De feu et de glace - L'intégrale

Adeline Alexandre · Chapitre 90 sur 126

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De feu et de glace - L'intégrale

Chapitre 9

 

« Si tu pleures trop parce que tu as perdu ton soleil, tes larmes t’empêcheront de voir les étoiles »

Inconnu.

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Maddie

Je suis dans un brouillard total en arrivant à l’hôpital et je laisse Svet me guider à travers le dédale des couloirs. Ma mère pleurait tellement au téléphone que je ne sais pas où il se trouve. C’est lors d’un moment pareil que l’on sait pertinemment ce qui est le plus important dans la vie et mes parents sont ma source, leur sang coule dans mes veines et je suis terrifiée. J’ai si peur de perdre mon père, l’homme qui m’a protégée de tout, qui a soigné mon cœur meurtri à chaque déception dans ma courte vie et qui est d’un soutien infaillible. J’ai peur de ne plus pouvoir lui dire « je t’aime ». Est-ce que j’ai pensé à lui dire à notre dernier dîner ?

Cette pensée m’arrête brutalement et Svet s’arrête à son tour pour m’interroger du regard.

Je balbutie alors de façon incohérente :

– Je ne m’en souviens plus. Je ne me souviens même plus si je lui ai dit que je l’aimais.

La main puissante de Svet se pose avec douceur sur ma joue et je pose ma tête tout contre pour qu’il me rassure.

– Tu pourras lui dire quand tu le verras ma puce. Allez viens, allons nous renseigner auprès de l’infirmière.

Je reprends alors ma marche et me dirige vers le comptoir des admissions.

– Bonsoir, me devance Svet. Nous aimerions savoir où se trouve la chambre de Monsieur Spindler.

L’infirmière relève le nez de son écran et nous dévisage tous les deux avant de demander :

– Son prénom s’il vous plaît ?

– Jeffrey, je murmure.

Elle prend un temps considérable en tapant sur son ordinateur puis annonce :

– Il est en soins intensifs. Rapprochez-vous de l’infirmière du service.

Après avoir pris l’ascenseur, nous nous arrêtons dans le service des soins intensifs et le silence qui y règne me glace le sang. Cet endroit sent la peur mais surtout la mort. Je ferme un instant les yeux et quand je les ouvre à nouveau, je vois ma mère arriver d’un pas rapide dans notre direction en tendant les bras dans ma direction.

– Ma chérie, tu es là. Nous devons aller le voir maintenant avant qu’il…

Ma respiration s’accélère et un long frisson me parcourt.

– Avant quoi maman ? je lui demande, priant intérieurement qu’il ne soit pas déjà mort.

– Avant qu’il ne parte Maddie. Les médecins m’ont annoncé qu’il ne passerait peut-être pas la nuit, déclare-t-elle avant d’éclater en sanglot.

Je me débats dans les bras de ma mère avant de m’écrier :

– Il va mourir ?

Svet m’entoure de ses bras protecteurs et murmure :

– Va le voir Maddie. Il est encore temps de lui dire tout ce que tu veux, ce que tu ressens pour lui.

Svet me fait avancer en direction de la chambre que lui indique ma mère et je le suis ne pouvant m’empêcher d’enregistrer le moindre son environnant. Le bip-bip des différents moniteurs me remplit la tête et un vertige me saisit. Svet me rattrape et me tient le bras tandis que j’entre enfin dans la chambre de mon père et sa pâleur cadavérique me fait cligner des yeux. Comment a-t-il pu passer d’un homme si plein de vie à un homme inconscient luttant pour vivre ? Que s’est-il passé ?

Je m’assois au bord du lit et lui prends sa main libre après un temps bref d’hésitation comme si j’avais peur de trouver une main froide et sans vie. Je suis rassurée en la sentant si chaude et je parcours son visage à la recherche d’une lueur d’espoir. Je cherche durant de longues minutes un signe et j’ai alors l’intime conviction qu’il ne se réveillera pas. Mon père est en train de passer de l’autre côté, là où je ne pourrais plus lui parler, le prendre dans mes bras et entendre sa voix.

J’entends des murmures derrière moi et m’aperçois que ma mère et Svet quittent la chambre pour me laisser seule avec mon père. Svet m’a dit qu’il était encore temps de tout lui dire et surtout de lui dire que je l’aime.

Un sanglot profond remonte dans ma gorge et un cri me transperce lorsque je réalise que mon père va mourir.

Une main se pose sur mon épaule et Svet derrière moi souffle tout bas, la voix rauque d’émotion :

– Dis-lui maintenant Maddie, tu as le pouvoir de le faire. Je n’ai pas eu cette chance et je le regrette tous les jours.

J’acquiesce et sa main quitte mon épaule, laissant un grand vide.

Je prends plusieurs grandes inspirations puis je commence mes adieux :

– Papa, tu as été un père formidable et tu l’es toujours, un père que peu de gens ont la chance d’avoir. Tu as été mon roc… mon protecteur et je… je t’aime si fort que j’ai peur de ne pouvoir me relever si tu pars loin de moi. Je sais pourtant que tu veilleras sur moi et sur maman. Oh maman, que va-t-elle devenir sans toi ?

Je m’arrête et presse sa main avant de poser ma tête sur sa poitrine et de murmurer :

– Papa, je t’aime. Tu m’as entendue ? Je t’aime.