De feu et de glace - L'intégrale

Adeline Alexandre · Chapitre 124 sur 126

Pages du PDF

De feu et de glace - L'intégrale

Chapitre 22

 

« Je ne veux pas que tu reviennes, j’aurais simplement voulu que tu restes »

Inconnu.

****

Maddie

– Non pas ici, les caisses de champagne doivent être mises en cuisine, ordonne Lisea en indiquant la cuisine d’un geste de la main. Cuisine où un chef et ses commis sont en pleine élaboration des desserts pour ce soir. Ce que j’ai pu entrevoir me met l’eau à la bouche.

Ma mère a assuré. Tout semble se dérouler comme sur des roulettes, encore faut-il que le groupe de musique classique arrive pour nous rassurer complètement.

Je repasse en vue la décoration que Lisea et moi avons imaginée et je suis enchantée du résultat. Le bleu nuit se marie très bien avec l’ivoire et les étoiles suspendues au plafond donnent au lieu, une atmosphère où le rêve et l’espoir sont permis. Les quelques enfants malades relativement en forme pour la soirée seront, j’espère, heureux de voir ce que nous avons fait en leur honneur. Les associations récupéreront une certaine somme d’argent pouvant ensuite aider les familles qui ont des dettes à cause des frais médicaux, ou encore, créer des établissements au plus près des hôpitaux pour que les parents puissent être logés gratuitement pendant le traitement des enfants. Bref, tout l’argent récolté sera reversé et aidera grandement à ce que les enfants n’aient plus que le souci de guérir.

– Maddie… Maddie, tu es dans la lune ? s’écrie Lisea me faisant revenir sur terre.

– Je suis dans les étoiles, pas dans la lune, je réplique en me tournant vers elle.

Lisea est entourée d’un groupe et en voyant à travers leur sacoche ou valise en cuir, je suis soulagée d’un grand poids. Enfin, maintenant, c’est sûr, nous aurons de la musique ce soir.

– Super, vous êtes arrivés. L’estrade se trouve sur votre droite, vous pouvez vous installer quand vous le souhaitez, dis-je en leur adressant un grand sourire.

Dans un brouhaha, le groupe se disperse. Certains font le tour de la salle tandis que d’autres, munis de leurs gros instruments se dirigent vers l’estrade où ils tiendront un concert durant le dîner.

Ma mère apparaît au pas de course et se dirige vers nous, les joues rouges.

– Ah, vous êtes ici ! Que de boulot pour une soirée mais c’est génial. Vous êtes géniales les filles ! s’esclaffe-t-elle en nous prenant toutes les deux dans ses bras.

– Jeff doit être très heureux là-haut de nous voir toutes les trois, donner de notre temps pour cette cause qui lui tenait tant à cœur, continue-t-elle en reniflant.

– Oh maman ! Je suis sûre qu’il l’est. Nous penserons fort à lui aujourd’hui.

– Oui, votre mari était quelqu’un d’exceptionnel et sachez que je serai toujours là pour vous aider à concrétiser ce genre de projets, je suis sûre que Maddie aussi, n’est-ce pas ma belle ?

– Oui oui, complètement d’accord avec Lisea.

Ma mère s’essuie les yeux avant de nous faire à chacune un clin d’œil.

– Bon, j’y retourne, trêve de câlins.

Elle retourne de là où elle est arrivée nous laissant Lisea et moi, un peu incrédules.

– Je crois que lundi sera dur pour ta mère. Ce genre de préparation lui a permis de s’occuper et à part si tu penses te marier l’année prochaine, elle va être livrée à elle-même sans véritable but.

Je pousse un long soupir.

– Oui, je sais, ce projet l’a beaucoup aidée. Oh et puis c’est quoi cette idée qui te passe par la tête ? Il est hors de question de me marier.

– Tu sais, tout peut arriver, dit Lisea en me souriant.

– Avec Alessandro, nous sommes loin d’en être arrivés là.

– Je ne te parle pas d’Alessandro mais de quelqu’un d’autre.

– Ne me parle pas de celui qui s’est enfui comme un voleur. Je ne veux pas parler de lui. Il m’a brisée Lisea. Je ne sais même plus où j’en suis.

Lisea me sonde de ses yeux bleus et sa main douce se pose sur mon bras.

