De feu et de glace - L'intégrale
Maddie
Cela fait trois heures que nous sommes au commissariat et je n’ai toujours pas parlé directement à Maddie. Quelque chose me retient et je n’arrive pas à mettre le doigt dessus. Pourtant, elle est hors de danger, je devrais me détendre et profiter de nos retrouvailles mais je sens comme un blocage. J’ai vu comme mon comportement l’affectait mais je ne peux rien y faire. J’ai vu son air triste et sa surprise lorsque j’ai laissé le doute planer concernant de futures missions avec Franck.
Depuis la mort de mes parents et de ma sœur, j’ai bâti ma vie sur mon travail et la vengeance. Et quand enfin, celle-ci a été assouvie, je me suis promis de ne plus aimer qui que ce soit car aimer nous rend faible et dans mon métier où j’ai trop souvent côtoyé la mort, les ennemis s’en donnent à cœur joie. Il ne faut pas avoir de talon d’Achille sous peine de perdre nos êtres chers.
J’ai laissé Maddie s’approcher, me faire perdre mes moyens et surtout je lui ai offert mon cœur sur un plateau en argent.
Je secoue la tête, il faut que je m’éloigne d’elle avant que je ne puisse plus faire marche arrière, avant qu’elle ne devienne ma faiblesse.
Est-il déjà trop tard ?
****
Maddie
– Où est Svet ? je demande à Lisea lorsque je sors enfin du bureau de l’inspecteur.
– Je ne sais pas ma belle, je ne l’ai pas revu depuis mon arrivée ici. Il faut demander à Nathan.
– Où est-il ? je continue en regardant autour de moi.
Des hommes en uniforme ne prêtent pas attention à nous et travaillent sur leurs ordinateurs avec pour certains, des suspects attachés sur leur chaise, la mine sombre.
– Il est parti nous chercher des cafés au Starbucks d’à côté. Ici, les cafés sont immondes.
– C’est vrai.
– Tiens, le voilà, s’écrie Lisea en faisant signe à Nathan qui s’approche de nous deux en brandissant trois cafés.
– Tenez les filles, Maddie, en as-tu fini avec l’inspecteur ?
Je soupire et confirme :
– Oui, il me tiendra au courant des suites de l’affaire. Hugo risque la perpétuité s’il avoue…
Lisea touche mon bras en signe de réconfort.
– Je suis désolée pour toi ma chérie. Il est ignoble d’avoir fait ça à ton père. J’espère qu’il ne sortira plus jamais d’ici.
Nathan me regarde avec compassion puis d’un ton déterminé, il déclare :
– Rentrons, Maddie, tu dors à la maison, pas la peine d’en discuter. Je veux t’avoir à l’œil, tu as passé une journée plus que pénible.
– Oui, je serai plus rassurée en te sachant avec nous, décrète Lisea en me prenant le bras.
Dans la voiture, je rumine cette journée en boucle et l’horreur des révélations d’Hugo remontent à la surface. J’imagine mon père, une seringue de ricin plantée dans son corps. Je place mon poing contre ma bouche pour éviter de crier ma souffrance. Les larmes envahissent mes joues et je les laisse couler, ne pouvant les contenir plus longtemps.
Je pleure tellement qu’un sanglot me déchire la poitrine et je mords le dessus de la main pour me raccrocher à la douleur physique, la préférant à la douleur psychique de l’être à tout jamais perdu. C’est comme si je perdais mon père pour la seconde fois.
Dans mon monde où il n’y a plus que souffrance, je ne m’aperçois pas que la voiture s’arrête et ce n’est qu’au moment où la portière s’ouvre sur Lisea que je me rends compte que nous sommes arrivés chez eux.
– Ma belle, tu saignes à la main. Qu’as-tu fait ?
Je ne réagis même pas, regardant le sang qui s’écoule comme s’il ne m’appartenait pas.
Nathan s’approche de moi, ses yeux me sondent comme pour percer mes pensées les plus profondes. Il me prend dans ses bras sans dire un mot avant de remonter l’allée qui mène à leur maison. Je m’en veux de réagir comme une hystérique mais la douleur est trop immense, m’enfermant dans une bulle de souffrance et l’absence de Svet à mes côtés me plonge encore plus dans un état de semi-conscience.
Les larmes sur les joues, je n’ai que la vague conscience d’être allongée dans des draps doux et accueillants. La voix douce de Lisea me berce mais mon cœur s’arrête lorsque je vois la seringue que tient Nathan dans la main. Le visage d’Hugo se superpose au sien et lorsqu’il plante l’aiguille dans mon bras, je soupçonne qu’elle contient autre chose qu’un calmant. Le doute m’envahit en même temps que mes paupières s’alourdissent et je murmure :
– Ricin.
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