Les Gentils
Chapitre 63
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La brume s’épaissit à vue d’œil, absorbant la verdure, tandis que la lune entame son déclin. Plus besoin de montre ; je sais qu’il est entre 5 heures et 5 h 10. Des jours, des semaines, que je vis jungle. Pare-brise, rétros… où que je regarde, elle gangrène toujours plus mon esprit, le privant de toute divagation. Impossible de penser à autre chose, la moindre tentative n’est qu’une esquisse aussitôt corrompue par la végétation. Founé, scrutant le ciel :
— Tu peux accélérer, hein.
— J’ai peur que le moteur…
— Accélère.
Je passe la troisième et la boîte de vitesses n’aime pas ça. Son grincement se répercute à travers la cabine, relayé par l’acharnement des pneus, qui crissent, font de chaque seconde un suspense éreintant. Founé se penche vers le tableau de bord pour vérifier la jauge d’essence, obstruant partiellement ma vue avec son chignon crépu. Senteur agréable malgré la sueur, après quoi elle reprend sa posture initiale :
— Tu parles anglais ?
— Je me débrouille. Pourquoi ?
— C’est ce qui se parle le plus au Guyana. Tu sais où le trouver, ce mec ?
— Aux dernières nouvelles, il serait à Jonestown.
— Ah… ils en ont parlé à la radio, une communauté en bordure du Venezuela.
— J’en sais rien. Mais je trouverai.
— Si c’est bien là, t’en as au moins pour trois semaines. Tu devrais arriver début novembre, pour la saison des pluies. Ça risque de compliquer tes plans.
— Ça m’empêchera pas de le tuer.
— Et s’il n’est pas à Jonestown, tu feras quoi ?
Je ne dis rien, concentré sur le trajet et la naissance de l’aube entre les cimes. Il y sera. Il le faut.
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