L’empire du vampire T1
IV - Le Prix
IV
Le Prix
« n l’appelait le berceau du Martyr. Ou encore : la Cité écarlate, O
Sainthelme, l’île aux Sept Péchés. Mais le plus souvent, juste Redwatch.
» Comme la plupart des villes fluviales, elle avait eu pour origine un village de pêcheurs. Mais c’est en qualité de ville natale du quatrième martyr, ce vieux San Cleyland en personne, qu’elle avait accédé à la célébrité. Au dire de tous, c’était une armoire à glace, un habitué des tavernes, toujours prêt à en découdre avec les autres ivrognes, mais il possédait un talent remarquable pour le carnage. Visité en rêve par la Viergemère, Cleyland a levé une armée de fanatiques et marché sur l’Ossway, dans l’intention d’apporter la Foi unique aux païens de l’ouest.
» Il est mort, bien sûr. Sans quoi, il ne serait pas un martyr. Il a péri au cours d’une courageuse bataille contre une coalition de clans ; d’autres sources prétendent qu’il se serait étouffé sur un os de poulet pendant une beuverie pour fêter une victoire. Mais entre-temps, il avait converti la moitié du pays à la pointe de l’épée, et avait construit une série de prieurés dédiés à la Viergemère, toujours debout à notre époque. En récompense de ses pieux massacres, le Tout-Puissant a confié à Cleyland la clé de l’enfer. Et si le choix, pour une telle responsabilité, d’un crétin même pas foutu de savoir quelle partie d’un poulet se mange sans risque ne vous semble pas des plus judicieux, nous sommes deux.
» Nous sommes arrivés presque à la fin de notre seconde nuit à bord, nous frayant un passage à la perche, vers des quais tentaculaires et déjà bien remplis. Redwatch avait peut-être commencé comme un village, mais à présent, c’était une place forte, et l’une des plus belles de l’empire. Construite sur une île large au milieu de la Volta, ses murs et ses tours utilisaient l’argile rouge du fleuve, qui lui avait valu son nom de Cité écarlate. Les habitants s’entassaient les uns sur les autres dans des bâtiments serrés, imposants par leur hauteur. Leurs conditions de vie faisaient penser à celles de rats dans un foutu labyrinthe. À l’est, un donjon menaçant partait à l’assaut du ciel. Au nord, le prieuré de San Cleyland veillait comme une mère sur la ville natale du martyr.
» Je m’étais rarement senti aussi mal. La soif qui m’accablait me faisait voir le monde en rouge. Dior a remercié le capitaine pour moi, et le batelier m’a examiné avec une expression entre peur et pitié, alors que je descendais de son bord d’un pas traînant, mes cheveux en désordre devant mon visage. Partout autour de moi, je sentais sa saveur, son odeur, c’en était presque palpable. Le sang.
» Le sang.
» Il m’est tout de même resté assez de présence d’esprit pour remarquer le petit signe de la tête échangé entre Dior et un passager, au moment de débarquer. J’ai reconnu l’homme. La dernière fois que je l’avais vu, il se mourait, étendu sur les genoux de sa femme. Un seul regard m’a appris que sa jambe gangrénée allait beaucoup mieux, et je ne décelais plus aucune trace d’infection dans ses veines. Il s’est incliné sur notre passage, la main sur le cœur. Des larmes coulaient sur les joues de sa femme ; ses filles ont fait le signe de la roue, leurs yeux bleus comme un ciel du temps d’avant fixés sur Dior avec un respect mêlé de crainte.
» J’ai baissé les miens vers la bande de tissu rougi qui lui enveloppait la paume.
» “Tu n’as pas…
— Ici, a-t-elle répondu, me montrant sa poitrine en guise d’explication.
— Espèce d’idiote.
— J’ai été prudente, a-t-elle sifflé. J’ai attendu la nuit pour leur parler. Personne ne nous a vus.”
» J’ai secoué la tête. “Laisse-moi te dire une chose. Et retiens bien ces paroles, elles pourront te servir de règle de vie : un salaud fait toujours de plus vieux os qu’un imbécile.
