L’empire du vampire T1
Livre cinq - La route pour l'enfer
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I
Une vérité au-delà de la vérité
« “ e prénom de ta sœur est… Celene. Mais tu ne l’appelles pas L
ainsi.”
» Assis de l’autre côté du feu, le séraph Talon me fixait de ses yeux sombres. Autour de nous, la grotte peu profonde était chaude, et les flammes se reflétaient dans les yeux de maître Greyhand, qui suivait la scène. Le front plissé, je soutenais le regard de Talon, la tête remplie d’autant de bruit que je pouvais y mettre.
» “Cheveux noirs, a déclaré l’homme maigre en caressant sa moustache. Yeux noirs. Un trublion. Une instigatrice. D’où son surnom de… ‘petit démon’.
— Merde”, ai-je chuchoté.
» J’ai baissé la tête avec un soupir, alors que je me massais les tempes. J’avais mal au crâne, et je me sentais découragé. Une fois de plus, en dépit de mes meilleurs efforts, le séraph avait réussi à arracher à mon esprit les images et les vérités qu’il cherchait en à peine une minute.
» “Tu t’améliores, petit merdeux sans cervelle. Mais pas assez. Si je suis capable de percer tes défenses, une aînée du Sang Voss les fracassera en un clin d’œil. Entraîne-toi.
— Je ne fais que ça, frère. Depuis le jour où nous avons quitté San Michon.
— Jour et nuit, alors, a grogné Greyhand. Quand nous trouverons notre proie, tu devras être prêt.”
» Je suis resté impassible, mais intérieurement, je n’ai pu retenir une pensée moqueuse. Quand ?
» Grand Rédempteur, cette Chasse nous occupait depuis des mois, Talon, Aaron, Greyhand et moi.
» Une étrange compagnie. Après notre départ de San Michon, une piste datant déjà d’un mois nous avait menés au nord-ouest, vers le Don du Ciel, à travers un paysage de pics sinistres et d’arbres agonisants. Au début de notre périple, la morsure de l’hiver ne s’était pas trop fait sentir. Mais à présent, la neige tombait dru sur les routes désolées, où nous ne croisions pas une âme.
» Frère Greyhand avait mis à profit son sang Chastain pour suivre la trace de notre gibier. À l’heure du coucher, il murmurait à l’oreille de vieux hiboux et s’entretenait avec des renards. Un grand nombre d’animaux n’avaient rien à nous apprendre ; d’autres parlaient en chuchotant de monstres différents, de formes sombres qui hantaient les forêts du Sud et du peuple caché qui rôdait sur les landes, armé de lames d’os luisant. Quelques-uns nous avaient tout de même livré de précieuses informations sur une femme – une créature sombre, une chose morte – qui chevauchait sur les routes désolées en compagnie d’autres ombres. Vers le nord. Toujours le nord.
» Comme de bons chiens de chasse, nous avions suivi.
» À Almwud, une ville pleine d’activités, nous attendait une histoire semblable à celle survenue à Skyefall. La fille de l’échevin avait été assassinée, et plusieurs représentants de l’aristocratie locale avaient succombé à une étrange consomption. Nous n’avions eu à brûler qu’un nid de taille modeste – un seul mondain, qui ne comprenait pas sa nature. Dans le hameau de Benhomme et la ville minière de Tolbrook, nous avons eu droit à des récits similaires. Peu à peu, nous avions commencé à dresser le portrait de la créature que nous traquions. La pâle chasseresse, qui remplissait les tombes d’enfants sur son passage.
» Marianne Luncóit.
» Enfant du corbeau.
» Elle était belle. Tous les gens interrogés l’avaient mentionné, c’était même ce qu’ils signalaient en premier. Sa grâce, si périlleuse, attirait autant les hommes que les femmes, qui ne pouvaient s’empêcher de l’adorer. Son terrain de chasse était la haute société, sensible à ses flatteries et ses grandes toilettes de soie ; telle une araignée, elle attaquait leurs fils et leurs filles, avant de quitter les lieux.
