De feu et de glace - L'intégrale

Adeline Alexandre · Chapitre 1 sur 126

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De feu et de glace - L'intégrale

De feu et de glace

Adeline Alexandre

 

L’intégrale

 

Vol. 1 & 2

 

* * * *

 

OceanofPDF.com

De feu et de glace

 

Vol.1 – Lisea

 

Je la voulais et quand je veux, je prends.

Elle est mienne et je ne laisserai rien ni personne se mettre entre nous.

À présent, nous brûlons l’un pour l’autre.

Et malgré ce que je sais, je ne peux la laisser partir.

Lorsque mon regard a croisé le sien, j’ai su à cet instant que ma vie allait changer.

Auprès de lui, j’ai guéri mes blessures les plus profondes, il m’a sauvée de moi-même.

À mon tour, je l’ai sauvé de son passé.

Tout semble si parfait, trop parfait.

***************

Chapitre 1

« S’aimer soi-même est le début d’une histoire d’amour qui durera toute une vie »

Oscar Wilde

Lisea

Ce matin, je peine à me bouger, la vie me semble tellement morne et ennuyeuse. J’ai l’impression que quoi que je fasse, je suis vouée à l’échec. Ma vie n’est qu’un immense gâchis.

Alors que je suis née de père et de mère inconnus, me voilà de nouveau mise à la rue par ma famille d’accueil alors que cela faisait des années que je vivais chez eux. Ils ne m’ont tout bonnement pas laissé le choix, je devais partir.

J’ai alors trouvé refuge chez ma meilleure amie, Maddie. Elle a bien voulu me dépanner pour quelques semaines pour que je puisse me retourner et trouver une solution à mon problème de logement. Ses parents sont en voyage un mois entier dans les îles et ne sauront même pas que j’ai passé des semaines chez eux, mangeant sur leur compte et dormant dans une de leurs innombrables chambres d’amis.

Depuis ce jour, je ne me sens plus en phase avec la vie que je mène, j’ai les idées noires.

Si noires que je me sens comme une noyée, comme si ma tête ne sortait de l’eau que quelques secondes avant d’y replonger de plus en plus profondément, touchant le fond. Je me noie indubitablement. J’ai envie de mourir. J’ai le souhait d’en finir et de fermer les yeux une dernière fois éternellement. Il me faut puiser au fond de moi, la force ultime de le faire.

En attendant de trouver le courage d’affronter ma destinée, je cours. Je cours jusqu’à ce que je ne sente plus mes jambes. L’exercice physique me vide de toutes forces et tous les soirs, je m’effondre dans mon lit, la tête vide. Peut-on mourir de fatigue si facilement ?

La souffrance ne me fait plus peur. Je regarde mon poignet gauche bandé depuis hier soir. La chair étant ouverte, le moindre frottement est douloureux.

N’ayant pas encore trouvé le courage de plonger dans l’eau une dernière fois, je mutile la peau délicate de mon poignet. La douleur est exquise lorsque je sens la lame de rasoir percer ma peau. Je suis folle d’aimer ça, mais c’est ce qui me rend vivante malgré tout.

Lasse de mes pensées plus que noires, je me mets à trottiner pour me chauffer les muscles avant d’emprunter le chemin menant au bois. J’ai découvert cet endroit par hasard et depuis, j’y viens tous les jours courant dans la forêt, m’entourant de cette faune si sauvage que je me sens ailleurs, transportée dans un autre monde.

C’est au moment où je passe un virage sur le chemin de terre, le souffle saccadé que je l’aperçois.

Il se trouve à une trentaine de mètres de moi, ses longues jambes musclées battent le sol à un rythme si soutenu que je me fais l’effet d’une débutante face à lui. Mes yeux remontent vers son torse musclé jusqu’à ses épaules si larges que je me sens minuscule comparée à lui.

Lorsqu’il arrive à ma hauteur, la puissance de son regard me cloue sur place, je suffoque comme s’il absorbait toute source d’oxygène environnant. Ses yeux d’un vert chatoyant plongent dans les miens et me sondent en un instant. J’ai le temps de voir son léger froncement de sourcils avant qu’il ne me dépasse. La chaleur de son corps lorsqu’il me croise me fait frissonner. Qui est cet homme ?

Je continue de courir, mais j’ai le souffle coupé. Je m’arrête en trébuchant sur une racine et je souffle bruyamment en posant les mains sur un tronc d’arbre. La tête me tourne et mes jambes ne me soutiennent plus. Alors que j’essaye de m’adosser contre l’arbre pour reprendre la maîtrise de mes jambes, je me sens tomber. J’entends le bruit sourd de ma tête lorsqu’elle heurte le sol puis la nuit m’envahit. Avec soulagement.

