De feu et de glace - L'intégrale

Adeline Alexandre · Chapitre 39 sur 126

Pages du PDF

De feu et de glace - L'intégrale

Lisea

Mon cœur se met à battre plus fortement dans ma poitrine.

– Pourquoi a-t-elle subitement parlé de ça à Evie ? Elle ne m’en a pas fait part depuis le mariage.

– Lisea a remercié Evie du fait que je l’ai amenée à l’autel et ça a tourné ensuite sur l’absence de sa famille à votre mariage. C’est là que Lisea a commencé à pleurer.

– Elle a pleuré ? je lâche d’une voix sourde.

– Oui, c’est une question de temps avant qu’elle ne te demande de les rechercher.

Je pousse un soupir et passe une main dans mes cheveux bruns devenus plus longs pendant les vacances.

– Bon sang, il ne manquait plus que ça. Merci Aaron de m’en avoir parlé. Ça me permettra de m’y préparer.

– C’est ce que je me suis dit. Bon avec tout ça, je dois voir Brock concernant la mise sur écoute. Je vais également demander à Svet de te rejoindre avec ses hommes. Il te donnera les consignes de sécurité à mettre en place autour de Lisea.

– Merci Aaron. Je vais de ce pas prévenir Lisea. Elle ne va pas être enchantée, je le crains.

Je raccroche et frotte mes yeux comme pour mieux réfléchir à ce que je vais dire à ma femme. Elle est si heureuse depuis ces dernières semaines. Je n’ai pas envie de lui faire peur avec des restrictions de sortie mais elle va devoir prendre son mal en patience.

****

Lisea

Je sens les délicats fumets du poulet rôti que Maria sort du four et lorsque j’entends les pas de Nathan derrière moi, je me retourne pour lui dire que le repas est prêt.

Nathan, le front plissé pose ses larges mains sur mes épaules. Il semble ailleurs et je sens qu’il y a quelque chose qui le tracasse. Est-ce sa conversation téléphonique avec Aaron qui s’est mal passée ?

Je recouvre ses mains des miennes, en les serrant doucement pour lui apporter un peu de réconfort. Nous étions si bien en vacances, sans le souci du quotidien, que ce brusque retour à la normale me remplit d’une soudaine tristesse.

– Tout va bien chéri ? je l’interroge en me tournant sur mon siège du bar pour le regarder. Les muscles de sa mâchoire se contractent et je sens une extrême tension dans tout son corps.

Il se détache de moi et s’assoit à mes côtés. Il étreint ma main posée sur ma cuisse avant de suggérer d’une voix rauque :

– On en reparle après le repas ?

J’acquiesce de la tête sans pouvoir détacher mon regard du sien.

– C’est grave Nathan ?

Il se lève brusquement et annonce froidement :

– J’ai dit qu’on en reparlerait après le déjeuner. Tu peux attendre, non ?

J’écarquille les yeux, étonnée de son changement soudain de comportement. J’ai l’affreuse sensation d’être revenue au début de notre relation lorsqu’il m’imposait ses choix sans accorder de l’importance à utiliser les bons mots. Obéir et rien d’autre, sauf qu’aujourd’hui, je ne suis plus sa captive, une jeune fille sans défense. Le mariage nous amène au même pied d’égalité et je refuse de jouer la femme soumise sauf lors de nos jeux sexuels.

Durant le repas, j’arbore un visage fermé, semblable au sien. Après tout, pourquoi faire un effort pour converser si de son côté, il ne s’en préoccupe pas. Je me sens l’effet de jouer à un jeu tordu, à celui qui tiendra le plus longtemps sans émettre un son. Même lorsque Maria nous apporte le dessert, je ne fais que lui sourire brièvement. Elle-même fronce les sourcils en déposant une part de tarte aux pommes devant Nathan tout en le dévisageant.

– Merci Maria. Vous viendrez à mon bureau un peu plus tard, j’ai de nouvelles consignes à vous transmettre.

– Très bien Monsieur Jensen, dit-elle en prenant congé sans faire de bruit.

Nathan mange un morceau de tarte avant de relever les yeux pour me regarder. Nous nous fixons sans qu’aucun de nous n’émette un son, puis les traits de Nathan s’adoucissent légèrement et il commence à parler sans me quitter du regard.

– Il y a certaines choses qu’il faut que je te dise. Cela va entraîner un changement dans nos comportements dans cette maison mais surtout lorsque nous sortirons.

Je fronce les sourcils puis mon regard se porte derrière Nathan. Surprise, je fouille de part et d’autre la terrasse. Je distingue derrière la baie vitrée de la salle à manger plusieurs hommes habillés en costume noir de la tête au pied qui se dispersent. Un homme part sur la droite, disparaissant tandis qu’un second se met dos à la baie vitrée. Il tourne la tête de droite à gauche comme pour surveiller les environs.

– C’est de cela que tu veux me parler, je rétorque en faisant un signe du menton en direction de l’homme dehors, dos à nous.

Nathan se tourne et ne semble nullement surpris de trouver un inconnu devant notre baie vitrée.

– Oui.

Il pousse un soupir et se lève pour se diriger vers la baie vitrée. Il l’ouvre et l’homme fait volte-face pour lui parler.