» Un entourage d’une demi-douzaine de personnes voyageait avec elle : un autre sang-froid, qui se faisait passer pour son fils – un pur produit de la jeunesse dorée nommé Adrien –, et cinq serviteurs qui les accompagnaient. À Tolbrook, Luncóit avait informé l’échevin qu’elle inspectait une concession dans les collines au-dessus de la ville, exactement comme à Skyefall. Dans la place forte de Ciirfort, la charmante dame et son fils si beau avaient eu droit à une visite guidée de la garnison, par un capitaine enchanté, dont la fille avait été retrouvée plus tard, assassinée dans son lit. Nous n’avions aucune certitude sur ce qui la poussait à s’attaquer ainsi aux localités situées le long du Don du Ciel, mais elle semblait le faire de propos délibéré. Et nous étions toujours quelques pas derrière elle.
» Les fleuves avaient gelé. Bientôt, ce serait le plus fort de l’hiver. Nous campions sous un sommet couronné de neige qui devait son nom à Eloise, l’ange du châtiment. Un peu plus au nord se dressait le mont Raphael, d’après l’ange de la sagesse. Et dans la vallée entre ces deux hauteurs se trouvait la prochaine étape de notre Chasse, la plus riche ville minière de la province et, comme par un coup du sort, le fief du beau-père d’Aaron.
» La baronnie de Coste.
» Aaron et moi étions toujours en mauvais termes. Je restais persuadé que cette ordure avait cherché à me faire tuer à San Michon, et que cette pauvre sœur Aoife l’avait payé de sa vie. L’idée de me retrouver bientôt parmi les siens, dans la maison de son enfance, ne me réjouissait pas. Pour sa part, il continuait de me traiter comme une merde, rien n’avait changé de ce côté-là. Le soir autour du feu, il m’observait dans un silence menaçant. Curieusement, cette perspective d’une visite chez lui ne semblait pas égayer sa seigneurie. Il avait toujours parlé de sa mère avec affection, je pensais donc qu’il se ferait une joie de la revoir.
» Pourtant, plus nous approchions, plus il s’assombrissait.
» La nuit avant notre arrivée, nous campions dans une grotte sur le flanc est du mont Raphael. De la neige s’accrochait aux longs poils hirsutes de la robe de nos sosyas, rassemblés devant l’entrée. Depuis notre départ de San Michon, Talon nous avait astreints, Aaron et moi, à des exercices de défense mentale. Je n’aimais pas sentir le séraph dans ma tête, mais je savais les vampires du Sang Voss capables de lire les pensées de simples mortels. Je préférais avoir Talon dans mon esprit pour le renforcer, plutôt que de laisser l’un d’eux le mettre à sac.
» Nous en avions terminé pour ce jour-là, quand le séraph a approché ses mains du feu. “Par le Rédempteur, il fait un froid à geler le sang dans les veines.”
» Frottant mon front douloureux, j’ai lancé un regard en direction du nord. “Et les fleuves dans leurs lits.”
» Les yeux d’Aaron ont croisé les miens, et il a hoché la tête. Nous formions peut-être un duo aussi antagonique que le feu et la glace, mais nous nous retrouvions autour d’une même crainte. “Le roi éternel marchera bientôt depuis le Talhost.
— Probablement, a grogné Greyhand. Rien n’est sûr, pourtant. Chez les vampires, la patience est une qualité dont les aînés ne manquent pas. Fabién Voss se mettra en marche quand il sera prêt.
— Nous devrions faire plus, a dit Aaron d’un air renfrogné. Pas nous contenter de courir après des fantômes et des ombres.
— Une aînée Voss ne s’aventure pas à l’est du Don du Ciel sans motif sérieux, de Coste, a grondé Talon. En contrariant les projets de Luncóit, c’est au rôle qu’elle joue dans les visées de Fabién que nous nous attaquons. Quel qu’il soit.”
