Les Gentils
Chapitre 59
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Quatre heures que je conduis. Que j’ai chaud, soif. Que l’odeur d’essence me file la gerbe et que le ramdam du camion me rend fou. Pas le moindre break, juste ce boucan en continu, qui ne me laisse aucun répit. Le moteur, l’autoradio, la carrosserie… tout ça aurait pu générer quelques variations, histoire de briser la monotonie, mais non : l’association de ces bruits produit un enfer à l’exceptionnelle régularité, si parfait, qu’il annule le temps, l’espace, jusqu’à ma propre respiration, et c’est ce qui me plombe. Ne plus m’entendre respirer, comme si j’étais mort.
— Tiens ! dit Founé.
Elle me tend le bocal de haricots, vidé de moitié. L’odeur accroît ma nausée, mais la faim est trop forte. Je le récupère et l’incline, verse les haricots dans ma bouche, mâche mon Canigou. Infect. Founé, essuyant ses lèvres d’un revers :
— Je vais dormir un peu.
— J’en ai besoin, moi aussi.
— Demain.
— Hein ???
Elle ouvre la sacoche, sort un rouleau de chatterton, arrache une bande et l’enroule autour de sa main, fixant le flingue.
— Tu fais quoi ?
— Je me protège.
Founé déchire la bande d’un coup de dent, récupère le fusil, le décharge à ses pieds. Elle s’enfonce ensuite dans le siège, puis libère un profond soupir, annonçant une sieste imminente. Connasse.
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