De feu et de glace - L'intégrale

Adeline Alexandre · Chapitre 78 sur 126

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De feu et de glace - L'intégrale

Chapitre 3

 

« Cela paraît toujours impossible, jusqu’à ce que ce soit fait. »

Nelson Mandela

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Maddie

– Maman, je passerai cette semaine, je te le promets. On a un travail fou à l’agence, tu sais.

– Je n’en doute pas. Ton père et moi sommes fiers de toi mais j’aimerais que tu viennes plus souvent nous voir.

Je pousse un soupir puis je conclus :

– Demain soir, je viendrai dîner si vous êtes là. Je sais que vous avez souvent des dîners professionnels.

– Non, c’est parfait, nous n’avons rien de prévu enfin si, maintenant nous avons une invitée. À demain ma puce.

– Embrasse papa pour moi.

Je raccroche, tout en secouant la tête. Ma mère a raison, je ne passe pas assez souvent chez eux. Pourtant, ils n’habitent pas très loin. Il faut que je prenne le temps de les voir. C’est important la famille et j’ai toujours pu compter sur mes parents, ce dont je leur suis reconnaissante.

Je suis issue d’une famille où l’argent n’a jamais manqué. Mon père a hérité d’une colossale somme d’argent à la mort de mes grands-parents et a surtout hérité de la banque familiale transmise de génération en génération. Le problème, c’est qu’après lui, il n’y aura plus personne. Je suis fille unique et je n’ai jamais aimé les chiffres et il lui faut quelqu’un qui soit impliqué à 100% dans cette banque prestigieuse où la plupart des grandes fortunes ont un ou plusieurs comptes. Cette banque est un véritable empire à elle toute seule. Les Spindler Banks sont très connues en Californie puisqu’il y en a une vingtaine dans tout l’état. Je sais que mon père aurait voulu en développer dans d’autres états adjacents mais il sait pertinemment qu’il n’y aura pas de relève de ma part alors il préfère se contenter de ses vingt banques qui représentent déjà un sacré travail. Le siège étant ici même à San Francisco, mon père gère d’une main de maître l’ensemble avec l’aide de collaborateurs sélectionnés avec précision car une seule erreur de jugement peut engranger de gros dégâts. Le seul capable de gérer et de continuer à faire prospérer la banque est mon cousin Hugo.

Susan, la sœur de ma mère n’a eu qu’un seul enfant et je sais qu’elle est heureuse que mon père l’ait pris sous son aile. Je sais que mon cousin gère une bonne partie des plus gros clients de la banque et semble faire du bon boulot.

Je pousse un nouveau soupir avant de poser mon portable sur la table de travail centrale avant de me concentrer sur les plans de la cuisine de Madame Peters. J’adore dessiner à la main à l’aide de feutres, les couleurs que je songe apporter à la cuisine de ma cliente. Je veux apporter de la modernité sans pour autant effacer l’histoire de cette cuisine. Un mélange de modernité et de rétro feront une parfaite association.

Lisea arrive au moment où je réunis les différents croquis et les échantillonnages de couleurs que nous avons choisis.

– Salut Lisea.

– Ça va mieux Maddie ?

Je fronce les sourcils et réplique :

– Parfait, j’ai encore un léger mal de tête mais ça va. Je suis désolée pour samedi. Le champagne m’est monté à la tête.

Lisea pouffe de rire avant de continuer :

– C’est plutôt le nombre de verres qui t’a été fatal.

Je grommelle un « oui, tu as raison » avant de lui tendre le dossier de Madame Peters.

– Tiens, j’ai fini d’élaborer les croquis. Donne-moi ton avis avant mon rendez-vous avec elle. Je veux être sûre d’être dans le bon ton pour le rouge.

Lisea prend le dossier sans y prêter plus attention et plonge ses yeux bleus dans les miens.

– Tu veux me parler de Svet ?

– Quoi ? Non, non.

– Ok, je regrette de ne pas avoir su plus tôt qu’il était de retour en ville. Nathan ne se livre pas facilement sur son travail alors je ne l’ai su que le soir de la fête.

Je secoue la tête et réponds en forçant mon sourire :

– Ce n’est pas grave, ça ne m’a rien fait de le revoir.

