Les Gentils

Michaël Mention · Chapitre 35 sur 97

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Les Gentils

Chapitre 37

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Ma main.

Tu la serres de toutes tes forces, et tu en as. Tellement. Je te côtoie depuis cinq ans, mais ne te découvre réellement qu’aujourd’hui. Toi, si grande, et moi, si petit, désarmé face à ton calvaire. Plus les contractions s’accentuent, plus tu luttes, suant de mille extrêmes. Tu pousses, hurles, engueules la sage-femme, tout le monde, avant de chialer et de pousser encore, les dents serrées.

Moi, je te soutiens comme je peux, te parle, te caresse le front, te répète combien je t’aime, te dis que c’est bientôt fini. Bientôt papa, et j’en reviens pas. Une fille, j’espère. Si c’est un garçon, je serai heureux, évidemment, mais je préférerais avoir une fille. J’ignore pourquoi et je m’en fous, fasciné par ton ventre bombé. Bientôt, je le sens. Bientôt, on saura. Les deux prénoms sont prêts, les moins datés possible, pas comme ces bébés qui s’appellent Bernard et ces Barbara de quatre-vingts balais. Ouais, tout est prêt, la chambre, le berceau, les doudous, et j’ai hâte, j’en peux plus, peux plus de te voir souffrir autant. Hâte, et peur d’une maladie, d’une malformation, ces saloperies qu’on peut pas savoir à l’avance et qui pourrissent mon impatience, tandis que tu broies ma main et pousses encore. Je t’aime, chérie. Je suis là et je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime, et ça y est : le cri, enfin.

Son cri.

Ses pleurs.

Sa petite tête posée contre ton sein. Et nous, émus aux larmes, notre amour devenu famille.

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