Les Gentils
Chapitre 80
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Ma barbe. Si elle pouvait parler, elle en aurait des choses à raconter. Trucs glauques qui me reviennent, tandis que je la désépaissis aux ciseaux. Cut. Marécage. Cut. Guêpes. Cut. Founé et tous ces morts accumulés à mes pieds. Je plonge mes mains dans la bassine, m’asperge la gueule, tartine mes joues de savon Made in Jonestown. « Ici, on fabrique tout nous-mêmes » ; les mots d’Irene, une nana de l’Ohio arrivée il y a six mois avec son bébé. Elle m’a filé une serviette, une brosse à dents, m’a montré mon matelas. Le même cabanon que Darius et deux autres personnes pas encore rencontrées.
Yannick.
J’appuie la lame, passe et repasse, rajeunis ma tronche à la peau irritée, marquée par mon périple. Ces rides ; j’ai pris dix ans. Amer, je trempe le rasoir, égalise mes pattes – droite, gauche, droite encore – puis hésite, avant de finalement épargner ma moustache arquée à la Zappa : je sais que ça t’amuse de me voir avec ça. Je me rince, observe mon reflet dégoulinant dans le miroir, tandis que la voix résonne de nouveau à l’extérieur :
« NOUS ŒUVRONS POUR LA PAIX !
UN MONDE D’ÉGALITÉ ET DE VERTU ! »
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