et perplexe : pourquoi ce gargouillis maintenant et pas avant ? J’ai rien bouffé depuis l’avion, alors mon estomac aurait pu se manifester bien plus tôt. « Midi », ce ne peut être que ça, comme si l’horaire régissait mon organisme. Et je déprime en me découvrant robot, fabriqué à l’occidentale et huilé aux habitudes.
La ligne d’horizon se rétracte, encadrée par un amoncellement de lianes. Les berges se resserrent sous la pression d’une abondante végétation, étranglant la rivière et moi avec.
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