De feu et de glace - L'intégrale
Chapitre 13
« Il faut se ressembler un peu pour se comprendre, mais il faut être un peu différent pour s’aimer »
Paul Géraldy
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Svet
Le lendemain matin, je débarque dans l’open space de Brock et je m’arrête pile devant son bureau.
Sans le saluer, je crache :
– Putain Brock, j’espère que tu as des réponses à me fournir.
Brock lève les yeux sur moi et d’un air goguenard répond :
– Salut quand même chef.
– Je ne suis pas ton chef mais s’il te faut ça pour te faire bouger, je vais demander à Nathan de te remonter les cales.
– Euh non, ça va merci. Nathan peut être un vrai sauvage quand il s’y met.
– Bon accouche Brock. Qui est Alessandro De Luca/De Santis ?
– Eh bien, en effet, De Santis est son véritable nom de famille. J’ai pu remonter dans son passé jusqu’à sa naissance. Par contre, je n’ai encore rien trouvé prouvant qu’il était ami avec Jeffrey Spindler mais je vais creuser. J’ai mis plusieurs gars dessus. Je sais que ça te rassurerait de savoir qu’ils se connaissaient depuis longtemps.
– Selon Maddie, sa mère et sa tante ne le connaissent pas du tout. Penche-toi aussi sur Hugo, il n’a pas obtenu la majorité des parts de Spindler Banks et il n’a pas l’air très heureux de son sort. Je veux être sûr que Maddie ne risque rien en sa présence.
– Très bien, je m’y mets et te tiens informé au fur et à mesure mais pitié ne me botte pas le cul, renchérit-il en essayant de me dérider ce qui a pour effet de me détendre légèrement.
– Merci Brock, je compte sur toi. Tout le monde ici ne tarit pas d’éloges sur tes performances alors maintiens ta réputation.
– Ah bon, ils disent ça de moi ? Même Nathan et Aaron ? s’enquiert-il en souriant, fier de lui tout en se redressant sur son siège.
– Oui mais tout peut changer en un claquement de doigt.
Brock remonte ses lunettes sur son nez et se tourne déjà vers son ordinateur, tapant sur le clavier à vive allure sans plus s’occuper de moi.
Je quitte son open space, un sourire aux lèvres. Qu’est-ce qu’il ne faut pas lui dire pour lui donner des ailes ? Je suis sûr qu’il ne sera pas long pour me fournir ce que je veux savoir sur cet Alessandro et sur Hugo, le cousin qui espérait une bien meilleure place dans la banque de la famille Spindler.
Je suis sur le point de taper à la porte de Nathan lorsque celle-ci s’ouvre brusquement. Lisea apparaît alors, ses cheveux bouclés un brin ébouriffés et le rouge aux joues s’accentuant en me voyant.
– Oh bonjour Svet. Désolée, je dois partir, je suis déjà en retard. Je saluerai Maddie de ta part.
Puis elle s’enfuit me laissant assez perplexe. Il est rare de croiser Lisea dans le bureau de Nathan et encore moins en sortant avec la mine d’une femme qui vient de faire des bêtises avec son mari.
J’hésite puis regarde si Nathan est visible ou non. Je le vois en train de lisser sa cravate comme pour enlever des plis invisibles. Seul ses cheveux semblent tout comme Lisea quelque peu dérangés.
Je tape à la porte et Nathan lève les yeux puis lorsqu’il m’aperçoit, je vois le petit sourire qui me laisse deviner la teneur de son rendez-vous bien matinal.
– Vas-y entre. Que puis-je faire pour toi ?
Je racle ma gorge avant de suggérer :
– Je peux repasser à un autre moment si tu veux.
– Non, non. Si tu es là, je sais que c’est important. Le Svet que je connais ne vient pas dans mon bureau pour simplement me saluer, n’est-ce pas ?
Je grommelle un « oui » avant de m’avancer et de m’installer sur la chaise en face de son bureau.
Je baisse les yeux, attiré par un bout de tissu rose qui dépasse du bureau et je sens alors le rouge me monter aux joues lorsque je me rends compte qu’il s’agit du string oublié par Lisea.
Nathan semble avoir remarqué ma gêne puisque du pied il ramène le bout de tissu minuscule avant de le ranger d’une main rapide dans le premier tiroir qu’il trouve de son bureau.
– Nous ne sommes pas très discrets, je sais mais…
Sa phrase reste en suspens puis il se reprend en reprenant un visage sérieux.
