De feu et de glace - L'intégrale

Adeline Alexandre · Chapitre 119 sur 126

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De feu et de glace - L'intégrale

Svet

– Je n’y échapperai pas. Je dois assister au conseil d’administration début janvier.

– Ou bien désigner quelqu’un qui sera plus apte à s’y intéresser, quelqu’un en qui tu as confiance, suggère Lisea en se maquillant devant ma coiffeuse.

– Ce n’est pas idiot. Je vais y réfléchir sérieusement, j’ajoute en me déshabillant pour revêtir la robe nude.

Au siège du magazine House Beautiful, l’effervescence est au summum, je me doute que les derniers jours précédant la publication d’un nouveau magazine doivent être particulièrement stressants.

À l’accueil, une jeune fille portant le nom de Sandy nous dévisage puis elle pointe son doigt sur Lisea et ensuite sur moi.

– Vous faites partie de l’agence Mad-Lise ?

– Oui, Lisea Jensen et voici Madison Spindler, nous présente Lisea.

– Bienvenue à House Beautiful. Merci d’être venue si rapidement. Je sais que le délai était particulièrement court, lance-t-elle sur un ton de la confidence.

Je la trouve très sympathique cette petite rousse pimpante. Elle nous désigne deux fauteuils près de son comptoir :

– Installez-vous, Mademoiselle Steels va venir vous chercher.

Nous suivons ses consignes et nous nous installons sur les fauteuils indiqués.

Nous ne patientons pas longtemps, une jeune femme se plante devant nous avant de tendre la main.

– Mademoiselle Steels, bonsoir.

****

Svet

– Plus que deux heures, nous devons préparer le matériel, annonce Franck avant de se lever de la table où nous avons bossé durant plusieurs heures pour ne rien laisser au hasard lorsque nous serons sur les lieux.

Je me lève et me dirige vers le vestiaire de fortune avant de me déshabiller complètement. J’enfile de nouveaux sous-vêtements avant d’enfiler mon treillis kaki. J’attache mon gilet pare-balle, avant de scratcher les velcros autour de ma jambe droite.

Je glisse un Glock contre ma jambe avec deux chargeurs supplémentaires.

Dans mes poches autour de la ceinture, je glisse deux grenades ainsi qu’une bombe lacrymogène.

Je saisis mon fusil d’assaut et je le chambre pour m’assurer que je l’ai bien nettoyé et qu’il sera le compagnon idéal pour ce soir.

Je rejoins Franck et Cole qui finissent aussi de s’armer. Franck a pris les mêmes armes que moi alors que Cole dans son rôle de sniper a pris d’autres armes comme des jumelles à vision nocturne.

Je branche l’émetteur nous permettant de communiquer et nous faisons un essai pour prévenir d’un dysfonctionnement.

Lorsque tout est ok, nous chargeons le SUV que nous avons déniché pour la mission avant d’entrer les coordonnées dans le GPS pour nous stationner à environ deux kilomètres du repaire des trafiquants.

En voiture, personne ne parle durant les vingt premières bornes qui nous séparent du lieu de la mission puis Cole se met à m’interroger :

– Pourquoi n’acceptes-tu que des missions avec des trafiquants de drogues ? T’as un passif avec eux ?

Je le regarde brièvement à travers le rétroviseur intérieur :

– Ouais c’est ça.

Franck ne pipe pas un mot, il connaît déjà une bonne partie de mon passé. Les heures que nous avons passées ensemble accroupis dans les buissons nous ont délié la langue. Il comprend ma rancune tenace envers ce type de malfrats et ne dit jamais rien lorsque je refuse une autre mission pour m’occuper personnellement d’un réseau de trafiquants de drogues.

– T’es pas très bavard, en conclut-il.

Cole n’en demande pas plus, respectant mon choix de ne pas en rajouter.

Lorsque le GPS nous indique que nous sommes au bon endroit. Je gare la voiture à couvert à l’orée de la forêt. Nous cachons la voiture avec des branches d’arbres pour éviter au maximum de nous faire repérer. La forêt qui nous entoure facilitera notre progression jusqu’au lieu même de la mission.

La nuit commence à tomber, nous permettant d’avancer sans crainte d’être vus et je laisse les deux hommes prendre la tête de notre petit groupe.

À mi-chemin, Franck me rejoint et marche à mes côtés pendant une centaine de mètres avant de se mettre à parler tout bas :

– Fais-tu tout ça pour de bonnes raisons ?

Je fronce les sourcils avant de gronder :

– Pourquoi me demandes-tu ça ?

