De feu et de glace - L'intégrale

Adeline Alexandre · Chapitre 106 sur 126

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De feu et de glace - L'intégrale

Chapitre 16

 

« La victoire va à celui qui prend le plus de risques »

Jean-Claude Killy

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Maddie

Dans le coffre de la voiture, je suis ballottée dans tous les sens, le coeur au bord des lèvres, je lutte pour respirer malgré le tissu qui entrave ma bouche. Mes mains sont liées derrière mon dos et j’ai les doigts engourdis tellement les liens sont serrés. Mes jambes sont quant à elles libres de tout mouvement.

J’essaye de relativiser comme je peux en gardant en tête qu’il attend quelque chose de moi sinon il m’aurait déjà tuée, à part s’il cherche un endroit au calme pour le faire. La panique m’envahit à cette idée. J’imagine une tombe déjà creusée en pleine forêt et la peur s’infiltre au fond de moi, je ferme les yeux en pensant à Svet qui a déjà perdu toute sa famille. Comment réagirait-il à l’annonce de ma mort ? Survivrait-il ou sombrerait-il face à ce nouveau coup du sort ?

Je sais pertinemment que Svet me cherchera jusqu’à ce qu’il me retrouve. Il ne m’abandonnera jamais ainsi que Lisea et Nathan. Ils tiennent tous à moi.

Je pense à ma mère et ouvre les yeux. Bon sang, est-elle aussi en danger ? Les larmes s’accumulent derrière mes paupières avant de couler sans discontinuer sur mes joues froides. Il fait si froid dans le coffre que mes membres réagissent en s’agitant. Je tremble autant de froid que de peur.

Il faut que je me reprenne, que je réagisse et que je me batte bec et ongles contre cet homme qui fait pourtant partie de ma famille.

La voiture finit par ralentir et lorsque le moteur s’arrête, je tends l’oreille, aucun bruit ne semble filtrer à l’extérieur ce qui n’est pas de bonne augure. J’entends des pas qui se rapprochent et j’arme déjà mes pieds en avant pour essayer de l’atteindre en gardant en tête ce dicton : « Qui ne tente rien, n’a rien », ça vaut le coup d’essayer même si cette tentative risque de l’énerver, il ne me reste plus que ça… le mot « essayer » tourne en boucle dans ma tête et lorsque le coffre s’ouvre, je lance mes pieds en avant le touchant à la poitrine, le faisant reculer d’un pas. Vraiment pas suffisant pour le mettre chaos mais au moins il sait que je ne suis pas une femme sans défense. Je ne compte pas lui faciliter la tâche même si je ne sais pas ce qui m’attend en réalité.

– Madison, quelle tête de mule ! Tu es aussi combattante que ton père.

Sa tirade me coupe le souffle et je ne vois pas arriver la gifle qu’il m’administre, me faisant cogner la tête contre la moquette de la voiture.

La bile envahit ma bouche à l’idée qu’il soit responsable de la mort de mon père. J’essaye de reprendre une respiration plus lente en me concentrant pour ne pas vomir. Je ne veux pas m’étouffer avec mon propre vomi. Ce serait la fin de tout.

– Allez viens voir par-là, petite cousine. En plus, tu es légère comme une plume, tu me facilites grandement la tâche, ajoute-t-il en me prenant par la taille avant de me faire basculer sur son épaule solide.

J’ouvre alors les yeux sur notre environnement et je sens mon cœur me lâcher lorsque j’aperçois la forêt. Mon cauchemar devient réalité puis je sens qu’il monte des marches en bois passé et je soupire en reconnaissant le chalet.

Le son de la porte grinçante m’est familier et lorsqu’il me remet sur les pieds, je constate qu’il s’agit bien du chalet de mon père dont il avait hérité à la mort de mon grand-père.

Avec un peu de chance, si Svet est déjà au courant de ma disparition, il pourrait avoir l’adresse de ce chalet par le biais de ma mère mais penserait-elle à cet endroit alors qu’il y a des années que nous y sommes venus ?

Hugo recule une chaise de la table en bois vétuste et me fait asseoir dessus. Il dénoue mes liens pour pouvoir attacher mes mains à la chaise. Je prie pour qu’il ne serre pas autant que la première fois pour laisser le sang circuler jusqu’au bout des doigts.

En effet, il serre moins les liens et je soupire de contentement. Je relève la tête et croise ses yeux fixés sur moi. Il arbore un petit sourire suffisant avant d’enlever le tissu de ma bouche comme à contrecœur.

