Les Gentils
Chapitre 72
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J’ai roulé, roulé, roulé. Maintenant, je marche, marche, marche, le cerveau enfiévré sous ma veste. J’ai cru que ça me protégerait d’une insolation, mais ça ne fera que la différer, tant la canicule est impitoyable. Jamais eu aussi chaud. Tellement, que ce mot en est obsolète. Ce que je subis est au-delà du concept de « chaleur » : je ne transpire pas, je fris. Brasier sans pitié et sans fin, à l’image de la jungle, qui resserre sa camisole végétale. Si, au moins, j’avais une machette… alors, je m’éreinte à me frayer un chemin, cassant les branches, saignant mes mains.
Marcher.
Ruminer ma soif dans les cris démentiels des singes, les craquements du bois et de mes articulations.
Marcher.
Frémir au moindre bruissement, scruter l’espace en redoutant les mygales et les pires saloperies.
Marcher.
Défoncer mes baskets, sentir mes orteils macérer dans leur jus brûlant et continuer d’avancer, obsédé par Yannick, à l’affût d’un village, d’un repère évoqué par Founé, tout ce que la nature me refuse. Foisonnante et perverse, elle pousse le vice jusque dans ses interstices, me laissant entrevoir un embryon d’horizon. Un os exhibé devant le chien que je suis, pour mieux le faire avancer. Même si c’est inutile. Tu me l’as dit, ta mère aussi, et vous aviez raison. Ça me fait du bien de vous savoir ensemble. Si belles, assises sur le canapé, à jouer aux sept familles. Dans la famille NULLE, je voudrais le père.
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