De feu et de glace - L'intégrale
N.j
– Je vais prévenir les gars et je vous emmène, déclare-t-il sans tarder.
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N.J
J’ai l’impression d’avoir la tête dans un étau. J’ai passé trois heures au commissariat de police. L’inspecteur chargé de l’enquête pour tentative de meurtre m’a longuement interrogé sur la vie de mes parents. Je leur ai donc expliqué mon enfance et l’alcoolisme de ma mère dû à son mal-être. Vivre avec mon père est un combat au quotidien. L’inspecteur m’a demandé pourquoi elle ne l’avait pas quitté. Je lui ai répondu que je n’en savais rien mais que quand je lui en avais parlé il y a quelques semaines, elle m’avait dit qu’elle n’avait pas le choix. Ted exerçait-il un chantage sur elle ? Si oui, de quoi avait-elle peur pour ne pas le quitter ?
Des questions que je compte bien lui poser dès qu’elle se réveillera, enfin si elle se réveille, ce qui malheureusement n’est pas certain.
À l’arrière de la Mercedes conduite par un de mes hommes, je ressasse sans arrêt l’interrogatoire de mon père que j’ai pu suivre derrière la paroi vitrée. L’inspecteur, connaissant mon passé d’ex-agent des forces spéciales, a bien voulu me laisser y assister.
Ce salaud de Ted n’a émis aucun regret de l’avoir tabassée à mort. Pour un chirurgien censé soigner les gens, il n’y est pas allé de main morte.
Après un interrogatoire où j’ai enfin su ce qui l’avait rendu fou de rage, je reste encore stupéfait d’en connaître le fin mot.
J’ai ensuite demandé une brève entrevue avec Ted pour enfin lui révéler ce qu’il a failli faire à Lisea alors qu’il est son père. Je repense à cette conversation plus que houleuse :
– Tiens-donc le « fils » prodigue qui rend visite à son cher papa, dit-il en me foudroyant du regard me faisant revenir des années en arrière lorsque j’étais petit garçon.
Grand, les cheveux blonds parsemés de fils blancs, Ted est un homme imposant et séduisant pour son âge.
– Comment as-tu osé t’en prendre à elle ?
– Tu parles de la pute qui me faisait office d’épouse ?
– Ne parle pas d’elle comme ça alors que tu as fait bien pire, il y a des années.
Ted fronce les sourcils et siffle entre ses dents :
– De quoi parles-tu ?
– Je parle d’Ella Hattaway, il y a de ça dix-neuf ans.
La pâleur de sa peau me confirme ce que j’ai toujours su. Ce type est un salaud de la pire espèce.
– Ella… la petite pute que j’ai sautée à l’arrière de ma voiture ? C’est d’elle que tu parles ? Que vient-elle faire là-dedans ?
– Je vois que tu t’en souviens bien, peut-être parce que c’était un viol. Tu as violé Ella et elle est tombée enceinte de toi.
– Comment sais-tu ça ? crache-t-il, les yeux exorbités.
– Parce que tu as failli enlever et tuer sa fille il y a deux semaines.
Lorsqu’il comprend la teneur de mes propos, Ted se décompose brutalement et ses mains se mettent à trembler. La nouvelle l’a ébranlé.
– Lisea est ma fille ?
– En effet, mais je te rassure, elle a les traits de caractère de sa mère. Lisea n’a pas une once de méchanceté en elle.
Ted reste sonné et murmure :
– Savais-tu avant de l’épouser, qu’elle était ta demi-soeur ?
– Je ne suis pas ton fils alors cette question n’a pas lieu d’être posée. Je suis si heureux que maman ait eu un amant pendant des années. C’est comme ça que tu la tenais, n’est-ce pas ? Si elle restait mariée avec toi, je ne risquais rien. Par contre, si elle s’enfuyait avec son amant, « mon père biologique », tu te serais occupé de moi, tu m’aurais tué. Ce n’est pas comme ça que l’on garde sa femme. Elle ne t’a jamais aimé.
– Elle m’a aimé. Assez pour m’épouser, hurle-t-il en essayant de se lever malgré les menottes qui l’entravent.
– Non, elle me l’a dit. Elle n’a aimé qu’un seul homme, il s’appelait Jack Hutton et c’était mon père.
– C’est con, il est mort, il y a quoi, six mois ? Tu ne l’auras même pas connu, qu’est-ce que je jubile au fond de moi !
– Et moi je jubile en te sachant très bientôt derrière les barreaux. Tu vas pourrir tout seul dans un trou et tu ne pourras plus faire de mal à personne.
Sur ces dernières paroles, j’ai quitté la salle d’interrogatoire et après avoir remercié l’inspecteur, je suis parti, content d’avoir soulagé ma conscience et de lui avoir dit ses quatre vérités.
Je profite d’être en route pour l’hôpital pour appeler Aaron qui est resté à l’écart depuis que Lisea s’est fait agressée.
– Aaron ?
– Nathan, comment vas-tu ? Et ta mère ?
Je pousse un soupir et passe une main sur mes yeux avant de répondre :
– J’en saurai plus dans deux jours. Il faut qu’elle sorte du coma. Evie et les enfants vont bien ?
– Oui, ils vont bien. Penses-tu que nous pouvons revenir chez nous ?
– Oui, le danger est écarté. Je sais que Ted était derrière tout ça et il a été arrêté. J’ai plein de choses à te dire mais avant toute chose, je dois parler à Lisea. Je dois tout lui dire.
– Tout ?
– Oui, il est temps qu’elle sache la vérité sur ses origines. Écoute, je te rappellerai, prends quelques jours avec Evie et les enfants et nous en parlerons à ton retour.
– Très bien, bonne chance avec Lisea.
– Merci vieux.
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