Les Gentils

Michaël Mention · Chapitre 85 sur 97

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Les Gentils

Chapitre 89

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Nuit. Minuit passé, sûrement. Désormais, les heures se comptent en angoisses, ou pire, comme maintenant. En sueur, cramponné au matelas. Jamais été aussi mal. Depuis ta mort, c’est l’enfer, mais là, ça n’a rien à voir. Tachycardie. Terreur. Chute vertigineuse, comme si j’étais aspiré, haché…

— « Mou-li-nex » ! C’est comme ça que ça s’appelle ?

— Non. C’est un mixeur. « Moulinex », c’est la marque.

— Ça veut dire quoi, la marque ?

… et ça ralentit, grâce à toi. Mon cœur s’épuise encore, mais ça s’est enfin arrêté. Je m’assieds sur le matelas, essaie de reprendre ma respiration, me réapproprier mon corps. C’est difficile, mais je finis par y parvenir, redoutant que ça me reprenne, mais non, pas cette fois. Je renoue avec la pénombre, rythmée par les ronflements de Darius et des Chicanos. À travers les parois, les perroquets chantent leur proximité, me rappelant que si Jonestown est ma prison, la jungle est son enceinte. Alors, le chagrin. Pas le stress, non. Le chagrin dans ce qu’il a de plus excluant. « Chagrin », ce joli mot, pourtant.

Je bâille, me rallonge, lorsqu’un son me parvient de l’extérieur, semblable à un gémissement, en provenance du pavillon de Jones. J’écoute, mais n’entends plus rien, la fatigue m’engourdit. Flashback de cette journée épouvantable – « Nous œuvrons pour la paix ! » – qui me fait redouter les suivantes. Et rien ici pour me tailler les veines, aucun crochet au plafond pour me pendre. Rien, juste les RRRRonflements appuyés des autres, où leur repos n’est qu’un répit.

RRRR.

J’en peux plus, tu sais.

RRRRR.

Plus la force.

RRRRRR.

Trop dur, tout ça.

RRRRRRR.

Envie de crever.

RRRRRRRR.

Vivement demain.

RRRRRRRRR.

Que je trouve un autre moyen, qu’on se retrouve enfin.

RRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRR…

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