» Le silence est tombé, nous avons regardé les flammes. Je comprenais que nous avions besoin de faire preuve de la même patience que notre proie, mais à l’instar de de Coste, j’avais le sentiment de traquer Marianne Luncóit depuis des siècles. À présent, la menace de la légion du roi éternel planait sur le Nordlund, telle la hache d’un bourreau. L’empereur avait réparti ses troupes entre les places fortes d’Avinbourg au nord et de Charinfel au sud, mais nous ignorions toujours où Voss attaquerait.
» “Sainte Viergemère, ai-je grommelé. Il fait aussi froid qu’entre les nichons d’une sorcière des marais.”
» Les yeux du séraph Talon ont brillé sous les arches noires de ses sourcils. Lissant sa longue moustache, il a fouillé dans sa sacoche de selle, d’où il a extrait une flasque argentée. Buvant une généreuse lampée, il me l’a tendue. J’ai senti la vodka depuis là où j’étais assis.
» “Non, merci.
— Allez, sang-gueux.” Il a agité la petite bouteille devant mon visage. “Qui rejette une attention provoque le courroux, dit le Seigneur. Et les Testaments ne mentionnent pas la boisson comme un manquement à la loi divine.
— Ce n’est pas ça. Je préfère juste éviter de marcher sur les traces de mon beau-père. Il devenait mauvais, quand il avait un coup dans le nez.
— Hmmf.” Aaron a tendu la main vers la vodka offerte par Talon. “Le mien aussi.”
» Surpris par cette remarque, j’ai observé de Coste de l’autre côté des flammes, alors qu’il avalait une longue et lente gorgée. Avant ce jour, sa seigneurie n’avait parlé que de sa mère, jamais de l’homme qui l’avait élevé.
» “Mon beau-père était un soldat, a déclaré Greyhand. Un pilier de taverne. Un soir où il était particulièrement ivre, il a perdu sa clé. Quand il est enfin rentré, il s’est hissé par la fenêtre et s’est glissé au lit avec une femme qu’il croyait être la sienne. Il s’était trompé de maison. C’était celle du juge, et la dame en question, sa femme.”
» Des rires ont fait le tour du feu. Même Greyhand a esquissé un sourire.
» “Le juge n’a pas apprécié.
— Ah, mais qu’en a pensé sa femme, maître ?” ai-je voulu savoir.
» Greyhand m’a fixé d’un regard, de marbre. “Tu devras le lui demander, mon garçon.”
» J’ai ri de plus belle, crachant sur ma pierre, alors que j’aiguisais Griffe-de-Lion. “Quand j’étais petit, ma mère en a eu tellement assez de l’ivrognerie de mon beau-père qu’elle a caché ses vêtements, juste pour l’empêcher d’aller à la taverne. Ça n’a pas suffi à le décourager : il a mis la robe qu’elle avait l’habitude de porter à la messe et est sorti dans cette tenue. Il s’est promené en pleine rue, fier comme un seigneur, dans les habits du prièdi de sa femme. Une robe blanche, je me souviens. Avec des fleurs bleues.
— Ravissant, j’en suis sûr, a commenté Greyhand.
— Il avait de belles chevilles”, ai-je admis à contrecœur.
» Le séraph Talon a bu une autre lampée, avant de tendre de nouveau la flasque à Aaron. “Te rappelles-tu cette Chasse à Beaufort, Greyhand ?
— Avec ce vieux Yannick ? Comment pourrais-je l’oublier ?”
» J’ai dressé l’oreille. Le Yannick que j’avais connu était un homme brisé, que sa communauté avait aidé à mourir, au cours du Rite rouge, le soir de mon arrivée à San Michon. Mais j’étais avide d’histoires de saints d’argent qui m’avaient précédé dans l’ordre. Des récits d’horreur, de gloire et de sang.
» “Vous avez déjà chassé ensemble ? ai-je demandé.
— Je n’ai pas toujours été un séraph, sang-merdeux, a grogné Talon. J’ai gagné mon égide quand tu n’étais encore qu’un têtard barbotant dans les bourses de ton démon de père.
— C’était il y a de nombreuses années, Petit Lion, a dit Greyhand. Je venais de prononcer mes vœux. À l’époque, un métamorphe rôdait sur les quais de Beaufort depuis des mois. Le vieil abbé Dulean nous a envoyés là-bas, tous les trois, pour le mettre hors d’état de nuire.”