– La vie n’est pas facile, tu auras ton lot de désillusions, d’espoir, d’envies et cetera mais n’oublie jamais qu’il faut laisser parler ton cœur et non écouter ta tête. Tu sembles vouloir tomber dans les bras d’Alessandro comme pour te venger de Svet qui t’a laissée. Ne fais pas de mal à cet homme. C’est quelqu’un de bien et je doute que tu aies réellement des sentiments pour lui. Je me trompe peut-être.

– Je sais ce que vaut Alessandro, il représente la sécurité…

– Oui, mais ça ne suffit pas. Il te faut vibrer de désir et que ton cœur s’emballe à la vue de cet homme, me coupe-t-elle.

Un homme nous interrompt en nous demandant où se situent les cuisines et Lisea le renseigne, coupant court à notre discussion.

Les paroles de Lisea m’ont atteintes et je ne sais plus du tout où j’en suis. Faut-il écouter la raison ou son cœur ? Lisea semble totalement sûre qu’il faut choisir ce que notre cœur nous dicte et non choisir la facilité, dans un sens. La vie est bien trop compliquée, il faut que je réfléchisse à tête reposée, mais pas aujourd’hui, pas ce soir, un autre jour. Si j’en trouve la force.

Ma mère m’appelle à l’autre bout de la salle et je suis sur le point de la rejoindre lorsque Lisea me souffle :

– Au fait, que disais-tu pour Alessandro ? Vous en êtes où au juste ?

– Quelle question indiscrète ! Veux-tu que je te demande ce que Nathan t’a fait en guise de punition pour les shots de Rainbow ?

Les joues de Lisea se teintent en rouge cerise et je comprends alors qu’elle ne m’avouera jamais ce que lui a réservé son mari, qui à mon avis semble assez inventif.

– Je me disais bien, je lui lance en gloussant avant de rejoindre ma mère.

 

Le soir-même, je descends de la limousine d’Alessandro en robe de soirée. J’ai choisi pour l’occasion, une longue robe arrivant en bas des chevilles, très cintrée, me donnant un peu plus de grandeur et la longue fente qui remonte jusqu’en haut de la cuisse me permet de marcher tout en dévoilant un peu de peau. Le col de la robe remonte jusqu’à mon cou, mais laisse mon dos largement découvert. La robe semble plaire à Alessandro car au moment où il m’a vue en bas de chez moi, ses joues sont devenues aussi rouges que celles de Lisea ce matin, me donnant un aperçu de l’effet provoquant de la robe en taffetas couleur ivoire. J’ai remonté mes cheveux en un chignon compliqué et après un maquillage léger, j’ai peint mes lèvres charnues d’un rouge profond.

La main d’Alessandro se pose sur mon dos nu tandis que nous avançons vers l’entrée du grand Hyatt.

Les flashs d’une dizaine de photographes m’éblouissent. J’avais oublié qu’il y aurait une foule de personnalités ici ce soir, dont celui qui me touche la peau à cet instant, car Alessandro, riche homme d’affaires, sait faire parler de lui.

Un journaliste nous tend un microphone avant de nous questionner :

– Vous êtes l’héritière des banques Spindler et vous, l’un des actionnaires, Monsieur De Santis. Ces circonstances vous ont rapprochés, y aurait-il un mariage dans l’air ?

– Pas de commentaire très cher mais reposez-nous la question dans quelque temps, répond Alessandro en me serrant plus fortement contre lui.

Je ne sais comment interpréter son discours face à ce journaliste avide de potins et je suis soulagée lorsque nous poursuivons notre route vers la double porte menant à la salle.

– Tu n’aurais pas dû dire ça à ce journaliste, il va l’écrire dans son torchon.

Alessandro répond tout en me laissant passer devant lui lorsque la porte s’ouvre :

– J’étais sincère Madison.

– Tu vas un peu vite en besogne, je grogne en le foudroyant du regard.

Après avoir déposé mon châle au vestiaire, j’observe d’un œil neuf le décor dans son ensemble et je suis soulagée de voir que tout semble à sa place comme nous l’avons laissé, Lisea et moi cette après-midi.

– C’est magnifique Maddie, vous avez fait un travail remarquable, assure Alessandro en me prenant par le coude.

Je lui souris en retour avant qu’il ne serre la main à plusieurs groupes de personnes qui discutent et je le suis, recevant des compliments sur ma toilette et sur la décoration de la salle. Plusieurs personnes m’assurent qu’elles prendront contact avec l’agence pour que je puisse m’occuper de leur décoration. Ce bal est un sacré tremplin pour l’avenir de Mad-Lise et je suis pressée de voir Lisea pour lui en toucher un mot. Je repense à mon père qui est mis à l’honneur en cette occasion et à ce qu’il m’a dit lorsque j’avais dîné avec eux, un soir : « Vois grand, vois loin ma chérie ».