— Tu n’es pas mon père, d’accord ? Alors, je me passe de tes leçons de morale. Maintenant, dis-moi où est ce foutu marché de Nuit pour qu’on puisse se procurer ce dont tu as besoin. Parce que si tu t’écroules, ne compte pas sur moi pour te ramasser. Les rats auront ton cul.
— Par là, ai-je réussi à dire. Cette ruelle.”
» Je n’avais pas mis les pieds à Redwatch depuis une décennie. Comme partout dans l’empire, tout était pire qu’à ma précédente visite. D’abord, il y avait beaucoup plus de gens, ça grouillait de monde, même à la nuit tombée. Des mendiants aux plaies ouvertes ; des réfugiés au visage affligé, accablés par la guerre ; des prêcheurs de rue et des filles de joie ; des princes pêcheurs et des bandits du fleuve ; et partout, de grands gaillards baraqués portant le jaune tournesol des troupes de l’empereur. Nous nous sommes frayé un passage dans la mêlée, tandis qu’autour de moi, je pouvais le sentir, vibrant dans toutes les veines, palpitant sous toutes les peaux.
» Oh, mon Dieu…
» “Par où ? a demandé Dior.
— La venelle, ai-je répondu en grimaçant. Après les c… colporteurs.”
» Nous avons laissé derrière nous une bande de larrons, qui proposaient des charmes contre les Morts – pendentifs en porphyre, tresses en cheveux de vierge, colliers de dents de métamorphe arrachées sur des cadavres de chiens. Un tas de foutaises, vendues par des salauds véreux à des gogos désespérés. Mais en ignorant les filous et les combines des rues sombres et humides de Redwatch, un œil attentif et exercé pouvait apercevoir une lueur, certes faible, de magie véritable, nichée dans l’obscurité.
» Le marché de Nuit.
» Une seule ruelle. Quelques boutiques anonymes. Des femmes aux yeux perçants et des hommes laids, au visage tatoué, des bouts de sort gravés sur une peau basanée à l’aide de couteaux trempés dans l’encre. L’air chargé de fer. La cendre et les rêves de dieux pâles, morts longtemps avant qu’il n’y en ait plus qu’Un. Chaque os de mon corps me causait des élancements, et ma vision était aussi rouge que l’argile du fleuve quand nous sommes arrivés en titubant devant une porte noire peu épaisse, à laquelle j’ai frappé avec force, six fois. L’enseigne au-dessus du seuil disait simplement “LE PRIX”.
» “Souris !
— Cet endroit me donne la chair de poule, a chuchoté Dior.
— Souris !
— … Il s’appelle comme ça ?
— Elle. Et oui, c’est son nom. Contente-toi de baisser la tête et de la f… fermer. Tu nous éviteras des ennuis.” J’ai de nouveau frappé. “Sour…”
» Le rideau noir à côté de la porte s’est écarté, et j’ai vu une paire d’yeux complètement blancs et apparemment aveugles derrière la vitre sale. J’ai pressé mon étoile à sept branches contre la fenêtre, laissant un voile de transpiration sur le carreau. Même mes gencives me causaient des élancements.
» Le rideau est retombé. Un moment aussi long que ma vie a passé, avant que j’entende six fois le bruit d’un verrou qui tournait, suivi de celui d’une chaîne qu’on décrochait. Avec un lent grincement, la porte s’est ouverte, révélant une femme, très vieille et ridée, le dos voûté drapé d’un châle gris fumée auquel pendaient des charmes en argent. Malgré ses pupilles blanchies par l’âge, elle a plissé les yeux en me voyant.
» “Lion noir, a-t-elle roucoulé, souriant avec des gencives vides.
— M… madame, ai-je dit en grimaçant. J’aimerais effectuer un achat, s’il vous plaît.”
» Ces yeux d’orvet se sont tournés vers Dior, la toisant de la tête aux pieds. Enfin, Mme Souris s’est écartée d’un pas traînant. “Entrez librement.”