– Tu essayes de t’en convaincre ? Car moi j’ai vu ton comportement changer à l’instant où tu as su qu’il était là. Tu fonds en sa présence. Tu es folle de lui, ça se sent et malgré ces trois années qui ont passé, cette alchimie est toujours présente et tu ne dois pas attendre une minute de plus pour établir un plan d’attaque. Vous êtes faits l’un pour l’autre, c’est un fait.

– Je sais mais le plus dur ce n’est pas de me convaincre moi, mais plutôt lui. Il est très têtu. Je vais devoir m’armer de patience pour le faire changer d’avis et j’avoue que je n’ai strictement aucune idée de ce que vais faire.

– Suis ton cœur et le reste se fera naturellement, déclare solennellement Lisea d’une voix sûre.

Je médite encore ses propos lorsque je quitte l’agence pour rejoindre ma cliente.

À peine je quitte Madame Peters qui est toujours aussi ravie de nos idées concernant la nouvelle décoration de sa cuisine, que mon téléphone professionnel se met à sonner.

– Agence Mad-Lise, bonjour ! dis-je en m’installant au volant de mon audi TT.

– Madame Spindler ? demande une voix douce et grave.

– C’est moi-même. Que puis-je faire pour vous ?

– Je me présente Alessandro De Luca, je souhaiterais vous rencontrer. J’ai besoin d’aide pour redécorer la résidence que je viens d’acquérir.

Sa voix a un léger accent et son nom me confirme qu’il doit être originaire d’Italie.

Je jubile intérieurement à l’idée d’avoir un nouveau client qui de plus est étranger. La rencontre de nouvelles personnes est toujours si intéressante.

– Quelle pièce souhaitez-vous redécorer Monsieur De Luca ?

– Je préférerais vous voir en personne pour vous montrer directement.

– Bien sûr. Quand souhaitez-vous me rencontrer ?

– Maintenant ? Je suis libre, dit-il d’une voix décidée.

Surprise mais ne voulant pas décevoir ce nouveau client, je réponds :

– Eh bien d’accord, je viens juste de quitter ma cliente. Où habitez-vous ?

– J’habite sur Pacific Heights au numéro 1030.

– Très bien, j’y serai d’ici une demi-heure. À très vite, j’achève en raccrochant.

Alessandro De Luca habite dans un quartier des plus chics et huppés de San parfois très originaux. Je sens que ce nouveau contrat va être intéressant si j’arrive toutefois à le décrocher.

Vingt minutes plus tard, je me gare devant la maison blanche victorienne qui fait le coin de la rue. Elle est tout simplement sublime et je me dépêche de rejoindre le perron avant de sonner.

Je n’attends que quelques secondes avant qu’un homme vêtu d’un costume noir s’efface et annonce :

– Entrez Madame Spindler.

J’entre alors dans le hall de la maison et je reste ébahie par le haut plafond qui dévoile un escalier en marbre et j’imagine déjà ce que je pourrai lui proposer comme amélioration car la maison semble être peinte de blanc autant à l’intérieur qu’à l’extérieur, ce qui me laisse deviner ce pour quoi je suis ici cette après-midi.

Je suis tellement plongée dans mes pensées que je sursaute lorsque j’entends la voix d’un homme arrivant sur ma droite.

– Madame Spindler ou plutôt Mademoiselle. Vous me paraissez très jeune pour déjà être mariée.

Je me tourne vers l’homme que je devine être Alessandro De Luca et je suis surprise par la beauté presque trop parfaite de cet homme. C’est sûr qu’en comparaison de Svet qui porte les stigmates d’un métier plus que dangereux, cet homme ressemble à un mannequin sorti tout droit du magazine Vogue. Il porte un costume beige sur mesure agrémenté d’une cravate bleu ciel.

Je reste sans voix et le sourire narquois qu’il m’adresse me confirme que je dois avoir l’air estomaquée.

Je m’éclaircis la voix et lui tends la main pour le saluer.

– Monsieur De Luca, enchantée de vous rencontrer.