» Talon a hoché la tête. “Plus un métamorphe prend la forme de la bête en lui, plus elle laisse sa marque sur lui. Ce salaud-là était un coriace. Un loup, et pas beau à voir. Bien qu’il porte toujours la peau d’un homme, il avait les yeux d’un loup. La queue d’un loup. Les pattes d’un loup. Il avait pris goût aux prostituées, qu’il attirait dans l’obscurité avec la promesse de quelques pièces, avant de les étriper telles des agnelles. Nous avons décidé d’utiliser un appât pour lui tendre un piège. Après avoir tiré à la courte paille entre nous, ce vieux Yannick s’est retrouvé en perruque et robe dos nu, sentant la cocotte et se baladant sur les quais comme une courtisane à un demi-royal.”
» Greyhand a secoué la tête. “Les plus jolies jambes que j’aie jamais vues sur un homme…
— Et elles ont fait leur effet. Même ce foutu métamorphe n’a pas pu résister. Retiens bien cette leçon, sang-gueux : un bon chasseur se sert des appétits de sa proie contre elle. Le désir est une faiblesse.”
» Greyhand a soupiré, le regard plongé dans les flammes. “Il me manque, ce cher vieux Yannick, avec sa grande gueule. C’est à lui que je dois mon surnom : Greyhand.
— C’était un bon chasseur, a approuvé Talon. Et un ami fidèle.
— Oui.” Mon maître a secoué la tête, et j’ai vu de la peine dans ses yeux vert pâle. “Mais Yannick a fait le bon choix. Je prie Dieu tout-puissant et les Sept Martyrs de me donner le même courage, quand la soif m’appellera et que mon temps sera venu.”
» Je me souvenais encore de l’horreur ressentie devant la fin du vieux Yannick, rituellement assassiné par l’abbé et offert aux eaux de la Mère, avant que la sangirè – la soif rouge – ne le consume. Une mort de saint d’argent. Une mort d’homme. Mais regarder l’étoile à sept branches dans ma paume m’a fait réfléchir à ce fléau des demi-sang, présent dans mes veines. Quelle que soit la quantité de sanctus que nous fumions, au bout du compte, la sangirè nous pousserait à la folie. Et chacun de nous serait confronté au même choix que Yannick.
» “Mieux vaut mourir en homme que vivre en monstre”, ai-je murmuré.
» Talon a hoché la tête d’un air grave. “Véris.
— Véris”, a dit Greyhand, tisonnant le feu.
» Une vérité au-delà de la vérité.
» Nous sommes restés assis dans le crépitement des bûches, Greyhand et Talon fixant les flammes du regard sans un mot. Le silence s’est prolongé. Aaron, muet et maussade, a de nouveau bu une gorgée de vodka. J’ai fini par reprendre la parole, pour rompre ce silence pesant.
» “Pourquoi le vieux Yannick vous a-t-il appelé Greyhand, maître ?
— Mmm. C’est une histoire, Petit Lion. Ça n’a pas d’intérêt.
— À San Michon, les tailleurs de pierre ont un pari entre eux : celui qui devinera votre vrai nom gagnera une semaine entière de salaire sans avoir à travailler.
— Les jeux d’argent sont un péché. Et aux dernières nouvelles, ce n’était que trois jours.”
» J’ai souri. “Il faut croire que votre légende grandit, à force de la raconter.
— C’est le propre des légendes, Petit Lion. Et jamais pour s’approcher de la vérité. Mais l’homme qui chante ses louanges est sourd à la musique des cieux. Comment puis-je espérer entendre la parole de Dieu, si je me laisse captiver par le son de ma voix ?”
» Je sentais l’assurance tranquille de Greyhand. Sa foi inébranlable. Il n’avait aucun besoin des marques d’approbation des mortels ou de gratter son propre luth. Son service au Tout-Puissant lui suffisait. Par le Rédempteur, je lui enviais cette humilité. Mais Talon a parlé, les yeux fixés sur notre maître.
