Les Gentils

Michaël Mention · Chapitre 52 sur 97

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Les Gentils

Chapitre 54

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… très longtemps, le cœur battant. Une demi-heure que la jungle défile, que la vie continue pour des milliards de gens à travers le monde, et moi, je suis toujours prisonnier du village en feu. Corps calcinés. Brasier hurlant, qui dévore ta robe et me prive de toi une fois de plus. De trop. Je serre les dents, les doigts sur le volant, mais ça me reprend, alors je retire ma main droite et la secoue, la frotte contre ma cuisse. La pute, agitant son flingue :

— Tu fais quoi, là ?

— J’ai une crampe.

— Te fous pas de moi ! Les mains sur le volant !

— Mais où on va ?

Elle ignore ma question, surveille nos arrières dans le rétro extérieur. Elle qui parle français, je le réalise à l’instant. La crampe s’intensifie et me tord les phalanges, mais je résiste, j’encaisse, j’encaisse tout, la douleur, les morts, les échecs successifs.

— À droite !

— Où ? Il n’y a pas de route !

Elle appuie le canon, me creusant la tempe, alors je braque, m’engouffre dans la jungle. Les branches, les lianes fouettent la carrosserie, quand surgissent d’énormes mâchoires d’acier. Panique. Frein. Volant. J’évite de peu la machine et manque d’en percuter une autre, plusieurs. Une dizaine de pelleteuses, arrachant les arbres dans un boucan assourdissant.

— C’est qui ? Qu’est-ce qu’ils font ?

— Attention !

Je zigzague entre les véhicules, les troncs éclatés, les singes écrasés, et traverse la zone déboisée, semblable à un terrain vague. Des ouvriers nous insultent, nous jettent des canettes, et nous voilà hors d’atteinte. Les cris des mecs font place à ceux des perroquets, effrayés par notre échappée, où le chemin redevient jungle. Au-dessus, les feuillages se rejoignent et forment une voûte qui nous entraîne dans un tunnel verdoyant interminable…

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