Les Gentils
Chapitre 40
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Pas mauvais, leur bouillon d’écorce. Un peu aigre, mais très désaltérant. J’en avais besoin. J’avale une autre gorgée, appuyé contre le palmier, en profite pour me reposer. Quatre heures de marche, ça vaut bien deux minutes de pause. Un concept qui échappe aux perroquets et aux singes ; leurs cris incessants. Depuis notre départ, je n’ai pas entendu une seule seconde de silence. Du moins, j’en ai pas le souvenir.
La bouteille à la main, j’observe le borgne, en train d’escalader un arbre, puis l’autre, voûté, inspectant la terre. Eux non plus, ils ne s’arrêtent jamais : soit ils marchent, soit ils cherchent des trucs. Tous en mouvement, de la faune aux hommes, et moi, sur la touche.
11 h 47
Ma montre, le cadeau de ta mère pour mes vingt-huit ans : une Tag Heuer Monaco, celle de McQueen dans Le Mans. Son cadran carré, son bracelet qui me gratte. Je le détends quelque peu, insère mon index entre le cuir et mon poignet irrité.
Un craquement attire mon attention sur l’arbre, d’où le borgne redescend avec une goyave, tandis que l’autre continue de scruter le sol. Je le regarde chercher, ramasser une longue tige, la manipuler, tester sa résistance. Elle se brise, alors il la balance et se remet à inspecter la terre. Spectacle captivant, où sa quête attise mes attentes. Et ça y est, il a trouvé : cette coque brune, qu’il examine avant de s’en faire une brosse à cheveux. Il met le trophée dans sa panse, puis se tourne vers moi.
— Ajikom !
Sa première intervention depuis notre départ. « Allez, le Blanc, grouille ! » Je bois une dernière fois, visse le bouchon, range la bouteille dans le sac… grouillant de fourmis. Saloperies. Je souffle dessus, n’en virant qu’un tiers, remets le sac sur mon dos.
Sensation.
Caresse.
Ma cheville, où s’enroule une scolopendre longue et grasse.
Je secoue le pied – PUTAIN ! – pour expulser cette merde, provoquant les rires des Amérindiens, qui repartent. Vexé, je leur emboîte le pas, sans entrain. Si je connaissais notre destination, ça me motiverait, me ferait un objectif à atteindre, mais je ne sais pas, ne sais rien, et c’est dur. Je pourrais essayer de communiquer avec eux, mais je suis trop HS, alors je me contente de suivre, comme une merde. McQueen ne ferait jamais ça, lui.
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