J’ai l’impression de l’entendre près de moi comme s’il me répétait ces mots. Il me voyait étendre mes activités, ouvrir plusieurs agences. Et s’il avait raison et si mon avenir était loin d’être défini ?

Je regarde non loin, les enfants accompagnés de leurs parents, la tête recouverte pour certains d’un bandana pour cacher leur crâne dépourvu de cheveux. Mon cœur se serre mais en les voyant sourire, les yeux illuminés, je m’approche d’eux pour leur souhaiter de passer une bonne soirée, je sais que ma mère a prévu des cadeaux et des surprises pour eux et je prie tout bas pour que l’avenir soit merveilleux et qu’ils puissent vivre comme tous les enfants de leur âge.

Au milieu de la soirée, je réussis enfin à rejoindre Lisea et Nathan qui discutent avec Aaron et Evie.

Je les salue tous avant de croiser le regard de Nathan dont la main est posée de façon possessive en bas du dos de Lisea.

– Alors Maddie, tu t’es remise de ta soirée de jeudi ?

– Oui parfaitement et toi ?

Nathan couve Lisea d’un regard malicieux avant de répondre :

– Parfait, Lisea s’en souviendra pendant quelques jours.

Je croise le regard fiévreux de Lisea qui semble revivre sa soirée et je sens l’électricité sexuelle qui émane du couple.

– Prenez une chambre par pitié, intervient Aaron en riant.

– Pour en finir, ce n’est pas si mal de sortir de temps à autre, n’est-ce pas Lisea ? je la nargue en la voyant sourire.

– Emmenez-moi avec vous les filles la prochaine fois, s’exclame Evie en nous regardant toutes les deux, curieuse d’avoir des détails croustillants.

– Pas de souci Evie, dit Lisea en s’éclaircissant la voix.

Alessandro nous rejoint et pose sa main sur mon dos, caressant ma peau doucement. Je croise son regard brûlant et je sais qu’il a une idée derrière la tête pour la fin de soirée. Serai-je capable de passer ce cap ?

Dans mes pensées, je ne remarque pas tout de suite le silence qui nous entoure puis j’entends la voix de ma mère dans les enceintes disséminées un peu partout dans la salle de bal.

Je me tourne vers l’estrade où elle s’apprête à faire un petit discours.

« Mesdames et Messieurs, ainsi que les enfants venus spécialement pour l’occasion, je vous remercie de vous être déplacés pour assister à ce bal. L’idée m’est venue après que mon cher Jeffrey soit parti. Toutes ces années, mon mari a contribué à ces œuvres caritatives pour aider et soutenir les familles des enfants malades ou accidentés. C’est pourquoi, ce soir, je tenais à lui faire cet honneur et lui montrer que nous continuerons, tous ensemble… ».

Moira finit son discours puis les invités se mettent à l’applaudir tandis qu’une larme coule sur sa joue. Elle les remercie d’avance pour leur contribution.

Au moment où nous allons rejoindre notre table, je sens un courant électrique me traverser le corps. Cette impression me perturbe, il n’y a que Svet qui me provoque cette décharge, cette fébrilité. Je regarde derrière moi mais je ne le trouve pas. Je continue d’observer les gens autour de moi, espérant croiser son regard bleu mais j’ai beau passer au crible chaque invité, je ne le trouve pas, me laissant une intense sensation de vide au creux de mon ventre.

Espérais-je qu’il viendrait ? Je secoue la tête, l’espoir me donne l’impression qu’il est là et je me demande où il est, là en ce moment ? Est-il en mission ? Est-il toujours en vie ? Est-il ici ?

Tout à coup, j’ai l’impression que je n’arrive plus à respirer, une sensation de chaleur me parcourt le corps et au lieu de m’asseoir avec mes amis, je reste debout et m’excuse :

– Je vous prie de m’excuser un instant, je vais me rafraîchir, dis-je à bout de souffle.

Lisea qui est ma voisine à notre table, murmure :

– Ça va ? Tu veux que je vienne avec toi ?

– Non, reste avec nos invités, je ne serai pas longue, je réplique en partant en direction des toilettes.

Cette étrange sensation ne se dissipe pas même lorsque je me retrouve seule aux toilettes. Que se passe-t-il ?

