L’empire du vampire T1

Jay Kristoff · Chapitre 83 sur 103

Pages du PDF

L’empire du vampire T1

IX - Une ombre grise

 IX 

 

Une ombre grise

 

« ntendant un craquement dans la forêt fantôme derrière nous, E

Dior s’est figée, les yeux écarquillés. Debout en une seconde, j’avais déjà oublié la légèreté de notre petite fête. J’ai dégainé Cendreuse, pestant contre moi-même. Comment avais-je pu être assez stupide pour…

» Les miches de la demoiselle de dún Fas font bien des heureux, bien des envieux ; ni roses ni re…

» “La ferme, Cendre !”

» Plissant les yeux, j’ai scruté l’obscurité au-delà du cercle de notre feu. La forêt était noire, gelée jusqu’aux racines. J’ai de nouveau perçu ce bruit de quelque chose de lourd, qui avançait péniblement vers nous à travers les broussailles mortes, en s’ébrouant. Dior a empoigné une bûche brûlante sur le feu.

» “Un sang-froid ?

— Non, ai-je chuchoté. J’entends une respiration.”

» Pas la Bête de Vellene, au moins… c’est déjà ça…

» “Un animal quelconque. Quatre pattes, pas deux…

— Un cerf, comme la dernière fois ?” a sifflé Dior.

» Je me suis rappelé la créature monstrueuse de la forêt des Lamentations, le hurlement de petite fille, la gueule démesurément ouverte. Saoirse nous avait prévenus : le Fléau causait des ravages encore pires dans le Nord. Nous n’avions pas atteint les forêts les plus septentrionales, mais je me suis tout de même demandé quelle nouvelle horreur putréfiée et difforme nous traquait dans le noir.

» Enfin, j’ai perçu une silhouette, qui avançait lentement vers nous. Raffermissant ma prise sur Cendreuse, je me suis approché à sa rencontre, tandis que Dior me soufflait d’être prudent. Mes dents s’allongeant dans ma bouche, j’ai brandi mon arme… pour la baisser presque immédiatement.

» “Sainte Viergemère, ai-je chuchoté.

— Qu’est-ce que c’est ? a sifflé Dior.

— Jezebel… ?”

» La jument a henni doucement en entendant son nom. Rejetant la tête en arrière, elle a frappé le sol d’un coup de sabot. Elle se tenait là, sous la neige, une ombre grise se profilant sur l’obscurité plus profonde. Les ronces lui avaient éraflé les jambes, sa crinière était emmêlée, sa peau crasseuse. Mais tout de même, je n’en croyais pas mes yeux. Éclatant de rire, j’ai trébuché sur le sol gelé pour la rejoindre. Dior a poussé un cri de stupéfaction en reconnaissant Jez et a couru dans le noir pour se jeter à son cou. La jument a de nouveau henni doucement, partageant apparemment le plaisir de ces retrouvailles.

» “Par les Sept Martyrs, comment est-elle arrivée jusque-là ?”

» J’ai secoué la tête, aussi perplexe que Dior. “La dernière fois que j’ai vu cette dame, elle fonçait vers les portes de San Guillaume, comme si sa queue avait pris feu. Elle a dû avoir si peur des Morts qu’elle a traversé la Volta à la nage pour leur échapper. La bougresse.

— Ce n’est pas une bougresse, surveille ton langage ! a dit Dior, l’œil mauvais. Allez ma belle, viens te réchauffer, d’accord ?”

» Nous avons ramené la jument dans la lumière, où j’ai regardé Dior la bichonner, lui donner à manger une poignée de champignons séchés puisée dans nos provisions. De nouveau, j’ai secoué la tête d’étonnement. Depuis le début, cette jument faisait preuve d’un cran qui n’avait rien à envier à celui de dix étalons. Mais avoir survécu, sans parler de nous avoir retrouvés… eh bien, ça tenait du miracle, même si je n’étais pas du genre à y croire. Je n’ai pu m’empêcher de lever un œil prudent vers les cieux, me demandant si notre chance avait enfin tourné. »

Gabriel soupira, le regard plongé dans la flamme de la lanterne.

« J’aurais vraiment dû avoir plus de jugeote. »

OceanofPDF.com