– Bien, que se passe-t-il ?
– J’ai donné un peu de boulot à Brock et à son équipe. Ça ne te dérange pas ?
– Pas du tout. Ça concerne Maddie ?
Je hoche la tête puis d’un signe de tête, Nathan me demande de lui expliquer :
– Hier, Maddie est allée à la lecture du testament de son père et devine qui est l’un des héritiers de Jeffrey ?
Nathan hausse un sourcil, l’air interrogateur.
– Alessandro De Luca ou plutôt De Santis selon le notaire.
– C’est quoi ce bordel ? Il fait partie de la famille de Maddie ?
– Non, personne ne le connaît mais il est selon le testament, un ami proche de Jeffrey. Il lui lègue quand même vingt pour cent de Spindler Banks. – Ce qui équivaut à une putain de belle somme. Le père de Maddie était très riche, tu sais.
– Oui, je me doute. Ce qui m’inquiète c’est que Maddie a hérité de la majorité des parts tandis que son cousin Hugo n’a eu qu’une petite partie ce qui l’a laissé un peu en colère.
– Eh bien. Quel merdier. Comment le prend Maddie ?
– Je ne sais pas trop. Elle est passablement en colère après son cousin qui ne semblait pas satisfait de son sort. Après pour Alessandro, elle semble complètement incrédule. Les filles se sont occupées de la totalité de la décoration de sa maison et jamais il n’a mentionné qu’il connaissait le père de Maddie.
– Je comprends qu’elle soit quelque peu retournée. J’espère que Brock trouvera rapidement des réponses à toutes ces questions que l’on se pose.
– Bien, au moins tu es prévenu. Je ne veux pas utiliser le temps des gars de l’informatique sans que tu sois prévenu.
– Si ça concerne la meilleure amie de Lisea, tu peux utiliser tous les services que tu veux mais tiens-moi informé de la suite.
– Pas de souci.
Sur ces dernières paroles, je quitte le bureau de Nathan et reprends le chemin de l’open-space de la sécurité. Je croise Matt qui part certainement relever l’un des collègues qui protège Lisea.
– Salut Matt. Tu vas relever la garde rapprochée de Lisea ?
– Oui.
– Garde un œil sur Maddie en plus. Elle traverse une mauvaise période et je veux pouvoir être rassuré tant que je suis retenu ici.
– Pas de problème. Tu sais, nous surveillons les deux jeunes femmes la plupart du temps. On aime beaucoup Maddie alors ça ne nous dérange pas.
– Ok, merci. N’hésite pas à m’appeler sur mon portable à la moindre anicroche.
– Reçu.
Matt se dépêche alors de rejoindre l’ascenseur et d’un pas rapide, je rejoins mon propre bureau.
****
Maddie
Je regarde ma montre, il est presque 10 heures et Lisea n’est pas encore arrivée. Je fronce les sourcils et prends mon portable pour lui envoyer un message.
« Où es-tu ? Je m’inquiète. »
La porte de l’agence s’ouvre au moment où je pose mon téléphone et je suis soulagée de voir Lisea qui entre d’un pas pressé.
Je plisse les yeux et la regarde, essayant de déchiffrer son air béat. Que lui arrive-t-il ?
Ses cheveux sont indisciplinés et ses vêtements paraissent un peu chiffonnés.
– Ça va ma belle ? Je viens de t’envoyer un message.
– Oui, répond-elle sans me regarder en face.
– Tu crois que je ne vais pas te poser de question ? Tu arrives complètement échevelée avec un grand sourire et tu ne me dis rien, je déclare en affichant une moue triste.
Lisea se dirige vers la kitchenette et prend une tasse de café avant de se tourner vers moi.
– J’avais envie de voir Nathan. Il était absent hier soir à cause d’un dîner d’affaires et quand je me suis réveillée ce matin, il était déjà parti au travail alors…
– Tu es allée le voir à J&J ? Et vous avez…, je chuchote sur un ton conspirateur.
– Oui oui, s’empresse-t-elle de dire pour confirmer ce que je soupçonne.
– Devine sur qui je suis tombée en sortant du bureau ? me demande-t-elle, les joues rouges.
– Nan. Svet était à la porte ?
Lisea acquiesce et boit une gorgée de café avant de s’asseoir sur la chaise près de mon bureau.
– Je crois que je n’ai jamais été aussi gênée de ma vie. Quoique lui aussi…
– Ah non, j’imagine son air, je ricane puis j’éclate de rire, Lisea pouffe elle aussi avant de reprendre une gorgée de café.