» Découvrant l’intérieur de la boutique, Dior a étouffé un juron. Il y régnait le chaos le plus total, un peu comme si, après une soirée bien arrosée, un bazar s’était tapé un asile de fous dans un accès de rage. Des étagères absolument partout, qui toutes débordaient de livres et de bouteilles, d’herbes et de balances, de bocaux contenant de petites choses conservées dans du vinaigre, de sabliers entre des mains squelettiques. Une centaine de globes chymiques diffusait une lumière douce sur les lieux, qui puaient la pisse de chat et la folie.
» “La rumeur vous disait mort, Lion, a lancé Souris, qui nous a précédés d’un pas traînant.
— Ils… Ils ont essayé.”
» Elle a souri par-dessus son épaule. “Eh bien, Dieu a choisi son camp, n’est-ce pas ?”
» Nous avons suivi la vieille femme à travers son capharnaüm, Dior étudiant chaque coin et recoin juste derrière moi. Enfin, Souris s’est arrêtée, s’appuyant contre un long comptoir. Parmi les curiosités, les bocaux poussiéreux et les livres en peau se trouvait un fauteuil à bascule, occupé par un squelette humain, vêtu d’une belle robe en soie usée par le temps, coiffé d’une perruque poudrée.
» “Regarde qui est là, Minou, a roucoulé Souris. Notre Lion noir, revenu d’entre les morts.”
» Je me suis incliné devant les os. “Enchanté de vous revoir, madame. Vous n’avez pas pris une ride.
— Tandis que vous, a dit Souris d’un ton désapprobateur, avez connu des jours bien meilleurs.
— J’espérais que vous pourriez y remédier.
— Un espoir, pas une prière ?
— C’est fini pour moi, les prières.
— À ce qu’il paraît.” Les yeux aveugles se sont posés sur Dior. “Et à quoi vous intéressez-vous ces jours-ci ?
— Avec tout le respect que je vous dois, madame, ça ne regarde que moi.
— Très juste.” Allumant une pipe en os, elle a soufflé un fin panache de fumée jaune dans mes yeux. “Que désirez-vous ? Nous n’avons plus en stock de jolies religieuses avec un faible pour les individus peu recommandables, je le crains.
— Du sang, ai-je répondu, prononçant ce dernier mot, comme du chocolat fondant sur ma langue.
— Les rues en sont pleines. Et c’est gratuit. À condition d’éviter de se faire prendre par les soldats et de risquer les chatouilles de l’Inquisition.”
» Dior s’est arrachée à la contemplation des objets qui nous entouraient. “L’Inquisition est en ville ?
— Elle est arrivée il y a six nuits.” La vieille femme a incliné la tête. “Ça t’ennuie, ma fille ?
— Je ne suis pas une fille.”
» Souris a gloussé. “Tu entends ça, Minou ? a-t-elle dit au squelette. Elle n’est pas une fille.
— Je suis à la recherche d’un sang de plus sinistre origine, ai-je sifflé. Et j’ai de quoi payer.
— Mmm.” Mme Souris s’est levée et a parcouru ses étagères. Attrapant un livre usé et couvert de poussière intitulé Histoire de l’art floral en Elidaen , elle l’a ouvert pour révéler une douzaine de fioles de sang desséché, à l’intérieur d’un trou creusé dans les pages.
» “Toutes proviennent de crevards, j’en ai peur, a déclaré Souris. Ce commerce est en berne ces nuits-ci. Les Dyvok ont effectué une belle percée à l’ouest, et les Voss ont fait du grabuge à l’est.
— Elles feront l’affaire, ai-je chuchoté, essuyant la sueur sur mes joues. J’aurai aussi besoin d’une fonderie de chymie, d’un mortier et d’un pilon, d’essence de houx. De sel rouge et…”
» La vieille femme a levé la main et hoché la tête. “Sang contre sang ?
— Sang contre sang”, ai-je répondu en retroussant ma manche.
» Souris a tâtonné derrière son comptoir, avant d’en extraire des fioles et un tube en verre avec une lame argentée au bout. Puis elle s’est tournée vers Dior, la fixant de ses yeux aveugles.
