De feu et de glace - L'intégrale

Adeline Alexandre · Chapitre 53 sur 126

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De feu et de glace - L'intégrale

Lisea

Le message est à peine envoyé, que je regrette déjà. J’aimerais pouvoir envoyer un message à Nathan pour lui dire que tout va bien mais si Svet est avec lui, il ne viendra pas et Maddie me fera la tête.

– C’est bon, c’est fait ? m’interroge-t-elle en tapant du pied debout devant moi.

– Oui, j’espère que tu sais déjà quoi lui dire car il est si impressionnant que je doute un instant du bien fondé de notre plan.

– Mais si, ça va aller. Je vais lui dire que je me sens mal et il sera obligé de me reconduire chez moi.

– Maddie, je n’ai pas le permis. Je ne peux pas reprendre ta voiture.

Elle hausse les épaules et répond :

– Nathan viendra te chercher.

– Ok, mais c’est ta seule chance. Je ne veux pas jouer avec Svet. C’est un gars bien mais j’en ai une trouille bleue.

– Ouais, il fait peur et j’adore ça.

Je secoue la tête pour lui faire comprendre qu’elle est folle puis me mets dans la file pour récupérer un plateau repas de la cafétéria. Elle me suit sans jamais quitter la sortie des yeux, guettant avec impatience l’arrivée de Svet.

– Tu lui as dit où nous étions, me demande Maddie en me regardant brièvement.

– Non, mais je suis sûre qu’il se doute que nous sommes en train de déjeuner. Il est midi passé.

Nos plateaux dans les mains, nous nous dirigeons vers une table libre près de la fenêtre. Mon regard se perd dehors où se trouve une grande pelouse luxuriante et des bancs. Je mange tranquillement et au moment où je regarde une nouvelle fois par la fenêtre, j’aperçois un homme au loin près d’un arbre qui regarde dans notre direction.

Je fronce les sourcils et me demande si Svet ne serait pas déjà arrivé avec un de ses gars surveillant les alentours.

Je me tourne vers Maddie et lui dis d’une voix troublée :

– Sans trop t’attarder, regarde dehors vers la droite, tu vois l’homme en jean et t-shirt noirs ?

Maddie lève le nez de son assiette de lasagnes et regarde dans la direction que je lui indique. Je la vois plisser les yeux puis elle marmonne :

– Ouais, je le vois, il n’est pas très discret.

– Ça veut dire que mon blond ténébreux doit être dans le coin, reprend-elle en souriant.

– Hum, sûrement.

Je regarde à nouveau l’homme toujours tapi près de l’arbre et je croise son regard sombre. Je ne peux m’empêcher de frissonner. Je n’ai pas l’impression que cet homme travaille pour mon mari. J’essaye d’imprimer son visage dans ma tête. De taille moyenne, les cheveux châtains plutôt courts, ses yeux sombres sont très enfoncés dans leur orbite. Mince sans être très musclé. Un gars tout à fait normal. Je me fais sûrement des films mais il ne me dit rien qui vaille.

– Svet arrive, glousse Maddie en me touchant le bras. Je me retourne vers la sortie à une dizaine de mètres de nous et ne peux que remarquer la haute silhouette de Svet qui dégage une certaine prestance. Ses yeux parcourent la salle tout en marchant dans notre direction. J’entends Maddie qui soupire d’extase et j’esquisse un sourire en me détournant du regard scrutateur de mon garde du corps.

Je regarde alors par la fenêtre et cherche en vain, l’homme près de l’arbre. Il a tout bonnement disparu. Me suis-je fait des idées ?

– Que se passe-t-il ? annonce Svet sans préambule.

Je me tourne vers lui, debout à nos côtés, le regard féroce comme s’il guettait un danger.

– Je… hum… Maddie ne se sent pas bien. Vous pouvez la raccompagner ? je demande d’une voix hésitante.

Svet fronce les sourcils et dévisage Maddie d’un air inquiet avant de trancher :

– Bien sûr. J’enverrai quelqu’un vous chercher à la fin de vos cours à 17 heures.

– D’accord.

– Tout va bien Lisea ? me demande encore Svet en plissant ses yeux comme il aime si bien le faire.

Je croise les bras et réponds avec assurance :

– Très bien Svet, merci pour Maddie.

– Venez Madison, dit-il en prenant le coude de Maddie qui me fait un clin d’œil de connivence en passant à côté de moi.

Je les regarde s’éloigner en direction de la sortie. Svet se penche vers Maddie comme pour écouter ce qu’elle lui dit en posant une main en bas de son dos. J’en connais une qui doit être aux anges. Maintenant qu’ils sont partis, je peux rassurer Nathan. Je sors mon portable de mon sac de cours et lui écris :

« Maddie ne se sentait pas bien, Svet la raccompagne, tu me manques, à ce soir, je t’aime. »

Dans la foulée, il me répond :

« Je m’inquiétais justement. J’essaierai de venir te chercher ou j’enverrai mon chauffeur. Fais attention à toi, je t’aime. »

Je souris à son message, j’aime son côté si protecteur, Nathan est toujours inquiet pour moi.

