De feu et de glace - L'intégrale
Chapitre 4
« Il n’y a point de bonheur sans courage, ni de vertu sans combat »
Jean-Jacques Rousseau
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Maddie
Lisea passe à peine la porte de l’agence que je m’avance vers elle pour lui dire d’une voix satisfaite :
– J’ai une super nouvelle. Nous avons un nouveau client.
Mon associé me regarde et éclate de rire en levant deux doigts devant moi.
– Deux nouveaux clients. Je dois aller chez une certaine Madame Cully pour la rénovation de sa salle de bains. Elle veut les derniers gadgets hyper tendance de cette année.
– Génial. Je sens que le travail ne va pas manquer ses prochains mois surtout que j’ai un riche client qui nous demande la décoration complète de sa nouvelle maison sur Pacific Heights et je n’ai pas fini…
– Quoi ? Allez viens-en au fait. J’ai l’impression que tu vas m’aligner avec ce tout dernier client richissime, intervient Lisea en s’impatientant.
– Si je te dis, grande maison, tu me dis combien de mètres carrés ?
Lisea roule des yeux et s’écrie :
– La vache, une super grande maison à décorer. Je dirais deux cent cinquante mètres carrés.
– Un peu plus, trois cent mètres carrés. Les murs sont blancs et propres, y a plus qu’à se laisser porter par notre imagination. Par contre, dis-je en fronçant légèrement les sourcils, il est… disons, du genre séducteur, dragueur. J’ai l’impression qu’il va m’en faire voir de toutes les couleurs.
Lisea éclate de rire.
– Le comble pour une décoratrice et comment s’appelle-t-il ce ténébreux homme riche ? Il est beau ?
Je me dirige vers le fond de la pièce où derrière une tenture de tissu beige, se cache une kitchenette.
– Un café ?
– Allez, crache le morceau, grogne-t-elle.
Je réfléchis un instant avant de décréter :
– Je ne dirais pas ténébreux. Je garde ce critère pour Svet. Je dirais qu’Alessandro De Luca pourrait faire la une d’un magazine de mode tellement il a un corps et un visage parfaits. Trop parfaits même. Ça en est même louche.
– Ah bon ? Louche comment ?
Je grimace en nous servant chacune un mug de café.
– Peut-être pas louche alors. Ça paraît trop dur maintenant que je le dis à voix haute. Je dirais plutôt que c’est un homme au visage si parfait que je doute de son âge.
Lisea boit une gorgée de café et réplique :
– Genre, il fait de la chirurgie esthétique ?
– J’en ai l’impression mais tu auras certainement l’occasion de le voir vu le temps que vont prendre les travaux. Au début, il voulait que je sois seule à m’en occuper mais je lui ai dit que j’aurai besoin de ton aide pour trouver des idées. Après tout, nous travaillons toujours ensemble sur les projets que l’on nous confie.
– Exact mais s’il ne veut que toi, ça ne me pose pas de problème. Il ne faut pas le faire fuir à toutes jambes.
– Attends, il n’a même pas voulu que je lui propose quelques idées. Il a signé le contrat et m’a même déjà signé un premier chèque de cinq mille dollars comme acompte.
– Eh bien, c’est un sacré contrat que nous avons là. À nous de jouer pour faire de sa maison une réussite. Un homme tel que lui peut nous faire une sacrée publicité. Un véritable essor pour notre agence.
J’acquiesce puis munie de nos cafés, nous nous installons à la grande table de travail où j’ai déjà noté quelques idées hier soir.
En fin d’après-midi, Lisea est sur le point de partir lorsque la sonnette retentit. Je suis occupée à ranger mes croquis alors je ne fais pas attention au nouveau venu.
– Bonsoir. Nous allons fermer mais vous pouvez venir demain matin, nous ouvrons à 9 heures.
– Oh, je suis désolé, je pensais pouvoir inviter votre associée à dîner pour discuter de mon projet de décoration.
Je reconnais immédiatement la voix d’Alessandro De Luca et surprise, je lève les yeux sur lui qui regarde justement dans ma direction.
