De feu et de glace - L'intégrale

Adeline Alexandre · Chapitre 54 sur 126

Pages du PDF

De feu et de glace - L'intégrale

Chapitre 19

 

« C’est seulement quand on risque de perdre une personne qu’on se rend compte à quel point on y tient, à quel point on en a besoin et à quel point on l’aime. »

Inconnu.

****

N.J

– Tu sais, tu devrais prendre quelques jours avec Evie et les enfants. Je te sens très tendu en ce moment, ça vous ferait du bien de vous retrouver, dis-je en regardant Aaron.

Il prend une gorgée de café et grommelle :

– Non, ça va, je t’assure. Je préfère attendre décembre que les choses se tassent et que les gars n’aient plus besoin de moi pour prendre des vacances.

– Très bien, comme tu veux mais si tu changes d’avis, dis-je en laissant ma phrase en suspens.

– Ne t’en fais pas, ça va aller. On a connu pire dans le passé, tu ne trouves pas ?

Je m’adosse au dossier de la chaise tout en continuant :

– Oui, mais c’était avant que nous soyons tous deux mariés. Nous ne sommes pas les seuls à en subir les conséquences.

Aaron pousse un soupir avant de rétorquer :

– C’est vrai, ça change tout. On ne peut pas penser qu’à nous. On a une famille et je ne veux pas les perdre, surtout avec l’arrivée prochaine du nouveau bébé.

J’écarquille les yeux avant de m’exclamer :

– Quoi ? Evie est enceinte ?

– Ouais, mais c’est tout récent. On attend encore deux mois avant de l’annoncer à la famille.

– C’est pour ça que tu es tout stressé, le petit troisième est en route ! Félicitations vieux !

Aaron arbore un sourire de papa fier et me remercie.

Je souris encore lorsque mon portable se met à sonner. Le nom de Svet s’affiche et je sens alors comme un poids sur le cœur. Je sens alors dans mes tripes, qu’il se passe quelque chose de grave. Je ne sais pas si c’est l’instinct mais lorsque je réponds et que j’entends la voix grave de Svet, mon sourire disparaît instantanément.

J’arrive aux urgences en courant et je repère immédiatement Svet et Maddie. Je ne suis même pas surpris de voir la petite main de Maddie dans celle de Svet tellement je suis inquiet pour Lisea.

– Comment va-t-elle ?

Svet secoue la tête et répond d’une voix grave, le regard hanté.

– On n’en sait pas plus, ils l’ont emmenée au bloc, il y a une demi-heure. On attend le médecin.

Je passe ma main dans mes cheveux et murmure :

– Au bloc ? Expliquez-moi ce qui s’est passé ? je demande à Svet tout en regardant Maddie qui pleure silencieusement.

– Je suis venu à la demande de Lisea, je devais raccompagner Madison car elle ne se sentait pas bien même si ce n’était qu’un leurre, explique Svet en regardant Maddie qui rougit malgré les larmes.

– Bref, nous étions en voiture tandis que Lisea finissait de manger à la cafétéria lorsque Madison m’a demandé où était mon collègue.

– Un homme nous observait pendant que l’on déjeunait mais comme nous avions appelé Svet, on pensait que c’était son collègue qui surveillait les alentours en attendant, embraye Maddie en levant les yeux vers moi d’un air coupable.

– Lorsqu’elle m’a dit ça, j’ai compris que Lisea était en danger. Le temps de faire demi-tour, Madison a essayé de joindre Lisea pour lui demander de rester à l’abri dans la cafétéria où elle serait entourée en attendant notre arrivée mais elle n’a pas réussi à l’avoir en ligne. Elle lui a donc laissé un message vocal.

Svet, qui semble si froid et invincible arbore à présent un visage désolé en me regardant.

Maddie reprend d’une voix sourde sans quitter la main de Svet, s’accrochant à lui :

– Svet l’a repérée grâce à son portable, elle était dehors entre la cafétéria et l’institut. Nous avons couru vers elle dès que nous l’avons aperçue. Elle arrivait dans notre direction et semblait aller bien à part qu’elle se tenait le ventre et qu’elle était très blanche.

– Ensuite ? je les presse d’une voix grave, inquiet de connaître la suite.

– Au premier abord, on n’a vu que le bleu sur son front, j’ai donc deviné qu’elle avait déjà été agressée, ajoute Svet avant que Maddie s’écrie d’une voix déchirante :

– C’est là qu’elle a retiré la main de son ventre. Elle était pleine de sang et on a compris qu’elle s’était pris un coup de couteau. Elle s’est évanouie tout de suite après.

Je ferme les yeux et respire profondément. J’imagine la scène comme si elle se déroulait sous mes yeux.

Lorsque je les ouvre à nouveau, Svet et Maddie me regardent, la mine atterrée.

– Je m’en veux tellement, si je n’avais pas demandé à ce que Svet vienne, elle ne serait pas restée seule et…

– Et tu aurais été aussi blessée, l’interrompt Svet brusquement en la prenant dans ses bras.

Je m’assois lourdement sur une chaise en plastique inconfortable de la salle d’attente et passe mes mains sur mon visage comme pour essayer d’effacer la scène qui se joue dans ma tête. J’imagine Lisea, perdue, du sang plein les mains, se sentant seule face à l’agresseur.

Je me redresse et lance à Svet :

– Demande à des hommes de patrouiller autour de l’école et d’interroger les étudiants. Je veux savoir si quelqu’un l’a aperçu.

Svet se lève d’un bond, comme poussé sur un ressort. Il caresse la joue de Maddie avec douceur avant de sortir de la pièce, son portable à la main.

Maddie se lève et s’approche de moi.

– Excuse-moi Nathan, je n’ai pensé qu’à moi. Je regrette tellement de l’avoir laissée seule.

– Svet a raison, que tu sois là ou non, cet homme voulait lui faire du mal et ce n’est pas toi qui aurais réussi à le repousser. Grâce à toi, Svet était sur place. Vous avez pu lui porter secours, c’est déjà ça.

Elle acquiesce et pousse un soupir avant de se moucher le nez, les larmes perlant à ses yeux.

Au bout d’une demi-heure qui m’a semblé pourtant durer des heures, un médecin en tenue de bloc entre dans la salle d’attente et demande :

– Y a-t-il des proches de Madame Jensen ?

Je me lève d’un bond et réponds d’une voix forte :

– Je suis son mari.

Le médecin s’approche et me serre la main avant d’expliquer d’une voix neutre :

– Votre femme est arrivée aux urgences, une plaie à l’abdomen. La plaie étant assez profonde, nous l’avons emmenée au bloc pour évaluer les dégâts causés. Heureusement, l’objet contondant n’a pas abîmé d’organes vitaux. Nous avons juste eu besoin de recoudre les tissus. Elle n’aura pas de séquelles maissouffre également d’un léger traumatisme crânien. Par contre, au réveil, elle était très agitée. Nous avons dû lui administrer un sédatif pour qu’elle ne se fasse pas mal.