– Tu peux hurler comme tu le sens, tu sais comme moi qu’il n’y a personne aux alentours. Tu reconnais l’endroit je parie ?

– Oui, je croasse, la gorge sèche.

– Bien, la première étape est accomplie avec brio. Nous pouvons passer à la suivante si tu veux bien.

Je plisse les yeux et grogne :

– Si c’est l’étape où tu me libères pour que l’on soit à égalité, ça me va.

Hugo penche sa tête en arrière et éclate de rire avant de s’interrompre brusquement, son visage affichant un air condescendant.

– Ma petite Maddie, c’est comme ça qu’il t’appelle, n’est-ce pas ?

– Tu parles de l’homme qui va te botter le cul jusqu’à ce que tu cries grâce ? j’ironise en lui souriant méchamment.

– Ne t’inquiète pas pour moi, je sais me défendre et puis j’ai fait appel à un de ces hommes qui peut m’en débarrasser, en le payant une rondelette somme.

Je fronce les sourcils puis comme pour confirmer ses dires, je sens une présence derrière moi qui me contourne pour se placer aux côtés d’Hugo.

L’homme s’est déplacé d’une façon si silencieuse qu’il me fait immédiatement penser à Svet. Est-il comme lui un mercenaire ? Je garde pour moi cette question car il est très impressionnant, un peu moins grand que Svet et aussi brun que lui est blond mais les yeux sombres qu’il pose sur moi sont effrayants. Cet homme a dû en voir et je ne doute pas un seul instant qu’il sera un ennemi de taille pour Svet, enfin s’il arrive à temps avant que cet abruti ne m’achève.

Pour ne pas laisser voir ma peur, je le défie du regard, ne le quittant pas des yeux alors que je m’adresse à Hugo.

– Charmant toutou Hugo, tu n’as pas peur qu’après que tu lui aies refilé ton pognon, il ne t’égorge avec son couteau ?

L’homme esquisse un léger sourire qui ressemble plus à une grimace mais ne dit rien, se contentant de me regarder comme si j’étais l’attraction de l’année.

Je reporte alors mon attention sur Hugo qui, droit comme un I continue à ricaner :

– Oh ma chère cousine, toujours autant de répartie. Tu m’étonneras toujours. Bref, revenons-en à nos moutons. Tu sais pourquoi j’ai monté toute cette mascarade ?

– Car tu n’as rien d’autre à faire ?

Hugo se place alors derrière moi et tire sur mes cheveux pour me faire pencher la tête en arrière.

– Je veux que tu me signes quelques documents pour que je récupère ce qui me revient de droit.

Il relâche sa poigne et revient devant moi avant de se baisser pour récupérer une mallette en cuir noir. Il la pose sur la table avant de l’ouvrir et de récupérer une liasse de documents notariaux.

– Bien, nous avons ici des documents officiels qui une fois signés par tes bons soins, me donneront alors quatre-vingts pour cent des parts de la banque.

– Oh il ne t’en manque plus que vingt et tu as gagné, je réplique d’une voix pleine de sarcasme.

– Oui, après toi, je m’occuperai de cet Alessandro, c’est prévu dans le programme.

– Et dire que je pensais qu’Alessandro était le salaud de l’histoire, tu le bats à plate couture. Bravo.

Hugo s’assoit en face de moi, son homme de main debout derrière lui, en présence attentive, spectateur de tout ce merdier.

– Tu sais Madison, je n’ai pas eu le choix. Enfin, ton père est responsable de tout ça. S’il n’avait pas changé son testament, j’aurais eu la majorité des parts et rien ne serait arrivé, tu ne serais pas ici, tu continuerais à faire ta petite activité avec ta charmante copine, Lisea c’est ça ?

– Laisse Lisea en dehors de ça.

Puis je réfléchis à ce qu’il vient de dire et je finis par éclater de rire, mes nerfs commençant à lâcher.

– Tu n’étais pas au courant, n’est-ce pas ?

– De quoi ? répond-il d’une voix mielleuse.

– Que mon père avait modifié son testament et qu’il avait préféré privilégier les liens du sang comme sa fille unique. Tu sais qu’il y a certainement une raison à tout ça. Tu as fait des conneries à la banque.

J’aperçois alors un léger tremblement au coin de sa bouche, un tic nerveux. Il commence à perdre patience.

