Le choix

Viola Ardone · Chapitre 43 sur 81

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Le choix

Chapitre 43

43

 

Je ne sais pas à quelle heure il est revenu, j’étais couchée sur le lit en proie à la torpeur, privée de volonté, incapable de bouger, comme mon père après son infarctus. Il se glisse sous les draps, essaie de me prendre de nouveau, mais à ce moment précis nous entendons des bruits. Il ouvre les volets et passe la tête par la fenêtre : « Dépêche-toi », dit-il. Il me chasse du lit en criant : « Il faut qu’on parte ! »

Je suis entrée dans cette maison par la force et j’en sors par la force. Je jette le châle de ma mère sur mes épaules, nous passons par une porte sur l’arrière et nous enfuyons dans la nuit. Il me traîne par le poignet dans la végétation, mes sabots de bois me font trébucher, il s’arrête et se retourne : il a un visage de voleur. Il me prend dans ses bras et se remet à courir.

La voix des carabiniers s’élève derrière nous : « Plus un geste ou on tire. » Je distingue leurs silhouettes à la lueur des torches : l’un est grand, l’autre menu.

« Attends, arrête-toi, je crie, et les branches griffent mes bras.

– Tais-toi », répond-il d’une voix coléreuse.

Le plus grand des carabiniers nous avertit encore : « Plus un geste ! » et il tire en l’air.

Je me bouche les oreilles, le monde alentour devient muet. Les silhouettes des carabiniers avancent vers nous. Les paumes pressées contre mes oreilles, je suis comme sourde, j’ai l’impression que je n’entendrai plus jamais rien, et pourtant je perçois le second coup de feu, plus proche, cette fois. Lui s’immobilise brusquement, alors j’écarte les mains de mes oreilles.

« Arrête ! je crie. Il n’y a plus rien à faire ! »

Le carabinier le plus grand baisse son arme et s’approche. Il est blond, il doit venir d’ailleurs, et il ne connaît peut-être pas nos lois. Qui me casse me ramasse, c’est ce que ma mère m’a appris.

Lui me lâche et reprend sa course, puis disparaît bientôt entre les arbres. Restée seule, je tombe à genoux, le châle serré autour de moi, j’attends que les carabiniers me rejoignent, les yeux fermés. Quand je les rouvre, j’aperçois une autre silhouette au second plan : un homme tête nue, qui s’approche à pas très lents.

Mon père arrive devant moi, il s’accroupit sur la terre humide, enlève sa veste et la pose sur mes épaules. Puis il m’aide à me relever, il prend ma main et la serre, tout doucement.

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