J’entends le déclic d’une porte qui se ferme, j’ouvre les yeux et regarde hébétée le lieu où je me trouve. Où suis-je ? Je ne reconnais pas la chambre d’amis de Maddie. J’essaye de me remémorer ce que je faisais avant d’atterrir dans cette chambre aux proportions hors du commun. Je n’ai jamais vu une chambre aussi grande et luxueuse. Je me souviens d’avoir couru ce matin mais la suite me donne mal à la tête. Je me rappelle juste avoir chuté puis plus rien avant mon réveil dans ce lit confortable. Ai-je été enlevée ? Je pouffe de rire pour la première fois depuis des semaines. Qui m’enlèverait ? Je n’ai aucune famille. Je chasse de mes pensées cette éventualité en passant ma main dans mes cheveux. Une douleur sourde vrille soudainement mon poignet. Je remarque alors le nouveau bandage bien serré. Je ne comprends plus rien et c’est à ce moment-là que je réalise que je suis complètement nue sous la couette. Quelqu’un m’a déshabillée. Putain de merde, je me sermonne intérieurement, qu’ai-je pu faire pour me retrouver dans cette situation ? N’ai-je pas déjà assez de problèmes sans en rajouter une couche ? Bilan : je suis dans une chambre inconnue, nue, sans aucune trace de mes vêtements en vue, mon poignet soigné. Ma nouvelle situation devrait me faire peur mais la curiosité étant la plus forte, je parcours des yeux mon environnement : des draps blancs, une couette d’un ton vert pâle, des murs taupe et un peu plus loin, une salle de bains au carrelage étincelant.

Puis la curiosité est très vite balayée par une sourde angoisse qui monte inexorablement du plus profond de moi.

Cela en fait trop pour moi, je m’écroule sur le matelas et ferme les yeux. Les larmes jaillissent et coulent le long de mes joues inondant au passage l’oreiller. L’unique solution finit par s’imposer d’elle-même et je sais alors ce qu’il me reste à faire. Je le sais même depuis longtemps.

Je me lève s’en prêter attention au fait que je sois nue, je vacille sur mes jambes, mais je suis si déterminée que je m’en contrefous. D’un pas cotonneux, je traverse la chambre et entre dans la salle de bains. Je souris lorsque je trouve dans la commode l’objet de mes désirs.

Je tremble de tous mes membres lorsque je prends le rasoir dans mes mains. Il n’y a rien sur cette terre qui ne peut m’empêcher de faire ce geste, ce dernier geste pour enfin être libre.

Je tends le bras droit puis ferme les yeux au moment où la lame touche les veines saillantes de mon poignet. Je m’attends à la douleur et je grimace d’avance, mais soudain, une poigne de fer agrippe mon bras.

Décontenancée, je lâche le rasoir et écarquille les yeux lorsque je me retrouve face à l’intrus qui m’a empêchée d’en finir.

LUI, tout me revient, des images se superposent dans ma tête, me faisant cligner plusieurs fois les yeux. Je l’ai déjà vu, je me souviens de l’homme que j’ai croisé lors de mon jogging.

– Non, dit-il d’une voix sourde.

Sa mâchoire carrée est tendue, son regard perçant me scrute sévèrement, me fixant dans les yeux.

– Non, je ne veux plus de ça, tu m’entends ?

Je cligne encore des yeux et secoue la tête de haut en bas, hypnotisée par ses iris d’un vert si clair qu’ils me clouent sur place.

Il desserre légèrement sa poigne avant de m’attirer à lui, je me retrouve contre sa poitrine puissante. Ses pectoraux sont si durs que je me demande si cet homme n’est pas une machine tellement il paraît fort et dur à la fois.

– Lisea, je ne veux pas que tu te fasses du mal, c’est fini tout ça.

Je secoue la tête, éberluée, je ne connais pas cet homme alors que lui, pourtant, a l’air de me connaître parfaitement. Je prends enfin la parole d’une voix tendue :

– Qui êtes-vous ? Pourquoi suis-je ici ?

C’est à ce moment-là que je réalise, lorsque je baisse les yeux, que je suis nue devant lui et je n’ai pas assez de mes mains pour me cacher. Je m’écroule alors à terre, m’échappant de ses mains, je remonte mes jambes contre ma poitrine et entoure mes bras autour d’elles comme pour me protéger. Je murmure pour moi-même :

– Je vais me réveiller, je vais me réveiller.

L’homme aux yeux perçants s’accroupit alors devant moi et relève fermement mon menton pour que je le regarde bien en face.

– Ce n’est pas un rêve Lisea, lève-toi maintenant, il faut que nous parlions.

Il parle peu, mais est très direct, je le regarde dans les yeux et ne peux rien y déceler à part une confiance absolue. Il est si sûr de lui qu’un frisson involontaire me remonte l’échine, je ne sais s’il est dû au froid du carrelage sous mes fesses nues ou à la peur d’être en face d’un inconnu.

Il fronce les sourcils et sans rien ajouter, me soulève dans ses bras avant de se diriger vers la chambre à coucher. Il m’allonge sur le lit et remonte la couette jusqu’au menton et c’est à ce moment-là qu’il se détend, affichant même un petit sourire satisfait.