Je quitte la cafétéria après avoir fini mon repas en solitaire et sors prendre l’air avant la reprise des cours. Je marche tranquillement pour rejoindre l’institut qui se trouve dans la prolongation de la cafétéria tout en pensant à Nathan et à notre mariage si vite arrivé. En quelques mois, ma vie a totalement changé et le fait de faire des études me donne le sourire car sans l’aide de Nathan, je serais encore dans la rue sans le sou. Ces derniers temps, je pense beaucoup à mon passé et à ma mère biologique. J’ai peur de regretter un jour de ne pas avoir essayé de la rencontrer. Je me promets dans un coin de ma tête de lancer quelques recherches sur internet ou de demander à Maddie de m’aider. Son père connaît beaucoup de monde, il pourrait peut-être m’aider sans que Nathan soit mis au courant. Lorsque je lui ai demandé plus d’informations, il ne semblait pas vouloir que je creuse de trop ce passé. Ne pas savoir me hante et je veux savoir ce qui s’est passé il y a dix-huit ans. Si je veux avancer dans la vie, il me semble normal de vouloir connaître mon passé.

Je suis tellement perdue dans mes pensées que je ne remarque pas de suite que mon portable sonne. Lorsque je le récupère dans mon sac, la sonnerie s’arrête, Maddie a essayé de me joindre. Quelques secondes plus tard, je reçois un message vocal. C’est sûrement elle qui m’a laissé un message. A-t-elle réussi sa manœuvre et veut déjà me raconter ?

Lorsque je porte mon portable à l’oreille, je sens une subite tension dans tout mon corps. Il y a quelque chose qui cloche, les oiseaux semblent s’être arrêtés de chanter. J’entends alors la voix haletante de Maddie dans mon oreille :

– Lisea, ne bouge pas de la cafétéria, Svet est venu tout seul, l’homme qui était dehors ne fait pas partie de son…

Je sens alors qu’on m’arrache le portable de mon oreille. Quelqu’un m’attrape par-derrière, se colle derrière moi avant de murmurer d’une voix hargneuse :

– Ne fais pas ta maligne et avance.

Le mur semble se précipiter devant moi, l’homme me pousse tout contre et glisse sa main sur ma bouche. Je respire avec difficulté et la panique m’envahit me faisant voir une myriade d’étoiles. Le souffle de l’homme me parvient tout contre mon oreille et un long frisson d’effroi me remonte l’échine. Que me veut-il ?

– Tu vas dire à ton mari qu’il a intérêt d’arrêter sa production de gadgets. Tu sais de quoi je parle, n’est-ce pas ?

Mes yeux s’écarquillent de peur lorsque j’entends qu’il ouvre un canif et qu’il le glisse devant mes yeux pour que je sois certaine que ce n’est pas une menace en l’air.

– Et pour être sûr que tu lui racontes bien ce qui vient de se passer, je vais te laisser un petit cadeau.

Je n’ai pas le temps de réagir que je sens une vive brûlure me transpercer le ventre. J’ai l’impression de plonger dans un cauchemar lorsqu’il retire le couteau et qu’il me pousse contre le mur. Ma tête cogne contre les briques. Je tombe à genoux tout en glissant une main sur mon ventre. Je ne sens plus rien, j’ai juste l’impression que mon cœur va éclater tellement il bat fort contre ma cage thoracique. La panique me donne un coup de fouet et je me redresse sur mes jambes avec une seule idée en tête : me mettre à l’abri. Mon téléphone gît près de moi et je le récupère tout en me retournant. Comme une automate, je fais demi-tour pour me diriger vers la cafétéria, là où il y a plus de monde. J’avance doucement, en laissant la main sur mon ventre. Je n’essaye pas de regarder si je saigne beaucoup, je laisse ma main comprimer la blessure. Si je vois du sang, je risque de tomber dans les pommes et pour l’instant ce n’est pas la bonne solution de rester à découvert. Je ne sais pas si j’en suis encore loin alors je lève la tête et je vois alors Maddie et Svet courir dans ma direction. J’essaye de sourire, rassurée de reconnaître des visages familiers.

Maddie fonce sur moi et me prend dans ses bras.

– Mon dieu, Lisea, tu vas bien ?

Je sens alors Svet qui repousse doucement Maddie pour voir de lui-même que je vais bien.

– Lisea, vous êtes blessée ? Vous êtes si blanche, dit-il en me parcourant des yeux.

– Je vais bien, je murmure d’une voix basse. J’enlève alors ma main de mon ventre et la regarde, hébétée. Je vois alors une grande quantité de sang et l’odeur métallique me parvient jusqu’au nez. J’ai juste le temps de voir leurs visages effrayés avant de m’effondrer. La nuit m’envahit avec soulagement.

 

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