– Au fait et ton rendez-vous chez le notaire hier ? Ça a été ?
Sa question me refroidit instantanément et je lui explique à demi-mot qui est l’un des héritiers.
– Quoi ? Que foutait-il là ? lance-t-elle d’une voix surprise.
– Il connaissait mon père. C’était selon le testament, un ami proche mais personne ne le connaît à part moi.
– Tu sais Maddie, je ne la sens pas cette histoire. Fais attention à toi. Et que pense Svet de tout ça ?
– Il a chargé des gars de chercher dans le passé d’Alessandro, maintenant que nous avons son véritable nom. Tu ne trouves pas ça bizarre qu’il ait changé de nom de famille ?
– Carrément. C’est pour ça que ça ne me rassure pas.
Je masse mes tempes du bout des doigts, sentant soudainement un mal de tête poindre.
– Tu veux qu’on déjeune ensemble ce midi ? me propose Lisea.
– Oui, je veux bien.
– Dans ce cas, si tu as un peu de temps, on pourrait revoir les derniers détails pour le séjour de Madame Parson.
– Oui tu as raison. Allons-y.
À midi, Lisea réunit les différents croquis et déclare :
– Allons déjeuner, j’ai une faim de loup.
– C’est plutôt à cause de tes ébats matinaux dans le bureau de ton mari.
– Chut… c’est un secret, ricane-t-elle en éclatant de rire.
Je me lève et lisse mon jean noir avant de remettre en place mon chemisier.
– C’est bon, je suis prête, nous pouvons y aller.
Lisea prend son sac à main et nous sortons dans la fraîcheur de l’automne. Je replace mon foulard fantaisie Desigual autour de mon cou et ferme mon manteau.
Au moment, où je glisse ma main sous le bras de Lisea, j’entends quelqu’un qui m’interpelle. Je me retourne et tombe face à face avec Alessandro, toujours aussi séduisant en costume bleu nuit sous un long manteau ouvert.
– Madison, j’avais peur d’arriver trop tard. J’aimerais que l’on discute quelques instants, seul à seul, ajoute-t-il en désignant Lisea d’un bref mouvement de menton.
– Non, Alessandro, je n’ai pas envie de te parler. Je… je ne sais pas qui tu es réellement. Tu n’as fait que me mentir depuis le début.
Je me retourne pour rejoindre Lisea mais sa main emprisonne mon bras me forçant à rester sur place.
– Attends, ne pars pas comme ça. Je ne savais pas que ton père allait m’offrir des parts de sa banque. J’étais aussi surpris que toi.
– Bien sûr. Alors si tu veux discuter, discutons mais laisse-moi te poser une question, une seule.
Alessandro pousse un soupir et opine de la tête avant de relâcher quelque peu la pression sur mon bras.
– Je veux bien te croire quand tu dis être un ami de mon père, après tout, tu étais sur son testament mais alors pourquoi ne pas me l’avoir dit dès notre première rencontre ?
Alessandro regarde Lisea derrière moi et d’un ton hésitant, répond :
– Je voulais te séduire comme le ferait un simple inconnu et non comme un ami de ton père. Jeffrey voulait que tu rencontres un homme bien et il m’a mis sur ton chemin. Il savait très bien que tu ne voulais pas des parts de la banque mais s’il te trouvait un mari qui s’y connaît en affaires bancaires, il ferait d’une pierre deux coups.
– Je ne te crois pas. Jamais mon père n’aurait fait ça. Tu inventes Alessandro et puis de toute façon, j’aime quelqu’un d’autre que toi alors je ne sais pas ce que tu vas faire de tes parts mais sache que tu n’auras pas les miennes. Je préférerais les donner à Hugo plutôt qu’à toi car lui au moins, il fait partie de ma famille.
Alessandro relâche complètement mon bras, les traits figés puis déclare d’une voix basse :
– Ne donne pas tes parts à Hugo, il n’est pas quelqu’un en qui tu peux avoir confiance.
– En toi non plus je n’ai aucunement confiance et dès que ta bibliothèque sera finalisée, notre collaboration sera officiellement terminée. Je ne veux plus avoir affaire à toi.
Sur ces mots, je me détourne et j’entends alors derrière moi Alessandro qui déclare d’une voix sourde :
– Nous nous verrons au conseil d’administration Madison et je ne t’abandonnerai pas, moi.
– Ça va Maddie ?