Je laisse couler le robinet sur mes poignets et humidifie ma nuque puis la porte s’ouvre et dans le reflet du miroir, je cligne des yeux.

– Que fais-tu ici ?

En robe de soirée d’un vert foncé, Susan s’avance vers moi, le visage fermé, le regard chargé de haine.

– J’étais bien évidemment invitée, ma chère nièce.

– Oui, je me doute mais je pensais que tu ne voulais pas y participer.

Susan me regarde de haut en bas avant de continuer :

– Jolie robe, c’est dommage.

Je fronce les sourcils, ne comprenant pas ce qu’elle me veut.

– Tu ne me demandes pas comment va ton cousin ?

– Non, pas après ce qu’il m’a fait et surtout pas après ce qu’il a fait à mon père.

– Je sais, ton père lui a tout donné, ricane-t-elle méchamment. Ton père qui m’a donné un travail… Ah ah sans lui, nous serions à la rue et il s’est chargé de nous le faire comprendre pendant toutes ces années. Je ne disais rien, vois-tu ? Après tout, il comptait nommer Hugo à la tête des banques Spindler alors je m’écrasais, je laissais de côté tout cela, continue-t-elle en s’asseyant nonchalamment sur un fauteuil disposé près des lavabos.

Je regarde brièvement vers la porte de sortie, priant que quelqu’un entre pour que je puisse sortir d’ici avant que ça ne dégénère. Je ne sais pas ce qu’elle me veut mais elle semble avoir un sérieux contentieux avec moi.

– Bref, quand le notaire nous a annoncé que tu profitais de la majorité des parts, Hugo a vu rouge et je le comprends. Je l’ai donc encouragé à les récupérer. Quel naïf, s’il m’avait dit ce qu’il mijotait…

– Tu l’en aurais empêché, peut-être ?

– Non, bien sûr que non, je l’aurais aidé, crache-t-elle d’une voix mauvaise.

– Ce bon à rien est comme son père, il ne m’écoute pas, personne ne m’écoute de toute façon. Tant pis, je vais devoir faire le travail à leur place comme d’habitude.

La peur m’envahit et je commence à comprendre pourquoi elle m’a rejoint dans les toilettes. Je la regarde sortir une arme de son sac de soirée et je reste quelques secondes pétrifiée avant de réfléchir. Si je veux m’en sortir vivante, je n’ai pas le choix que de la faire parler. Gagner du temps, c’est ma seule solution pour l’instant.

– Est-ce toi qui as mis les micros chez moi ?

– Non c’est mon cher fils, il voulait savoir ce que tu mijotais à ce qu’il m’a dit mais je m’en fous, siffle-t-elle, hargneuse.

– C’est toi qui as tué mon père ? je demande d’une voix chevrotante.

– Non non, pas lui. Hugo a bien fait son travail mais il aurait d’abord dû se renseigner pour les parts. Si ce foutu De Santis, n’était pas arrivé dans le tableau. Hugo m’a dit qu’il était devenu un ami, ce n’est jamais bon signe…

– Par contre, ton oncle, je l’ai bien empoisonné. C’est si facile avec la mort aux rats, intraçable, bien sûr.

– Pourquoi ?

– Pourquoi, pourquoi, pourquoi ? crie-t-elle.

– Ton oncle n’avait aucune ambition, aucune… Je voulais qu’il suive les pas de ton père, même pourquoi pas qu’ils travaillent ensemble mais c’était un imbécile, à part la menuiserie, il ne voyait rien d’autre. Ah si je n’avais pas été enceinte de lui, je ne l’aurais jamais épousé. J’aurais tout fait pour récupérer ton père. Au moins, lui, il avait de l’argent. J’aurais mené la belle vie comme ma chère sœur. Ne t’inquiète pas, après toi, ce sera ta charmante mère.

Lorsque je l’entends parler de ma mère, la colère m’envahit, me poussant à commettre l’irréparable. Je me jette sur elle pour essayer de la désarmer. Je tombe maladroitement sur le dos, Susan reprend l’avantage en s’asseyant à califourchon sur moi. Nos mains se joignent sur l’arme et je résiste de toutes mes forces. Si je lâche prise, je signe mon arrêt de mort, je le sais pertinemment. Des images de Svet me traversent l’esprit comme si j’étais proche de la mort et que je ne voyais plus que la personne que j’aime.