Lisea, le sac à main sur l’épaule, a les yeux écarquillés et je souris intérieurement. Je suis sûre qu’elle a parfaitement compris qui il était.
– Oh, eh bien voyez ça avec elle, répond-elle en me désignant. Nos regards se croisent et elle me fait les gros yeux.
Alessandro la regarde un instant et tend la main dans sa direction :
– Excusez-moi, je ne me suis pas présenté. Alessandro De Luca.
Lisea lui serre la main et répond :
– Enchantée, Lisea Jensen, associée de cette agence. Je vous laisse avec Maddie. Je vais être en retard.
– À demain ma belle, ajoute-t-elle en me souriant d’une façon qui indique clairement qu’elle voudra tous les détails de cette entrevue à la première heure demain matin.
Lisea quitte l’agence et disparaît. Le soir tombe et le soleil ne va pas tarder à se coucher. Je regarde l’heure sur ma montre avant de relever la tête vers Alessandro qui s’est avancé vers moi.
– Bonsoir Madison.
Je tends la main pour le saluer et il la prend avec douceur caressant mon poignet au passage.
Je m’éclaircis la voix avant de murmurer :
– Bonsoir Alessandro. J’ai commencé à noter quelques idées. Il faudra que nous nous voyions pour que vous m’exposiez vos goûts en matière de couleurs et de tissus.
– Ce soir ? demande-t-il en haussant un sourcil.
– Non, pas ce soir, je ne suis pas libre.
– Oh, un petit ami ? continue-t-il.
Son visage souriant se crispe légèrement et je vois que l’idée que je puisse avoir un petit ami le dérange.
– Non, je vais dîner chez mes parents. Cela fait longtemps que je ne les ai pas vus.
Alessandro semble se détendre et me demande :
– Demain soir alors, je vous invite à dîner.
– Oh, euh…d’accord.
Alessandro recule alors d’un pas et achève :
– Alors à demain. Je passerai vous chercher à 19 heures.
– Très bien, à demain Alessandro.
Il quitte l’agence sur un dernier sourire et je soupire de soulagement. Alessandro est très intrigant et je ne sais pas où tout cela me mènera. Je ne suis en aucun cas attirée par cet homme et j’espère que le dîner restera un simple rendez-vous d’affaires.
– Ma chérie, je suis contente de te voir.
Je me glisse dans les bras ouverts de ma mère et dépose deux baisers sur ses joues.
– Moi aussi maman. Où est papa ?
La haute silhouette de mon père s’affiche dans l’embrasure de la porte de la salle à manger.
– Je suis là ma puce. As-tu facilement trouvé la maison ? me demande-t-il en me souriant malicieusement.
– Oh papa ! J’ai tellement de travail en ce moment. Les clients se sont donné le mot, nous avons trois clients à gérer en même temps.
Mon père s’approche et me prend à son tour dans ses bras.
– Je te taquine Madison. Je sais ce que c’est de bâtir une entreprise.
J’éclate de rire et continue :
– Je suis loin de bâtir un empire comme le tien papa.
– Ne sois pas défaitiste. Je suis sûr qu’un jour tu devras engager des autres décorateurs tellement tu auras de clients. Tu as tellement de possibilités. Ne reste pas cantonnée à une toute petite agence. Vois grand, vois loin ma chérie.
Le petit discours de mon père me fait sourire. Il est tellement dans son élément lorsque nous parlons entreprise.
– Nous allons passer à table Jeff. Laisse Madison respirer un peu. Marisa va nous apporter l’entrée dans un instant.
Je m’installe à table. Mon père préside en bout de table comme toujours tandis que ma mère se place à sa gauche.
– Entouré des femmes de ma vie. Il n’y a pas de meilleure place au monde, lance mon père en nous regardant.
– J’aimerais bien qu’un jour Madison vienne avec un petit ami, continue ma mère en lorgnant dans ma direction.
– Moira, laisse-la d’abord gérer son agence. Elle n’a que vingt-deux ans. Elle a bien le temps pour cela. Je suis trop jeune pour être grand-père.
J’écarquille les yeux en les entendant tour à tour émettre une opinion sur ma vie sentimentale.