Je regarde Lisea qui s’est installée face à moi au The Sun et qui affiche un air inquiet.
– Oui ça va. Alessandro ne manque pas de toupet, tu as vu ça ?
– J’ai plutôt tout entendu. Il n’a peut-être pas tort, tu sais pour Hugo. Après tout, il n’avait pas l’air content de son sort à la lecture du testament. Fais attention à toi, d’accord ? Ne prends aucune décision concernant tes parts avant d’y voir d’abord plus clair.
– J’aimerais tellement que mon père soit là et qu’il me dise quoi faire, me dire en qui je peux avoir confiance.
– Laisse Svet enquêter sur lui et ensuite tu sauras. Tu peux au moins avoir confiance en Svet et en nous. On ne te laissera pas tomber.
– Oui, j’ai confiance en Svet, il…il m’a dit qu’il tenait à moi et qu’il m’aimait.
Lisea tend la main au-dessus de la table et me serre la main, les yeux brillants de larmes.
– Oh Maddie, comme je suis heureuse pour toi. Vous formez un si beau couple.
De l’autre main, je caresse sa main et mes doigts touchent la légère aspérité sur son poignet et lorsque je lève les yeux sur Lisea, elle me sourit d’un air triste.
– Je sais que tu t’es toujours posé des questions sur cette cicatrice mais c’est du passé…avant que je ne rencontre Nathan. Il m’a sorti de cet enfer dans lequel je m’enfonçais et je sais que Svet est ce genre d’homme. Vous êtes faits l’un pour l’autre. Cela a été plus difficile pour Svet de s’en rendre compte mais tu n’as rien lâché et je suis heureuse pour vous deux. Vous le méritez.
– Merci Lisea, et pour ça aussi, je ne peux que remercier Nathan de t’avoir aidée, dis-je en désignant son poignet. J’étais loin de me douter que tu en étais arrivée à ce point et si j’avais su…
– Ne t’en veux pas, si tu ne m’avais pas recueillie chez toi à cette époque, je ne sais pas où je serais à présent.
Je me lève de ma chaise et m’assois à côté de Lisea pour la prendre dans mes bras. Nous restons un long moment dans cette position avant qu’un raclement de gorge nous fasse sursauter.
Je m’écarte de Lisea et le serveur, l’air gêné nous tend les menus.
Je retourne à ma place et j’ouvre le menu pour choisir et lorsque je lève les yeux sur Lisea pour lui demander ce qu’elle compte prendre, je sens un courant électrique me traverser et je sens alors que Svet n’est pas loin.
Les hautes statures de Svet et de Nathan apparaissent à l’entrée de The Sun et ils s’avancent vers nous. Lisea se retourne avant qu’ils n’atteignent notre table et elle se lève pour embrasser son mari tendrement.
Svet s’installe à mes côtés et m’embrasse délicatement avant de me scruter de ses yeux pâles.
– Alessandro est venu t’importuner ?
Je fronce les sourcils.
– Comment le sais-tu ?
– C’est Matt qui l’a prévenu, intervient Nathan avant de s’avancer vers moi pour me dire bonjour.
– Oh. C’est vrai que j’oublie que Lisea est surveillée.
– Et toi avec, tant que l’on ne sait pas ce que te veut Alessandro, ajoute Svet.
– Merci à vous deux de vous inquiéter pour moi mais vous n’avez pas besoin de me surveiller comme ça.
Nathan me fixe de ses yeux verts et déclare d’une voix claire :
– Maddie, tu fais partie de la famille tout autant que Svet et c’est notre devoir de prendre soin de toi, même si tu es contre cet avis.
Je pousse un léger soupir. Je n’avouerai pas que ses attentions me procurent du soulagement mais en remerciement, je lui souris timidement.
– Bon j’ai une faim de loup, que prenez-vous les filles ? demande Nathan en passant un bras autour des épaules de Lisea de manière possessive.
À son tour, Svet pose un bras autour de ma taille et approche sa bouche près de mon oreille. Son souffle me donne des frissons.
– Ça va ma belle ? La matinée a été longue sans toi.
Je souris en entendant ces mots soufflés et je me tourne vers lui pour déposer un baiser sur sa bouche qui m’attire comme un aimant.
Cet homme me donne des ailes, me rassure, me protège et surtout il m’aime. Mon cœur se met à battre plus vite dans ma cage thoracique et je pose une main sur sa cuisse en la serrant profitant de chaque seconde passée en sa compagnie.
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