» “Une seule devrait suffire, ma chérie.”
» Dior a froncé les sourcils. “… Quoi ?
— C’est toute la question, n’est-ce pas, mademoiselle Pas-une-fille. Quoi.” La vieille femme s’est penchée plus près, de la fumée s’échappant d’entre ses lèvres ridées. “J’ai parcouru le palais du roi en jaune, goûté au plaisir dans les bras de princes de la désolation et dansé nue sous les étoiles noires avec les fiancées des ténèbres. Et au cours de toutes mes années, jamais je n’ai senti une odeur comme la tienne. Alors, qu’est-ce que tu es ?
— P… pas à vendre, voilà ce qu’elle est”, ai-je grogné.
» Souris a renversé la tête, regardant dans le vide juste au-dessus de mon épaule gauche. “C’est mon prix, Lion noir. Je n’ai aucun besoin de ce qui est en toi. J’ai déjà un bon stock de demi-sang.”
» J’ai serré les dents. “C’est le seul sang disponible, madame.”
» Souris a reniflé, rangé la fonderie, les fioles et les herbes sous le comptoir. “Dommage.
— Attendez.” Dior m’a jeté un coup d’œil, puis s’est de nouveau tournée vers Souris. “Il en a besoin.”
» L’autre a brandi un tube entre ses doigts tachés d’encre. “Tout le monde a des besoins, mademoiselle Pas-une-fille. Et tout a un prix.”
» Dior a relevé sa manche. “Alors, je…
— Non, ai-je protesté. Pas comme ça. P… pas pour moi.
— À votre guise.” La vieille femme a souri, comme un chat qui a réussi à voler la crème, vendre la vache et baiser la fermière. “Tout ça vous attendra ici, quand vous aurez changé d’avis. Je vais même vous l’emballer, chevalier.”
» Dior a eu le bon sens de ne pas faire d’histoires devant Souris, et après l’avoir saluée, nous sommes sortis du Prix en boitant. Mais dès que nous avons regagné les rues miteuses, Dior m’a attrapé par le poignet. “Tu as perdu la tête ou quoi ? a-t-elle sifflé. Tu as besoin de ce sang !
— P… pas à ce point.
— Tu tiens à peine debout ! Je ne sais pas ce qu’il te faut !
— Écoute-moi bien.” Je l’ai saisie par le bras, de la fureur dans les yeux. “Je connais assez bien Souris pour faire mes achats chez elle, mais ça ne signifie pas que je lui fais confiance. Oublie les gibets et les bûchers, les superstitions de culs-terreux. Il existe tout un monde sous celui que voient la plupart des gens, et la sorcellerie qu’on y trouve y est bien réelle. Les sang-froid n’en sont que la partie la plus visible. Il y a les métamorphes, le peuple caché, les déchus. Laisse de côté le roi éternel, la prophétie de Chloe et tout le reste. Qu’est-ce qui se passerait, d’après toi, si le monde apprenait de quoi tu es capable ?” J’ai secoué la tête en grimaçant. “Le pouvoir de guérir tous les maux, toutes les blessures, juste à portée de couteau ? Dieu, les choses qu’ils feraient pour te posséder…
— Mais tu en as besoin !”
» J’ai toussé entre mes dents serrées. “Je trouverai une s… solution.”
» Il était tard, et la douleur m’aveuglait, quand nous avons péniblement regagné les rues où se bousculait la population de Redwatch. Nous avons déniché un asile de nuit du côté des quais, au Baiser de Mandy. L’établissement ne payait pas de mine, avec ses murs étouffant sous une épaisse couche de plantes grimpantes et de champignons. J’ai réglé au patron le double du prix pour qu’on ne nous dérange pas. Après un regard entendu au garçon à côté de moi, il m’a adressé un clin d’œil, tandis que nous montions péniblement l’escalier. Fermant la porte derrière nous, je me suis écroulé sur le lit et recroquevillé sur moi-même, très mal en point.
