Le choix

Viola Ardone · Chapitre 27 sur 81

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Le choix

Chapitre 27

27

 

Elle m’a fiancée à un inconnu.

« C’est un brave jeune homme. Et il a belle prestance », a-t-elle ajouté, toute contente, comme si nous avions gagné le gros lot à la tombola de la fête patronale. Elle revient de la salle de bain, la brosse à la main. Elle se poste derrière moi, détache mes cheveux et les laisse tomber sur mes épaules.

« D’où il sort ? C’est toi qui l’as trouvé ? je demande, et j’imagine la scène, comme quand, au marché, elle palpe la marchandise à la recherche des produits de meilleure qualité.

– Évidemment. Si ce n’est pas moi qui m’en occupe… Heureusement que madame Scibetta a de l’affection pour moi. Ce garçon est un bon parti.

– La mère Scibetta, qui a deux filles à marier, m’a trouvé un mari ? » Elle me démêle les cheveux sans répondre.

« Il s’appelle Franco. C’est un joli prénom, n’est-ce pas ? Il habite en ville, c’est un noble. »

Finalement, ce n’est pas le cardinal, c’est un marquis, me dis-je. Petite, quand j’entendais parler du cardinal, j’imaginais qu’un cardinal viendrait et m’emmènerait ailleurs.

« Mais je ne l’ai jamais vu ! je proteste en repensant au visage de Tindara avant qu’elle ne me tourne le dos, indignée.

– Chaque chose en son temps ! La semaine prochaine il viendra ici pour parler avec ton père et régler les détails. »

Les picots de la brosse labourent doucement mon crâne, j’ai mal chaque fois qu’ils rencontrent un nœud, puis le nœud se défait et la caresse recommence. C’est la manière de faire de ma mère : d’abord la douleur, puis la caresse.

« Et s’il ne me plaît pas ? je demande, pleine de honte.

– Ces questions-là… ça passe vite, déclare-t-elle en tirant sur mes cheveux. La mère Scibetta m’a dit que c’est un beau jeune homme. » Elle s’interrompt, comme si elle avait soudain un doute. « Mais un bon mariage ne repose pas sur ce genre de chose. Tu n’as qu’à voir ce qui m’est arrivé… » Elle laisse sa phrase en suspens, pose la brosse sur la table de chevet et glisse ses doigts dans mes cheveux.

« Tu es exposée, ma fille. » Elle sépare ma chevelure en trois mèches qu’elle se met à tresser. « Tu as refusé quelqu’un qui fait payer cher les refus, don Ignazio me l’a assuré. Il dit que Paternò est un homme qui a de la suite dans les idées, ce qu’il veut, il le prend. Il faut régler cette histoire sans tarder, pour ton bien et celui de tout le monde. »

Je n’ai rien fait, voudrais-je lui dire. Je ne lui ai dit ni oui ni non. D’un côté du comptoir il y avait ses yeux qui pénétraient dans ma chair, de l’autre le visage inexpressif de mon père.

Elle tire avec force, comme si mes cheveux étaient des cordes, et la tresse s’allonge dans mon dos. « La mère Scibetta dit que son père et lui sont usuriers, Cosimino avait raison. La veuve Randazzo m’a confirmé qu’il a le sang chaud, il a dû rentrer ici, à Martorana, pour échapper à la vengeance d’un mari jaloux. Ce n’est pas quelqu’un qu’on peut contrarier en public sans avoir de problèmes par la suite. Avec un bon mariage, tu te tireras d’embarras. »

La tresse est finie. Elle la tient serrée entre deux doigts pendant que, de son autre main, elle fouille dans la poche de sa blouse, dont elle tire un ruban de velours rouge. Une fois la tresse attachée, elle la pose le long de mon cou et vient devant moi pour observer le résultat.

« Maintenant tu es en ordre. » Elle effleure mon menton avec son pouce et son index. « Tiens-toi propre. »

Je penche le visage vers sa main pour la sentir tout entière sur ma peau, la pulpe de ses doigts est râpeuse, comme sa voix. Elle s’écarte. « Viens m’aider à broder les serviettes.

– Oui, maman. » J’obéis sans poser d’autres questions.

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