– Oui, c’est vrai, j’ai fait quelques placements hasardeux et ton père m’a passé un savon. Je le méritais, bien sûr mais lorsque j’ai compris par le biais d’un de ses proches collaborateurs, qu’il allait me changer de poste, j’étais fou de rage.

Je ne ris plus. L’entendre raconter ce qu’il a fait à mon père me saisit d’effroi, je lutte pour ne pas pleurer, ne pas lui montrer que je souffre à l’écouter débiter comment il a tué mon père, comment il l’a assassiné.

Hugo me fixe dans les yeux, affiche un air triste qu’il est loin de ressentir avant d’avouer :

– Je n’ai pas eu le choix Madison. Il fallait qu’il meure avant qu’il ne me fasse descendre dans la hiérarchie. Moi qui rêvais de le seconder jusqu’à ce qu’il prenne sa retraite et qu’il me donne la place qui me revenait de droit. Je voulais qu’il soit fier de moi, comme un père envers son fils.

– Mais tu n’es pas son fils, je crache alors d’une voix différente de la normale, tu n’es qu’un meurtrier, un pestiféré, tu ne mérites pas d’être vivant alors que lui est entre quatre planches. Tu devrais être à sa place, espèce de malade.

Nos regards se croisent et je vois la fureur qu’il dégage brusquement. Il se lève d’un bond et contourne la table avant d’enserrer mon cou de ses deux mains. Mes liens dans mon dos m’empêchent de me défendre et j’étouffe sous ses mains démentes.

Au moment où ma vue s’obscurcit, j’entends la voix de l’homme de main qui se met à parler pour la première fois depuis notre arrivée :

– Si vous la tuez, elle ne pourra pas signer vos papiers.

La phrase est à peine prononcée que les mains de mon agresseur me relâchent et lorsque je recommence à inspirer et expirer, je mesure la chance que j’ai qu’il y ait un molosse à ses côtés. Il est beaucoup plus raisonnable que lui.

Hugo semble avoir des difficultés à garder son calme, ce qui a valu la mort de mon père, il y a trois mois.

J’ai alors envie de savoir la vérité sur la mort de mon père. Comment a-t-il fait pour le tuer sans en être inquiété ?

– Comment ?

– Quoi ? siffle-t-il d’une voix pleine de hargne.

– De quelle manière l’as-tu tué ?

Hugo sourit comme s’il se rappelait le moment précis. Il marche vers la fenêtre et scrute l’horizon avant de répondre sans me regarder :

– Internet, une vraie mine d’information. Tu sais ce qui est le plus dur dans tout ça ?

La colère bouillonne en moi et je regarde d’un rapide coup d’œil l’homme qui semble s’ennuyer profondément.

– Le plus dur, c’est de choisir entre les champignons, le cyanure qui est assez commun ou la ricine. Lequel ai-je choisi à ton avis ?

– La ricine ?

Il se tourne vers moi et déclare d’une voix joyeuse :

– Bingo, cette chère ricine, cette toxine mortelle que l’on trouve dans les graines de ricin. Trop facile. Une petite injection de l’huile de ricin et hop au revoir.

– Tu es immonde, je crie en tapant des pieds et en forçant sur mes liens pour m’en dégager.

J’ai envie de tuer ce salaud à mains nues, je suis tellement en colère que je suis certaine d’y arriver.

– Je sors quelques minutes pour que tu te calmes et ensuite, nous reprendrons.

Il sort sans parler à son homme de main, certain que celui-ci va me surveiller de près.

J’en profite que nous soyons seul à seul pour essayer de l’enjoindre de m’aider.

– Vous le faites pour l’argent, n’est-ce pas ?

L’homme, très à l’aise dans cette situation me transperce de son regard sombre puis murmure :

– Il faut bien vivre.

– Alors si je vous propose le double de ce qu’il vous a promis, vous seriez partant pour m’aider ?

Un faible sourire étire les coins de sa bouche puis il penche sa tête sur le côté comme pour réfléchir à ma proposition mais il ne répond pas.

Je me mords l’intérieur de la bouche, je suis vraiment en très mauvaise posture. Que puis-je dire pour le convaincre de se retourner contre Hugo ? Quelques minutes plus tard, alors que je fixe l’homme sans aménité, mécontente d’avoir échoué, Hugo ouvre la porte, laissant le vent glacial entrer, ce qui me fait frissonner.