– De même Madison. Ça ne vous dérange pas si je vous appelle Madison ? J’ai horreur d’utiliser à tout-va des « Mesdemoiselles » ou des « Madames ».

– Non pas du tout Monsieur…

Je vois à son expression qu’il souhaite que je fasse de même alors j’ajoute d’une voix quelque peu cassée :

– Alessandro.

Un lent sourire étire ses traits et je n’arrive toujours pas à cibler l’âge que peut avoir cet homme. Aucune ride n’apparaît aux coins de ses yeux malgré son sourire et je doute alors que son visage soit totalement naturel. J’ai comme l’impression que cet Alessandro utilise la chirurgie esthétique ou bien la nature l’a particulièrement gâté à en faire pâlir les autres hommes.

De premier abord et malgré son sourire, je sens qu’il est sûr de lui et la richesse lui donne un air supérieur. Je n’arrive pas à le cerner mais après tout, je suis ici pour décrocher un nouveau contrat et non pour établir si Alessandro est un homme bien.

– Que puis-je faire pour vous ? je demande en parcourant le hall des yeux avant de revenir sur lui.

Je croise alors ses yeux verts posés sur moi et il ne détourne en aucune façon le regard comme s’il était hypnotisé. Je sens mes joues devenir brûlantes plus par gêne que par plaisir d’être scrutée même si Alessandro est très séduisant. De taille moyenne, il me dépasse quand même de plusieurs dizaines de centimètres, en même temps vu ma petite taille, ce n’est point difficile. Il est très bien bâti mais pas autant que Svet. Je me morigène intérieurement de toujours comparer les autres hommes à Svet qui reste et restera un homme tout à fait à part.

Alessandro désigne alors le hall et répond :

– Je ne veux plus de ce blanc. C’est trop froid, j’ai besoin de couleur, de chaleur.

Sa voix sur la fin devient plus basse, plus profonde comme s’il voulait me faire passer un message. J’essaye d’occulter sa façon de me parler comme pour l’empêcher de me séduire car je ne suis pas idiote, j’ai comme l’impression que je lui plais, ce qui est assez déroutant.

– D’accord, de la couleur. Il n’y a que le hall à redécorer ou y a-t-il une autre pièce ?

Il éclate de rire et réplique :

– Oh Madison, vous êtes mignonne mais vous n’avez pas compris. Je veux que vous redécoriez toute la maison. Les murs sont blancs dans toutes les pièces.

– Toute… la maison ?

J’écarquille les yeux puis je lui souris.

– Eh bien, je vais en avoir pour un moment avant de vous proposer un projet.

– Mais prenez tout le temps dont vous aurez besoin.

– Je vais dans ce cas prendre des photos de chaque pièce et il me faudra les mesures précises pour que je puisse avoir une meilleure idée du travail à faire. Je vais devoir revenir avec mon associée pour qu’elle m’aide.

– Oh, je pensais que vous seriez seule à gérer ce projet.

Alessandro semble si déçu que je réplique d’une voix assurée :

– Je prends en charge le dossier mais à l’agence, Lisea m’aidera à trouver les bonnes couleurs et les meubles qui suivront avec vos goûts.

– Je ne veux que vous sur ce projet mais je ne suis pas contre les idées de votre associée même si je suis sûre que vous saurez trouver les bons tons pour me donner envie de vivre ici.

– Vous me faites visiter ? je m’enquiers en sortant un appareil photo de mon sac ainsi qu’un bloc-note.

– Suivez-moi Madison.

Au bout d’une heure de visite dans la maison d’une superficie de trois cents mètres carrés, je suis sur les rotules. Le travail est considérable en sachant qu’il y a dix chambres à décorer et à meubler ainsi que les salles de bains attenantes sans compter le salon, la salle à manger et la cuisine gigantesque, plus une multitude de pièces comme une future bibliothèque, un bureau.

– Je suis impressionnée par la grandeur de ces pièces et le nombre de chambres. Le blanc facilite la projection et il y a un vrai potentiel. Je suis enchantée par ce projet, enfin si après vous avoir donné mes idées, vous souhaitez toujours signer avec Mad-Lise.

Alessandro s’approche de moi d’un peu trop près et glisse sa main sur mon épaule comme pour me rassurer.