Puis un coup de feu retentit dans la pièce et le corps de Susan s’affale sur moi. Je ferme les yeux un instant. Lorsque je les ouvre à nouveau, je crois rêver : Svet est là, devant moi, le visage inquiet me scrutant de toutes parts à la recherche d’une blessure puis je n’entends plus rien et un voile noir m’obscurcit la vue, je n’ai le temps que de dire :

– Tu es là.

 

Avant que je n’ouvre les yeux, j’entends une dispute. J’essaye de remuer pour savoir si physiquement je vais bien. Tout semble ok à première vue à part quelques courbatures puis j’entends la voix d’Alessandro :

– Tu es parti comme ça, du jour au lendemain. Tu crois que j’allais la laisser sans tenter ma chance ? Même si je sais ce qu’elle ressent pour toi ?

– Je suis parti et je le regrette de bien des manières mais je l’aime et je compte le lui dire dès qu’elle se réveillera, réplique Svet.

– Bon sang, vous ne pouvez pas jouer aux coqs hors de cette chambre plutôt que de faire ça devant elle ? s’écrie la voix en colère de Lisea.

Ah Lisea, toujours à me défendre bec et ongles quoiqu’il arrive.

– Bon sortez de là, gronde Nathan. Elle est assez éprouvée comme ça sans que vous n’en ajoutiez une louche. Attendez au moins qu’elle se réveille. Elle choisira elle-même lequel de vous deux elle aime.

J’entends alors la porte qui s’ouvre puis des pas qui s’éloignent. Plus un bruit ne filtre.

J’ouvre alors les yeux et je rencontre une paire d’yeux bleus perçants qui se fond dans les miens, annihilant toute ma volonté de le repousser. Sans parler comme si cela coulait de source, le grand corps de Svet se glisse sous le drap du petit lit et lorsque je sens son bras entourer mon corps, la colère qui semblait m’habiter depuis son départ s’estompe pour laisser place au sentiment d’être enfin arrivée à bon port, là où est ma place.

Je voudrais lui crier dessus, lui dire que je lui en veux et le blesser comme il m’a blessée mais quelque chose me retient.

Aucun de nous deux ne parle durant de longues minutes avant que Svet ne perce enfin le silence :

– Tu vas bien ma belle ?

– Oui. Svet ?

Je lève la tête pour le regarder, détaillant ses traits taillés dans la serpe avant de soupirer.

– Oui, Maddie je sais, j’ai été un imbécile.

– Pourquoi es-tu revenu ? Pourquoi ? je lui demande d’une voix tremblante, la peur au ventre à l’idée qu’il ne soit pas revenu définitivement. Comment lui faire de nouveau confiance ?

Sans me regarder, Svet me donne enfin les explications que j’attends depuis qu’il est parti :

– Je m’excuse pour le mal que je t’ai fait, Maddie. Il a fallu que je parte pour enfin savoir ce que je voulais vraiment dans la vie et c’est toi. J’ai eu si peur de te perdre après ton enlèvement que j’ai eu l’impression de revivre la mort de ma famille. Je ne voulais plus souffrir et je me suis dit que si je partais, je t’oublierais.

– Et ça a marché ? je souffle d’une voix rauque.

Sa main chaude se met à caresser ma peau nue et tout mon corps lui répond instantanément : ma peau se hérisse, la pointe de mes seins se tend, le creux de mes reins me lance et mon petit bourgeon délicat se gonfle de désir après une si longue absence. Trois semaines sans lui et plus rien ne va.

Mon corps est dans l’attente du sien, en alerte maximum.

– Non, ça n’a pas marché, je suis irrémédiablement attaché à toi, pour le meilleur et pour le pire.

– C’est presque une demande en mariage, je rétorque en souriant.

Je le regarde, ayant du mal à croire qu’il soit réellement de retour.

– Ça en est une. Je ne suis pas un homme conventionnel, je ne mets pas un genou à terre pour demander ta main mais sache que si tu acceptes, je te promets de ne plus jamais partir sauf si tu es avec moi. Je suis prêt à risquer de souffrir car c’est ce qui nous rend vivant. Nous savons que la vie est fragile et qu’il faut vivre intensément chaque moment, chaque minute et chaque seconde, continue-t-il en se détachant de moi pour mettre son visage en face du mien.

Les yeux dans les yeux, je lui dis alors tout simplement, comme pour sceller la promesse qu’il m’a faite et qu’il compte cette fois tenir :

– Alors embrasse-moi et ne perdons plus de temps !

 

OceanofPDF.com