– Voilà où tu dois être, dans ce lit bien au chaud pendant que nous parlerons de ton avenir ici.

– Mon avenir ? Je ne comprends pas. Pourquoi moi, quel intérêt puis-je avoir pour vous ? Je n’ai pas de famille, pour la rançon, cela va être difficile.

Son visage se détend encore plus et il éclate de rire avant de reprendre un semblant de contenance.

– Ah Lisea, je sens que je vais bien m’amuser avec toi, tu es si imprévisible.

– Je ne suis pas votre prisonnière ?

L’homme se rapproche alors de moi et s’assoit au bord du lit. Il murmure tout bas avec sérieux :

– C’est toi qui vois. À toi de me dire si tu te sens prisonnière. Tu es ici dans ta maison, j’espère qu’elle te plaît ?

– Je peux donc partir quand je veux ?

Il secoue la tête, et même si je ne comprends pas encore mon statut dans cette maison, je ne peux m’empêcher de trouver cet homme incroyablement beau. Ses cheveux bruns coupés courts en dégradé, sa mâchoire carrée, son nez parfaitement dessiné. Il a tout simplement un physique de mannequin. Malgré son sourire, je sens au fond de moi, qu’il pourrait être dangereux d’être contre lui.

Il me répond avec un sourire :

– Non, pour ça, il faut que tu fasses tes preuves. Tout est une question de confiance.

– Donc si je comprends bien, si je vous obéis aveuglement, j’aurai le droit de faire ce que bon me semble et voir ma meilleure amie Maddie ?

– En effet, tu le pourras.

Ses yeux parcourent mon corps et même si je suis sous les draps, je ne peux empêcher mes joues de s’enflammer. J’ai comme l’impression d’être sa proie tout juste capturée, et même si je n’ai aucune expérience sexuellement parlant, je sais reconnaître le désir dans le regard d’un homme et cet homme me veut, je n’en doute plus une seule seconde. Un frisson parcourt mes bras nus et je ne sais pas si cela est dû à de l’appréhension ou à un désir d’être enfin aimée par quelqu’un.

– Je ne sais même pas votre prénom.

– Tu peux m’appeler N.J si tu veux.

– N.J ? Ce sont les initiales de quel prénom ?

Il avance la main et la pose sur mon poignet bandé, il fronce alors les sourcils et déclare :

– Tu as dû rouvrir ta plaie, je vais remplacer la bande et désinfecter ta blessure.

Il se lève brusquement du lit et disparaît dans la salle de bains sans répondre à ma question. Il revient quelques minutes après, une trousse de premier secours dans les mains. Il désigne le second sac et déclare :

– Plus la peine de chercher à te blesser, j’ai enlevé tout objet le pouvant. J’espère que tu réfléchiras aux conséquences que cela aurait pu engendrer. Ne tiens-tu plus à la vie ?

– Quand je vois dans quel genre de palace vous vivez, je doute que vous puissiez comprendre.

Je détourne le regard de N.J pour ne pas apercevoir dans son regard la pitié que je dois lui inspirer. Pourquoi moi. Pourquoi m’a-t-il prise sous son aile ?

Lorsque je le regarde à nouveau, il est à mes côtés, une paire de ciseaux à la main, pointée vers moi, je recule d’un bond cognant ma tête au dossier du lit. Je pousse un cri de douleur.

N.J me fixe puis regarde la paire de ciseaux. Il la pose sur la couette et approche sa main de moi pour caresser mon visage d’une main douce.

– Lisea… Lisea, j’essaye de te réparer, je ne vais pas te faire du mal, soupire-t-il en secouant la tête. Ça va ta tête ?

Je hoche la tête tout en touchant l’arrière de mon crâne. Je le regarde ouvrir un sachet de compresse et l’observe intensément essayant de le percer à jour. Cet homme ne me veut-t-il que du bien ? Quelles sont ses intentions à mon égard ? Me garder sous sa coupe le restant de mes jours ou veut-il juste jouer avec son nouveau jouet quelque temps avant de me relâcher me laissant encore plus démunie qu’avant ?

À cet instant, son regard croise le mien. Il penche légèrement la tête avant de murmurer :

– Il y a trop de questions dans cette jolie petite tête. Laisse-toi porter et tu verras que tu te sentiras mieux… beaucoup mieux ma douce.

N.J lit-il dans mes pensées ?

Il finit de panser pour la seconde fois mon poignet sans que je n’émette un son.

– Repose-toi un peu puis je viendrai te chercher pour dîner.

– Je…euh…d’accord, je murmure en le regardant brièvement avant de baisser les yeux.

N.J caresse ma joue de façon furtive comme s’il s’interdisait plus de contact.

Il disparaît aussitôt après et ce n’est que le bruit de la clé dans la serrure qui me fait prendre conscience peu à peu de ma situation actuelle : je suis devenue sa prisonnière.

 

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