– Tu m’as appelé, nous sommes repartis en croisade combattre à nos risques et périls en petit comité pour laisser les flics tranquilles et je ne sais pas ce que tu cherches à faire. J’ai l’impression que ces missions ne sont qu’une raison pour t’emmener loin de la femme que tu aimes.

Je m’arrête net et Franck en fait de même. Je distingue à peine son expression mais je sais qu’il a envie de me dire mes quatre vérités.

– Vas-y, dis-moi ?

– La mort de ta famille t’a laissé un grand vide, tu es parti, tu as combattu puis enfin, tu as trouvé une raison de vivre. Et c’est la petite Spindler qui t’a fait revivre.

– Elle s’appelle Madison, je gronde entre mes dents sans pour autant l’empêcher de continuer. J’ai besoin d’entendre ce que je sais déjà au fond de moi.

– C’est une femme d’une force incroyable. Si tu l’avais vue lorsque Mather l’a enlevée. Elle n’a rien lâché et m’a même envoyé bouler comme si je n’étais qu’une mouche. Elle a de la personnalité et j’ai vu que tu tenais à elle. Je l’ai revue après ça et…

– Quand ça ?

Mon cœur fait un bond dans ma poitrine.

– Le jour de notre départ lorsque je t’ai rejoint chez toi.

– Mais je ne l’ai pas vue. Pourquoi ?

– Je l’ai captée en train de te regarder par la fenêtre du salon. Elle m’a menacé de me foutre une raclée si je t’en parlais.

Je souris malgré moi. Maddie est une forte tête et je l’imagine très bien lui dire ce genre de chose même s’il est beaucoup plus costaud qu’elle.

– Elle le fera si elle sait que tu me l’as dit.

– Oui mais pour qu’elle le sache, il faudrait que tu ailles la rejoindre et que tu restes auprès d’elle une bonne fois pour toute.

Je pousse un profond soupir.

– Je sais que ça fait peur d’aimer quelqu’un, elle peut mourir et tu souffriras mais on ne sait pas ce que l’avenir nous réserve et heureusement sinon on ne vivrait plus. Tu préfères souffrir toute ta vie d’être loin d’elle ? Alors que tu pourrais être près d’elle et profiter de chaque instant qui passe comme s’il était le dernier.

Franck n’attend pas que je réponde à sa question. Il rejoint Cole un peu plus loin, me laissant réfléchir à son petit discours. Comment a-t-il fait pour me cerner ? Quel passé cache-t-il pour si bien comprendre mes états d’âme ?

Lorsque nous arrivons près de la propriété, Cole se prépare et s’éloigne pour trouver un meilleur angle de tir. Il nous informera par la suite du nombre de guetteurs à l’extérieur.

Côte à côte, nous attendons le moment propice pour mener l’assaut.

Je jette un coup d’œil à Franck puis je le questionne :

– Comment as-tu pu si bien cerner ma relation avec Maddie ? Tu as vécu la même chose ?

Franck ne répond pas tout de suite puis il passe sa main sous son gilet pare-balle avant d’allumer sa petite lampe torche pour me désigner la photo qu’il garde sur lui.

C’est une photo de Franck plus jeune avec une jeune femme d’une grande beauté, blonde, les yeux rieurs.

Franck éteint très vite sa lampe pour ne pas nous faire repérer puis il explique tout bas :

– Elle s’appelait Carrie. C’était ma lumière, ma moitié, elle me comprenait si bien que ça en était effrayant. Je partais souvent en mission et quand je revenais, elle était folle de joie de me retrouver. Le danger n’est pas venu de mon côté mais du sien. Elle est tombée malade.

Sa voix se casse sur ces derniers mots.

– Quand les médecins nous ont annoncé qu’il ne lui restait plus que six mois à vivre, nous avons décidé de réaliser tous nos rêves. Nous nous sommes mariés sur la plage, nous sommes partis en voyage de noces, nous avons fait un saut à l’élastique, de l’hélicoptère, du saut en parachute. Nous sommes même allés à Disneyworld pour te dire, continue-t-il.

J’entends à sa voix qu’il sourit.

– Donc tu vois, l’avenir est incertain mais nous avons profité de chaque instant pour ne rien regretter ensuite. Quand elle est morte, j’ai passé du temps à regarder nos photos, nos vidéos et je me sens maintenant apaisé. Je peux mourir aujourd’hui ou demain, cela n’a aucune importance car j’ai connu le grand amour, le vrai.

Cole choisit ce moment pour annoncer dans nos micros :

– Je compte six guetteurs à l’extérieur, à vous.

– Reçu.