Les Gentils

Michaël Mention · Chapitre 39 sur 97

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Les Gentils

Chapitre 41

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— J’en peux plus… j’ai mal aux pieds.

— Moi aussi.

— Tu peux me porter sur tes épaules ?

— Non, t’es trop lourde, maintenant.

— Allez, s’il te plaît.

— J’ai dit non.

— Allez, papa, s’il te plaît !

— Pff… bon, d’accord.

Et ça pèse sur mes cervicales, martelées par la canicule. Jamais eu aussi chaud. L’impression de me liquéfier. Ma vision se trouble ; sueur et moustiques dans mes yeux, mes narines, mes oreilles. Ces bâtards ne me lâchent pas. Depuis le temps, je devrais être exsangue, mais il faut croire qu’ils n’en ont pas fini avec moi.

14 h 36

J’essuie mon front, puis ma main sur mon jean, trempé. Il se resserre sur mes cuisses, alourdissant mes jambes. Yannick – c’est ce qui me donne la force de continuer. Parfois, entre deux coups de blues, je me dis que je finirai bien par croiser un Européen, quelque chose de familier.

En attendant, en n’attendant rien et pour longtemps encore, le périple se poursuit. Concentré sur le borgne, toujours devant, je m’enfonce dans cette jungle, tour à tour oppressante et envoûtante, à commencer par ses arbres. J’en vois tant depuis ce matin que, désormais, il me semble les comprendre, eux qui ont germé en cet univers hostile, qui ont appris à s’élever jusqu’au ciel pour y capter l’aura du soleil. Et leurs racines tentaculaires, sorties de terre pour mieux se nourrir à la surface. Nature audacieuse, dont la suprématie me rappelle à chaque instant que ma présence ici n’est pas souhaitée, mais tolérée.

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