» Dior a tiré les rideaux en marmonnant : “Ça sent comme si quelqu’un était mort ici.
— P… probablement un ancien client.
— Qu’est-ce que tu vas faire maintenant ?
— La même chose ?
— Merde, héros, tu…
— Je réfléchis ! l’ai-je coupée d’une voix hargneuse.
— Eh bien, réfléchis plus vite ! Parce que tu as la mine d’un type avec un pied dans la tombe, et l’autre qui ne va pas tarder à suivre !”
» J’ai grondé entre mes crocs serrés et lui ai lancé ma bourse. “Tu veux te rendre utile ? Alors, arrête de me casser les oreilles et va plutôt me chercher à boire.
— Et si je pissais dans ton verre ? Ça te ferait des économies, espèce de connard mal embouché !
— Par le Rédempteur, je…”
» Ma timide réplique a été coupée par le claquement de la porte. Assoiffé, misérable, je me suis pelotonné en boule sur le lit et j’ai tenté de faire abstraction de la douleur qui me pilonnait le crâne, du parasite qui me démangeait sous la peau. Je n’étais pas en état de proférer des menaces de violence, et Souris n’était pas femme à se laisser gentiment marcher sur les pieds. Un homme qui venait lui chercher querelle à sa porte avait intérêt à ne pas se présenter avec une épée brisée pour seule arme. La vieille aveugle convoitait Dior maintenant. Elle n’accepterait pas d’argent, peu importe la somme. Une proposition de service, peut-être ? Mais je n’avais aucune envie de lier mon sort à des gens de son acabit. Par ailleurs, le devoir m’appelait à l’est. Une sinistre affaire, qui verrait couler beaucoup de sang. La raison qui m’avait déjà entraîné si loin de chez moi alors que je n’avais même pas encore commencé…
» J’ai alors entendu gratter à la fenêtre. Comme des ongles pointus effleurant le verre froid. L’estomac noué, j’ai levé la tête, m’attendant à croiser des yeux sombres, venus me rappeler ma dette. Mais ce n’était qu’une branche sèche de plante grimpante, balayée par le vent.
» J’ai fermé les yeux. Maudit le monde entier. Cette bête que j’étais et devais bientôt devenir. La porte s’est ouverte, et quelque chose de frais et de lourd s’est écrasé contre ma joue. Haletant, j’ai plissé les yeux pour voir ce qui m’avait frappé : une bouteille de diluant, qui pouvait passer pour de la vodka. Dior se tenait sur le seuil, me lançant des regards mauvais.
» “Sa Majesté désire autre chose ? Non ? Bien.”
» Elle allait refermer la porte quand je l’ai arrêtée. “Où vas-tu ? ai-je demandé d’une voix rauque.
— Ça pue là-dedans, a-t-elle craché. Et j’ai repéré une jolie serveuse en bas, avec un étui à cigarelles, qui me semble de bien meilleure compagnie que toi. Alors, quand tu auras fini de réfléchir, et seras redevenu un peu plus poli, viens me trouver. À tout à l’heure.”
» Elle a claqué la porte plus fort, me faisant grimacer. Puis, comme un mendiant, un chien, j’ai brisé le bouchon de cette bouteille, que j’ai descendue d’un trait, sans interruption. Ça ne remplaçait en rien ce dont j’avais réellement soif, loin de là. Mais ça a été suffisant pour me noyer, me pousser vers le fond, entre des bras noirs et accueillants, où la souffrance ne me trouverait pas. La peur en moi montait, une pensée dominait toutes les autres, celle de ce que je ferais quand je céderais. Les ténèbres m’enveloppaient, la pierre froide, humide et poisseuse, la couleur des lèvres de ma dame, la dernière fois que je l’avais embrassée.
» Et bien qu’il n’y ait que l’obscurité à la fenêtre, j’ai tout de même entendu sa voix, résonnant dans le noir derrière mes yeux.
» “Rappelle-toi pourquoi tu nous as quittées.”
» Rappelle-toi pourquoi tu nous as quittées. »
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