– Faites-venir Svet, j’aimerais lui parler maintenant.

– Très bien Monsieur.

L’homme glisse une main à son oreillette et murmure quelques phrases inaudibles.

Nathan se détourne et se rassoit sur sa chaise en continuant de manger sa tarte aux pommes.

– Tu comptes m’ignorer pendant longtemps ?

– Pas du tout Lisea. Je t’expliquerai dès que j’aurai vu le responsable de la sécurité.

– Pourquoi avons-nous besoin de tous ces hommes ? J’en ai compté au moins cinq ou six.

Nathan lève le nez de son assiette avant de me fixer, détaillant mes traits comme pour chercher quelque chose.

Un homme de haute taille passe alors la baie vitrée et s’arrête sur le côté de la table. Son visage porte les stigmates d’un homme ayant subi de multiples traumatismes. Une longue cicatrice barre sa joue le rendant encore plus sombre. Il est si musclé que Nathan malgré sa musculature déjà bien développée, semble presque chétif à ses côtés. En même temps, l’homme semble faire au moins deux mètres et est vraiment très impressionnant.

Ses yeux bleus perçants me dévisagent longuement comme si cet examen lui permettait d’enregistrer chaque détail de ma personne. Ses cheveux blonds sont tellement coupés court qu’on dirait qu’il est chauve. Il se passe quelque chose de grave pour que cet homme travaillant pour mon mari fasse irruption dans notre maison avec plusieurs de ses hommes tout aussi costauds.

– Asseyez-vous Svet.

L’homme prénommé Svet s’assoit au bout de la table entre nous deux sans parler.

– Dites-moi ce que vous préconisez ? demande Nathan à Svet.

L’homme se tourne vers moi avant de revenir à son patron, comme pour être sûr qu’il peut parler devant moi des mesures prises.

– Deux hommes sont postés sur la façade avant de votre maison, deux hommes à l’arrière et deux hommes de chaque côté. Ils patrouilleront de façon aléatoire, changeant tous les jours de poste pour ne pas laisser une routine s’installer.

Il ne prend pas de gants, il passe de suite aux choses sérieuses. Il est si carré que je suis pratiquement certaine qu’il était dans l’armée avant de travailler pour Nathan.

– Très bien, cela me semble convenable. Peut-être un peu excessif mais je vous fais confiance.

– Je préfère garantir au maximum votre sécurité ainsi que celle de votre femme. Concernant les déplacements éventuels : je veux que vous soyez accompagné de deux hommes, ils vous conduiront à vos rendez-vous professionnels.

– Et pour ma femme ?

L’homme aux yeux glacials se tourne vers moi avant de déclarer :

– Elle reste ici au maximum. S’il est primordial qu’elle sorte, je veux être prévenu vingt-quatre heures avant pour pouvoir sécuriser les lieux. Elle aura aussi deux hommes avec elle.

– Je veux qu’ils la suivent partout, même aux toilettes.

Je pousse un cri de révolte et regarde les deux hommes.

– Hors de question. De une, je ne sais pas pourquoi il y a une équipe de durs à cuire autour de notre maison et de deux, je ne veux pas être suivie et surtout pas aux toilettes. Je pose mon véto.

La bouche de Svet se tord en une grimace se rapprochant d’un semblant de sourire et Nathan de son côté me foudroie de son regard sombre.

– Il n’y a pas à épiloguer, on t’expose les consignes de sécurité, on ne te demande pas ton avis.

Je me lève d’un bond de ma chaise, aveuglée par la rage. Je quitte la salle à manger et monte à toute vitesse l’escalier menant à notre chambre. Je m’y enferme à double tour ne souhaitant pas sa présence auprès de moi.

Je ferme les yeux et essaye de penser à quelque chose de joyeux :

« Je remonte l’allée de l’église, un bouquet de roses blanches et roses dans mes mains, je repère au loin Nathan qui m’attend anxieusement puis le baiser scellant notre union. Puis je me projette aux Bahamas, lorsque je cours sur la plage, échappant aux mains baladeuses de Nathan qui finit par m’attraper. Il me soulève et entre dans l’eau turquoise tout en m’embrassant tendrement. »

Je reviens au présent en entendant la poignée de la porte qui s’abaisse puis la voix de Nathan qui me demande d’une voix brusque de l’ouvrir.

– Ouvre-moi cette porte, sinon…

– Sinon quoi, Nathan ? je ricane.

– Tes fesses vont devenir d’une belle couleur rosée dans quelques minutes.

En repensant à la dernière fois qu’il m’a administré cette torture, je souris et sens une brusque humidité envahir mon entrejambe rien qu’à l’idée de cette punition. Je secoue la tête, je ne pense pas que Nathan soit d’humeur joueuse et ne crois pas que sa punition sera dans l’intention de me donner du plaisir, vu la façon dont il m’a ordonné d’ouvrir la porte. Il n’est pas question de jouer à un jeu sexuel.

Je fais la grimace et m’approche de la porte pour la déverrouiller.

La haute stature de mon mari apparaît dans l’embrasure de la porte. Il fait peut-être dix centimètres de moins que Svet mais il n’en reste pas moins impressionnant. À cet instant, il me regarde d’un air sévère avant de fondre sur moi.

 

OceanofPDF.com