Les Gentils

Michaël Mention · Chapitre 46 sur 97

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Les Gentils

Chapitre 48

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Vendredi matin.

— C’est sûr, le forage, c’est tout un art.

— Mm.

— Après, plus on creuse, plus ça chauffe.

— Mm.

— C’est pour ça qu’on met du fluide.

— Mm.

— Un mélange d’eau et d’argile. Pour refroidir la tige.

L’employé continue ses explications, passe du fonctionnement du derrick au job des géologues. Qui analysent la boue. Qui étudient la roche et sa porosité, sa perméabilité, etc. Je me fous de tout ça, d’autant que j’étais juste venu lui demander du feu, car mon briquet m’a lâché. J’essaie d’en placer une, mais impossible, le mec est bien trop content d’avoir un inculte en face de lui :

— Normalement, il est censé y avoir du pétrole sous nos pieds.

— Et à part ça…

— Une nappe estimée à deux mille barils, mais on commence à en douter.

— … vous avez un briquet ?

— Ah, non, je fume pas. J’avais un pote qui fumait, il a fini à l’hosto et…

Je me casse, trop stone pour m’énerver. Grâce aux somnifères, je pionce un maximum – 10 h-18 h, 20 h-8 h – et le reste du temps, j’essaie de joindre ta mère, je fais des pompes, j’enchaîne les clopes. Mais là, ça va être dur de trouver un briquet, vu que les autres sont tous partis au boulot. Philippe, peut-être. Lui, il est obligé de rester ici pour protéger le site, mais je ne le vois pas sur son mirador. À tous les coups, il cuve ses bières.

Je traverse la plateforme, dépasse l’infirmerie, avant de me sentir observé. Storm, au sommet de son escalier. Je le salue d’un hochement de tête, il fait de même et regagne son antre dont il ne ressortira qu’en fin de journée, au retour de l’équipe, pour la pesée de l’or. Je continue d’avancer, cherche entre les baraquements, puis contourne le réfectoire, devinant une ombre à travers la fenêtre. Quelqu’un. J’ouvre la porte et trouve Philippe, à genoux, en train de sucer le cuistot. Celui-ci stoppe son amant, qui me reconnaît et baisse la tête. Le cuistot, livide :

— Heu…

— Vous avez du feu ?

Il fouille nerveusement sa poche. Il me tend son briquet, j’allume ma Marlboro et le lui rends. Philippe, honteux, sans me regarder :

— Vous direz rien, hein ?

— Dire quoi ?

Je sors, retrouve la canicule, les moustiques, le vide déprimant de la plateforme. Et le temps, ennemi de chaque instant, qui joue avec mes nerfs comme avec une harpe maléfique. Dans la pirogue, il ne se passait rien, mais au moins, je dérivais. Là, je macère. Mais le pire, ce n’est pas ça, non. Le pire, c’est que tu sois témoin de mon pourrissement et que je ne sois plus ton héros.

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