» “Dans ce cas, je raconterai cette histoire, tel que Yannick me l’a confiée au soir, autour d’une coupe de vin.
— Ah, des révélations de pochards ! s’est moqué Greyhand. Devant des sources aussi infaillibles, je ne peux que m’incliner.”
» Talon a néanmoins poursuivi, baissant la voix, alors qu’il se plongeait dans son récit. “Greyhand était encore un apprenti ; on raconte que son maître et lui avaient été les victimes d’une attaque par cinq sang-froid, au cœur d’anciennes ruines, près du Loch Sídhe. Son maître, Michel, est mort dans l’embuscade, et Greyhand a battu en retraite. Mais à l’aube, il est revenu sans personne, uniquement armé de son épée, et de sa foi pour le protéger. Quand il est ressorti de ces murs, les cendres des cinq sangsues formaient une croûte si épaisse sur ses poings qu’on ne voyait plus la peau. D’où…” Talon a indiqué notre maître d’un signe de la tête. “Greyhand.
— Mmf, a-t-il marmonné d’un air renfrogné.
— Je note une absence frappante de démentis, maître, ai-je dit.
— À quoi bon ? La rumeur a déjà décidé. La prochaine fois que tu raconteras cette histoire, séraph, fais-m’en terrasser une douzaine, tout rond.
— C’est un lourd fardeau à porter, maître.” J’ai souri. “Être un héros.
— Un héros ? a-t-il répété d’un ton railleur. Crois-moi, mon garçon : tu n’as pas envie d’être un héros. Leur mort n’a rien d’enviable, ils finissent loin des leurs et de leur foyer.”
» J’ai regardé dans les flammes, songeant à ce que j’étais. Au sort qu’avait connu le vieux Yannick, à la folie qui nous attendait tous. Greyhand a craché dans le feu, qui a sifflé.
» “Assez bavardé. Nous arrivons à Coste demain. Qu’as-tu à nous apprendre sur ta ville natale, initié ?”
» Tous les yeux se sont tournés vers Aaron, qui buvait une autre gorgée en grimaçant. De nouveau, l’idée de mettre un pied dans l’antre qui avait vu grandir ce fumier m’a pesé comme une pierre dans l’estomac.
» “Coste est la ville la plus riche de la province, a répondu Aaron. Sa fortune repose sur l’argent et le fer. Le baron est apprécié à la cour, c’est un ami de l’empereur Alexandre. Mon frère Jean-Luc est capitaine dans l’Armée d’Or à Avinbourg. Ma mère est une petite cousine de l’impératrice. Et puis, il y a moi.
— Nous avons regagné du terrain ce dernier mois, a dit Greyhand. Peut-être notre Enfant du corbeau nous attend-elle à l’intérieur des murs de Coste. La fête de San Maximille tombe dans deux jours. Nul doute que la ville célébrera l’événement comme il se doit ?”
» Aaron a souri d’un air méprisant. “Le baron de Coste n’est pas du genre à laisser passer un prétexte de festoyer.
— Courage, alors. Notre proie est une sybarite, attirée par le raffinement, comme l’oiseau jardinier l’est par tout ce qui brille. Si elle rôde à Coste, ce sera l’occasion de la débusquer. Dormez, maintenant. Ne craignez pas l’obscurité.” Greyhand m’a lancé un regard de mise en garde. “Et ne rêve pas d’héroïsme, Petit Lion. Seulement de servir fidèlement le Seigneur, ton Dieu.”
» Nous nous sommes couchés. J’ai écouté le feu crépiter et tenté de ne penser ni au froid ni au serpent qui sommeillait de l’autre côté des flammes. J’ignorais ce qui nous attendait à Coste, si Aaron cherchait à finir ce qu’il avait commencé à San Michon, mais j’avais le sentiment que nous touchions au but. Mon impatience avait eu raison de moi à Skyefall et j’entendais bien que ça ne se reproduise plus. Mais malgré l’avertissement de Greyhand, je rêvais toujours de gloire.
» De gloire, et d’un sourire encadré par un grain de beauté et des cheveux noir de jais. »
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