Le choix

Viola Ardone · Chapitre 79 sur 81

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Le choix

Chapitre 79

79

 

J’ouvre la porte et tu es là, tu portes un paquet où est inscrit le nom de la pâtisserie. Pourquoi as-tu voulu qu’il soit là avec nous aujourd’hui ? Parce que rien ne s’efface, les événements douloureux pas plus que les autres, c’est ça ? Saro vient à ta rencontre, il te débarrasse de ton paquet et t’interroge du regard, tu baisses les yeux et inclines la tête. Il sourit, dépose un baiser sur tes cheveux et se dirige vers la cuisine. Tu sors de ton cabas un bouquet de marguerites un peu fatiguées. Je les mets dans un vase du salon, à côté de celles que je t’ai apportées de mon jardin.

Ta mère te serre contre elle et tu te laisses faire, quand elle te libère tu salues Mena et Cosimino. « Où est Lia ? demandes-tu. Elle n’est pas venue avec vous ? » Mena indique le balcon, et tu découvres ta nièce accoudée à la balustrade, qui regarde la mer. « Petits enfants, petits problèmes, grands enfants, grands problèmes, se plaint Mena. Je te jure, Oli’, elle a grandi du jour au lendemain, je ne la reconnais plus. Il y a encore un an, c’était une petite obéissante, tu te souviens ? Maintenant elle ne me répond même plus quand je lui parle. Pour son anniversaire, elle a demandé ce machin-là pour écouter de la musique, ça coûte un bras mais son père lui a dit oui, comme d’habitude. Elle passe ses journées dans sa chambre avec ça sur les oreilles. Nous, la musique, on l’écoutait ensemble, on dansait, on discutait, c’était le bon vieux temps. Tu te rappelles comment on était à quinze ans, nous, Oli’ ? »

Tu soupires et rejoins ta nièce : tu te rappelles bien comment tu étais, à quinze ans. Lia se retourne mais, à la différence de quand elle était petitoune, elle ne t’embrasse pas. Tu poses une main sur son épaule et vous restez dans cette position jusqu’à ce que ta mère vienne t’appeler parce que les autres invités sont arrivés.

Fortunata s’est faite belle et sourit de toutes ses dents : le prénom que nous lui avons choisi lui correspond enfin. Son mari et elle tiennent chacun un enfant par la main, le troisième est dans son landau. Ils ont apporté deux cabas de produits de l’usine : confitures, huile, purée de tomates. « C’est dans mon atelier qu’on les met en bouteille », précise ta sœur, toute fière.

C’est le moment des bavardages, mais cela m’intéresse peu. Toutes les phrases que j’aurais voulu te dire ne sont jamais sorties de ma bouche, j’espère que tu les as entendues quand même. À mon tour, je rejoins Lia sur le balcon et regarde la mer, perpétuellement en mouvement. Ma petite-fille et moi n’avons pas besoin de mots : elle a sa musique, j’ai mon silence. Il se pourrait bien que, de toute la famille, cette gamine soit celle qui me ressemble le plus. Quand Saro annonce que le repas est prêt, nous jetons un dernier regard à ce mélange de vagues bleues et d’écume blanche et rentrons. Tu nous indiques les places : Lia entre ses parents, toi à côté de ton mari, moi à l’autre bout. Tu nous regardes un à un, assis autour de ta table : tu souris.

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