L’empire du vampire T1

Jay Kristoff · Chapitre 19 sur 103

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L’empire du vampire T1

VII - Des étoiles dans un ciel d'autrefois

 VII 

 

Des étoiles dans un ciel d’autrefois

 

« e me suis réveillé au plus profond de la nuit, à une heure où J

l’espoir semble le plus absent du ciel.

» Ouvrant les yeux dans le noir velouté, j’ai senti un arrière-goût de vodka sur ma langue. Un soupçon de fumée de bougie, mêlé à une odeur de cuir et de poussière, flottait dans l’obscurité, telle une ancienne promesse. Mon bras ne me faisait plus souffrir. Je me suis demandé où j’étais, ce qui m’avait réveillé. Puis je l’ai de nouveau entendu, ce bruit qui ne manquait jamais de faire battre mon cœur plus fort contre mes côtes et m’appelait, par-delà le mur du sommeil.

» Un grattement contre la vitre.

» Je me suis assis dans mon lit, les jambes dans l’enchevêtrement des couvertures et des draps, puis j’ai plissé les yeux en direction du rebord de la fenêtre. Ma chambre se trouvait à l’étage supérieur de la taverne, mais elle était bien là m’attendant dehors. Elle flottait, comme sous une eau noire, les bras écartés, sillonnant le verre de ses ongles. La pâleur d’un clair de lune, la froideur de la mort. Aucun souffle sur la fenêtre, alors qu’elle approchait son visage en forme de cœur brisé et chuchotait :

» “Mon lion.”

» Elle ne portait rien, hormis le vent. Ses cheveux de goudron soyeux oscillaient autour de son corps, tels des rubans lors d’une marée sans lune. Sa peau était aussi pâle que les étoiles dans un ciel d’autrefois, sa beauté évoquait les chants des araignées et les rêves de loups affamés. Mon cœur souffrait de la voir – le genre de blessure effrayante, presque insupportable, mais toujours préférable au vide creusé en la mettant derrière soi. Elle m’a regardé, dehors, contre la vitre, ses yeux tels des gouffres noirs, qui m’attiraient.

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» “Laisse-moi entrer, Gabriel”, a-t-elle soufflé.

» Elle a caressé son corps de ses mains pâles, s’attardant sur les courbes nues que je connaissais aussi bien que mon propre nom. Ses lèvres exsangues se sont ouvertes, alors qu’elle chuchotait encore.

» “Laisse-moi entrer.”

» Avançant jusqu’à la fenêtre, j’ai soulevé le loqueteau, et je lui ai ouvert mes bras. Sa peau était froide comme une tombe, et la main qu’elle m’a passée dans les cheveux était aussi dure qu’une stèle. Mais ses lèvres avaient la douceur d’un oreiller, alors que je m’abandonnais, mes yeux se fermant dans un papillonnement de cils au son de son soupir. Mes larmes ont coulé sur mes joues, tachant notre baiser de sel et de chagrin.

» Ses mains étaient sur moi, et sa bouche – pressante – contre la mienne, tandis que je goûtais les feuilles d’automne et la chute des empires sur sa langue. J’ai senti ses dents, à ce moment-là, pointues et blanches sur ma lèvre ; dans un élancement extatique et un jaillissement cuivré de sang chaud, son corps tout entier a frémi, s’abandonnant à mon étreinte. Elle m’a repoussé vers le lit, ses dents éraflant ma gorge, alors qu’elle m’enlevait les couches de tissu et de cuir entre nous, me laissant plus nu à chaque baiser.

» Puis elle a été sur moi, contre moi, telle une ombre nue d’une blancheur de lait, un grondement s’élevant de la caverne avide de sa poitrine. Ses lèvres descendaient, toujours plus bas. Des sifflements de plaisir-souffrance lui ont échappé, alors que sa bouche grésillait au contact de l’encre argentée. Mais je ne portais aucun tatouage sous la ceinture, aucune égide pour lui interdire l’accès à ce qu’elle convoitait. Avec un soupir, elle a enfin mis les mains dans mon pantalon et a libéré mon membre endolori et chaud dans la fraîcheur de ses doigts. J’ai haleté, sentant sur moi son souffle absent, alors qu’elle me caressait avec douceur, humectant ses lèvres rouges du bout de sa langue, avant de la passer sur toute ma longueur. Je tremblais comme une feuille, à en avoir mal.

» “Tu me manques”, a-t-elle murmuré.

» Pendant qu’elle parlait, ses lèvres ont frôlé le sommet de mon membre, esquissant un sourire inquiétant, le contact délicat de sa langue taquine m’embrasant des pieds et la tête.

» “Je t’aime…”

» Puis elle a ouvert ces lèvres vermeilles et m’a avalé tout entier. Mon dos s’est cambré et les lattes du sommier ont grincé alors que je me cramponnais au lit de toutes mes forces. Impuissant, j’ai laissé les mouvements de sa main, de ses lèvres et de sa langue m’entraîner à la dérive. Leur rythme appartenait à une musique venue du fond des âges, aussi profonde que les tombes et chaude que le sang. Elle m’a fait monter toujours plus haut, dans un ciel dévorant et sans étoiles, qu’elle occupait à elle seule. Il n’y avait qu’elle, je n’entendais qu’elle, ses gémissements affamés et ses caresses soyeuses me rapprochant peu à peu du bord du précipice.

» Enfin, alors que je tombais, quelque part entre les soupirs, la lumière aveuglante et le flot de ma petite mort dans sa bouche accueillante, je l’ai senti ; la morsure de rasoirs jumeaux, un élancement au sein de la félicité, comme un éclair rouge.

» Et elle a bu.

» Longtemps après que j’ai eu terminé, elle a continué à boire. »

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