De feu et de glace - L'intégrale

Adeline Alexandre · Chapitre 23 sur 126

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De feu et de glace - L'intégrale

Lisea

Evie le tape sur son avant-bras, l’air faussement en colère et il éclate de rire.

– Je suis heureux d’avoir fait ta connaissance Lisea.

– Pareillement Aaron, et vos enfants sont merveilleux, répond-elle, les yeux brillants.

D’un dernier signe de la main, nous rejoignons la Mercedes. Je claque la portière et fronce les sourcils. Comment imaginer avoir des enfants ? Je veux juste Lisea pour moi tout seul et vivre auprès d’elle jusqu’à la fin de mes jours. Les enfants ne font pas partie de l’équation.

****

Lisea

Le silence est pesant dans la voiture depuis que nous avons quitté Aaron et Evie. N.J se montre silencieux et ne me regarde pas une seule fois, l’air est chargé d’électricité. Me suis-je mal comportée auprès de ses amis ? Ai-je dit ou fait quelque chose pour le mettre dans un état pareil ? Je repasse la soirée en boucle dans ma tête et rien ne me choque dans mon comportement, je vais devoir aller à la pêche aux confidences pour savoir ce qui le chagrine.

– As-tu passé une bonne soirée ?

– Oui, marmonne-t-il sans rien ajouter.

Je laisse passer quelques minutes avant de poursuivre :

– Ils sont vraiment gentils Aaron et Evie. Je vais sûrement aller courir avec elle la semaine prochaine. Il y a un semi-marathon de prévu dans trois mois à San Francisco, ça serait pas mal que je le fasse avec elle. Tu pourrais venir aussi.

– Pourquoi pas, réplique-t-il d’une voix grave sans lâcher la route du regard.

Je pousse un profond soupir avant de déclarer :

– Que se passe-t-il N.J ?

– Nathan.

Je fronce les sourcils et demande :

– Quoi ?

Il se tourne brièvement vers moi.

– Je m’appelle Nathan, pourquoi continues-tu à m’appeler N.J. On a passé le stade du début de relation, non ?

Je sens la colère m’envahir, insidieuse et je clame d’une voix forte :

– Pourquoi me parles-tu comme ça ? Je sais que tu essayes de changer de conversation avec ce N.J et Nathan. Tu noies le poisson pour éviter que je te pose les bonnes questions.

– Pas du tout, mais j’aimerais bien que tu m’appelles par mon prénom.

Je sens les larmes qui me montent aux yeux. Mon menton se met à trembler et j’essaye de ne rien montrer à la perspicacité de mon cher N.J ou Nathan. J’ai la sensation que ce n’est pas réellement mon comportement qui le met en boule, j’ai vu les regards bizarres qu’il me jetait lorsque je m’occupais des enfants d’Evie.

Tout s’éclaire et je murmure tout bas, refoulant le sanglot qui monte dans ma gorge :

– Les enfants. C’est ça le problème. Tu n’en veux pas.

Nous sommes arrivés devant la maison et N.J gare la voiture devant le garage. Il éteint le moteur et me regarde en me foudroyant du regard.

– Non, je ne me vois pas avec des enfants et toi, tu ne devrais même pas seulement y songer.

Je suis si surprise que je reste figée dans l’attente qu’il poursuive cette discussion invraisemblable.

– Lisea, tu ne vas pas me dire que tu y as pensé, toi qui… toi qui t’es fait abandonner par tes parents biologiques puis par ta famille d’accueil et puis…

Je le coupe en sachant d’avance ce qu’il va ajouter :

– Et puis moi qui suis instable, c’est ça ?

– Tu ne vas pas me dire que c’est faux, il n’y a pas encore trois semaines, tu voulais t’ouvrir les veines devant moi.

D’une main, j’enlève ma ceinture de sécurité et sors de la voiture comme une furie.

N.J descend et se précipite vers moi. Je recule et réplique d’une voix cinglante :

– Je n’ai jamais dit que j’en voulais maintenant et qui te dit que j’en voudrais… avec toi ?

Incrédule, il me regarde fixement puis tend la main vers moi. Je me tourne vers la maison et entre en courant.

Je monte les escaliers et m’enferme dans la salle de bains pour enfin évacuer les sanglots que je ne peux plus retenir. Je pleure tant que je me laisse glisser sur le sol entourant mes jambes de mes bras. Le sol est froid et mon dos nu collé contre le mur carrelé n’aide pas.

La soirée avait tellement bien commencé. Bon sang, ce que ses paroles m’ont blessée. Je n’ai que dix-huit ans, je ne veux pas d’enfants maintenant, même si je sais que j’en voudrai, un jour ou l’autre. Vingt-cinq ans me paraît l’âge idéal pour fonder une famille et ça me laisse le temps de trouver ma voie professionnellement et le compagnon idéal. Je sais qu’il m’a sortie d’une grande détresse et que je lui serai toujours reconnaissante, mais il va trop loin dans ses suppositions.

Oui, j’ai été abandonnée, par deux fois, mais ce n’est pas pour ça que je ne ferai pas une bonne mère. J’ai adoré m’occuper de Kim et de Paul et je sais que je n’abandonnerai jamais mes enfants.

J’entends des coups à la porte de salle de bains et la voix de N.J :

– Ouvre cette porte Lisea !

Je ne bouge pas et secoue la tête même s’il ne peut pas me voir.

– C’est un ordre Lisea. Ouvre-moi cette porte illico.

– Non, je crie en mettant la tête entre mes mains tremblantes.

– Laisse-moi tranquille N.J. Ne t’inquiète pas, je ne vais pas me taillader les veines, même si toi, tu me crois encore capable de le faire.

Je l’entends soupirer puis murmurer tout bas :

– Pas du tout, je sais que tu vas mieux Lisea et… je m’excuse de ce que je t’ai dit tout à l’heure. De toute façon, on a le temps pour ça, non ?

– Oui…

– À part si tu ne veux plus de moi. Je tiens à toi Lisea, plus que tu ne le crois. Je… je t’aime.

Je fronce les sourcils, pas sûre d’avoir entendu la dernière partie, il a parlé si faiblement que je le fais répéter :

– Quoi ?

Je sèche mes larmes avec mes mains et tends l’oreille.

– Tu as très bien entendu, ce n’est pas un piège ma douce, mais je préférerais te le dire en face plutôt qu’à cette fichue porte.

Mon cœur se met à battre follement contre ma cage thoracique. N.J m’aime, il m’aime. Bon sang, moi aussi, je l’aime, je l’adore, mais hors de question de céder si facilement.

J’approche de la porte et dis d’une voix doucereuse :

– Si je sors, tu vas me botter les fesses ?

Je l’entends gronder de l’autre côté et répliquer :

– Tu ne vas pas t’en sortir à si bon compte, mais je te promets d’y aller doucement.

Je déverrouille la porte et l’ouvre. N.J est debout face à moi, grand, beau et fort. La veste de costume lui élargit encore plus ses épaules et je passe la langue sur mes lèvres.

Ses yeux incroyablement verts me fixent intensément et il murmure d’une voix rauque :

– À nous deux ma belle.

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