– Oh, oh je suis là. De un, je n’ai pas de petit ami et de deux, je suis loin d’avoir dans ce cas des enfants, donc ne t’inquiète pas papa. Tu as du temps devant toi avant de prendre un coup de vieux, je finis en ricanant.
– Ce n’est pas drôle Madison, intervient Moira. Tu sais qu’à ton âge ton père et moi étions déjà mariés et j’étais enceinte de toi.
Je regarde ma mère, âgée de quarante-cinq ans. Elle est toujours très belle, je tiens d’elle ma petite taille et cette chevelure brune très épaisse. Elle s’habille de façon très classe mais moderne ce qui la rajeunit considérablement.
De mon père, je tiens ses yeux chocolat et mes idées assez arrêtées sur l’avenir. J’ai toujours eu un plan dans ma tête : être fiancée à vingt-cinq ans, me marier deux ans plus tard et avoir un enfant à trente ans pour pouvoir profiter d’être à deux avant d’agrandir la famille.
Il y a trois ans, je pensais sauter des étapes avec Svet mais sa soudaine disparition m’a fait réaliser que je devais garder en tête ce plan pour pouvoir garder la maîtrise de ma vie.
– Tu es là Madison ? s’exclame Moira en me regardant.
– Oui, désolée. Je pensais à plein de choses… sur le boulot.
– Profite et oublie pour ce soir, le travail attendra demain, renchérit Jeff en faisant signe à Marisa qui vient d’entrer dans la salle à manger, de servir les entrées.
Lorsqu’elle dépose devant moi un bavarois composé d’asperges et de saumon, elle me sourit.
– Heureuse de te voir Maddie. Tu nous manques ici. Ça fait une éternité que je n’ai pas fait de bonnes pâtisseries.
Je lui souris en retour et sur un ton conspirateur, je murmure :
– Si tu en fais, mes parents seront bien obligés de te faire honneur. Que feraient-ils sans toi ?
– Tu es adorable Maddie, dit-elle en nous souhaitant un bon appétit avant de s’éclipser en cuisine.
Après avoir englouti du poulet rôti et des légumes puis un napolitain maison, je m’apprête à les quitter sans oublier de remercier Marisa pour ce repas exquis et bourratif.
– Reviens vite nous voir ma chérie, me prie ma mère en m’embrassant sur le front.
– Oui, tu nous manques. La maison nous paraît si vide sans toi, argumente mon père en me prenant dans ses bras.
Je pousse un soupir de contentement en sentant ses bras solides et protecteurs autour de moi. L’amour inconditionnel de mes parents me rassure et je quitte la maison en souriant. J’ai des parents extraordinaires et je me promets de venir plus souvent. Ils me mettent du baume au cœur à chacune de mes visites.
Je gare ma voiture sur le parking se trouvant derrière l’agence puis je parcours à pied les quelques mètres pour retrouver mon appartement.
Arrivée devant l’agence, je glisse un regard à l’intérieur où les stores intérieurs sont baissés, pas peu fière du travail que Lisea et moi avons abattu pour en arriver là.
Je suis sur le point d’ouvrir la porte à côté de l’agence qui mène à l’étage, lorsque je suis parcourue par un frisson. Il fait encore lourd malgré l’heure tardive mais je sens l’atmosphère différente comme si quelque chose clochait mais en regardant autour de moi, je n’aperçois que des voitures stationnées et personne n’est en vue alors pourquoi ai-je cette sensation d’être observée ?
Depuis un an que je vis ici, je n’ai jamais eu cette étrange impression et je n’ai jamais craint ce quartier du centre-ville. J’entends la musique du bistrot un peu plus loin dans la rue mais rien de plus.
Je hausse les épaules. Je dois me faire des films, c’est sûr. Bien qu’il n’y ait aucune menace, je me dépêche d’ouvrir la porte et de fermer dans un claquement. Je verrouille à double tour et monte l’unique escalier pour rejoindre le cocon de mon appartement.
Je n’allume pas et me dirige vers ma chambre. Je me déshabille et ne garde que ma culotte avant de me glisser sous le drap fin suffisant en cette fin d’été puis je ferme les yeux oubliant la troublante sensation à mon arrivée.
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