Le choix

Viola Ardone · Chapitre 77 sur 81

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Le choix

Chapitre 77

77

 

Il a fallu ton coup de téléphone, ton invitation à déjeuner, ton obstination, pour que nous refassions ce trajet jusqu’au village, rue par rue, bâtiment par bâtiment, montée par montée. La place est toujours la même malgré ses boutiques récentes, la grand-rue a été repavée, voici le croisement avec le chemin de terre qui conduisait chez nous. Voici la bretelle pour la route du littoral et les immeubles neufs, du côté de la mer, qui m’a toujours fait peur parce qu’elle n’a pas de racines.

Cosimino se gare et nous descendons, un peu ankylosés. Amalia lisse sa robe et regarde autour d’elle. Voilà ton appartement, tu mènes ici une vie dont nous ne savons rien, dans un immeuble moderne, construit il y a une dizaine d’années dans la partie nouvelle de Martorana. Au lieu du parfum de la terre, on sent la puanteur de l’eau salée, et c’est pourtant précisément là que tu as décidé de refleurir. « Quatrième étage, répond la voix dans l’interphone, il y a un ascenseur. »

« Moi je monte à pied », je déclare, et je me dirige vers l’escalier, suivi par Lia qui chantonne dans une langue inconnue.

Saro nous accueille, un peu gêné, j’ai l’impression qu’il est redevenu le petitou d’autrefois. Il nous fait faire le tour de l’appartement et découvrir votre vie cachée : couverts assortis, peignoirs suspendus côte à côte, oreillers voisins. « Vous êtes bien installés », déclare Cosimino, et Mena hoche la tête, approbatrice. Je sais bien ce qu’il se dit, qu’est-ce que tu crois ? Il se dit que, si vous vous installiez chez nous, vous auriez bien plus que deux pièces et une cuisine minuscule. Et Saro pourrait laisser la menuiserie pour travailler avec lui. Mais vous, c’est ici que vous voulez vivre, plie donc, roseau, l’inondation passera, et l’heure viendra de relever la tête.

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