L’empire du vampire T1

Jay Kristoff · Chapitre 77 sur 103

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L’empire du vampire T1

III - La faute du forgeron

 III 

La faute du forgeron

 

« rois jours plus tard, nous avancions à peine dans un froid T

glacial et l’estomac vide, à part quelques champignons gelés. Je n’avais plus rien à fumer. Comble de malchance, nous étions tombés sur des crevards surgis d’entre les arbres morts, au deuxième jour. Une mère et son fils, à les voir. Cendreuse et moi leur avions rapidement réglé leur compte. Mais sans le nécessaire pour recueillir leur sang et le faire cuire, j’ai dû le laisser se répandre inutilement dans la neige.

» Mes blessures avaient guéri. En revanche, ma soif, désormais installée à demeure, me donnait l’impression d’avoir un nœud de flammes en expansion dans le ventre. Nous avons longé des berges glacées, je titubais en tête, Dior suivait en trébuchant. Le silence régnait dans la forêt fantôme, le fleuve coulait mollement, évoquant une robe grise ourlée de givre. Le cœur de l’hiver ne tarderait plus maintenant, et même un cours d’eau aussi puissant que la Volta gèlerait complètement.

» Le froid nous aurait tués bien avant, si nous n’atteignions pas Redwatch.

» Blottie dans ma capote, Dior frissonnait d’un air misérable. Elle ne se plaignait pas, ce dont je lui savais gré, mais elle semblait possédée par un irrépressible besoin de jacasser. De poser des questions. Sur l’ordre d’Argent. Sur San Michon. Sur les vampires, la capitale, tout ce qui lui passait par la tête. J’ignore si c’était pour se distraire du froid, pour me faire oublier ma soif, ou juste pour me torturer. Mais vous rappelez-vous ce que je vous ai dit à propos des gens qui seraient bien inspirés de fermer leur gueule ? »

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Jean-François hocha la tête. « Oui.

— Eh bien, il s’avère que ça s’applique aussi aux adolescentes.

» “Comment peut-elle faire ce qu’elle fait ? a-t-elle demandé le troisième jour.

— Hein ?” ai-je grogné, trébuchant le long de la berge.

» Dior avait les yeux fixés sur l’épée à ma taille. “Cendreuse, son effet sur les Morts. Je t’ai vu te battre contre cette vampire masquée à San Guillaume, et ces crevards à Winfael. Sa lame a paru les brûler. Je croyais que seul l’argent avait ce pouvoir.

— Elle est magique, ai-je grommelé, expirant un nuage de givre. Je te parle de vraie magie. Forgée dans le cœur d’une étoile tombée sur terre, bien avant la naissance de l’empire.

— Elle est… impressionnante.

— Tu aurais dû la voir, en mon jeune temps. Elle était capable de tailler dans la nuit elle-même.” J’ai soupiré, mon regard parcourant la dame argentée sur la garde. “Elle ne bégayait pas, avant qu’elle soit cassée. Depuis, elle n’a plus été la même. Il lui arrive d’être désorientée. De ne pas savoir où nous sommes. De perdre la notion du temps. En fait… je pense qu’elle est devenue un peu folle.

— Comment ça s’est passé ?

— Je l’ai poussée dans l’escalier, après qu’elle m’a posé trop de questions.

— C’est vrai ce qu’a dit Bellamy ?”

» J’ai soupiré. “Probablement pas.

— Tu ne l’as pas trouvée dans un tumulus royal ?

— Non. Ce sont des foutaises.

— Tu l’as gagnée en résolvant une énigme dans l’Éternoir, alors ?

— Je n’y ai jamais mis les pieds. Je suis peut-être suicidaire, mais pas à ce point.

— Dans ce cas… tu as couché avec une redoutable reine du peuple caché, qui a succombé à…

— Putain, mais grandis un peu !

— D’accord. Et sinon, elle peut réellement prédire la mort de n’importe qui ?”

» J’ai de nouveau soupiré, baissant les yeux vers Cendreuse. “Oui, ça c’est vrai.

— … Sérieux ?”

» J’ai regardé par-dessus mon épaule. “Tu veux savoir ?

— Pour moi ?” Dior a dégluti péniblement en claquant des dents. “J… je suppose ?”

» Je me suis arrêté pour la dévisager. “Tu es sûre ? Après l’avoir entendue, c’est une vérité que tu ne pourras plus effacer de ton esprit.”

» Elle m’a regardé droit dans les yeux, a redressé les épaules et a hoché la tête.

» “Donne-moi ta main, dans ce cas.”

» Dior s’est exécutée, les doigts tremblants. Je l’ai saisie, enroulant mon autre poing autour de la poignée de Cendreuse. La neige tombait doucement, fondant sur notre peau, alors que je grimaçais et murmurais tout bas. Puis j’ai ouvert les yeux et prédit la mort de Dior.

» “Continue à m’emmerder avec tes foutaises, et je te noie dans ce putain de fleuve.

— Quel con ! a-t-elle craché, reprenant sa main.

— Tu ne l’as pas volé.

— Pourquoi ?

— ‘Un beau ténébreux, esquinté par la vie’ ?”

» Elle a ri. “Il n’y a que la vérité qui blesse.”

» J’ai levé un doigt pour la mettre en garde. “Sache que je…”

» Haletant, je me suis plié en deux alors qu’une vague de feu déferlait vers le sommet de ma colonne vertébrale. Me tenant le ventre, les yeux fermés, j’ai dû lutter pour rester debout. J’ai senti la main de Dior sur mon épaule, tandis que le monde tanguait autour de moi.

» “Ça empire ?

— Ça ne peut qu’empirer.

— … Je peux faire quelque chose ?”

» J’ai respiré entre mes dents serrées pour ne pas avoir à le renifler. “Hormis faire apparaître un bon gros crevard et une fonderie de fortune ? P… peut-être la fermer un moment.”

» Elle s’est mordillé la lèvre. “C’est dans mes cordes.

— Je te parie un royal en or que tu ne tiendras pas une heure.”

» Nous avons repris notre route dans ce froid terrible, la soif lacérant ma peau de l’intérieur. Je n’avais jamais laissé passer plus de sept nuits sans l’assouvir, mais je savais ce qui se produirait quand je céderais. Cette pensée faisait naître en moi une terreur brute et violente, qui me serrait le cou à la manière d’un nœud coulant, rendant ma respiration de plus en plus difficile, minute après minute.

» “Héros…, a dit Dior.

— Quarante-sept minutes, ai-je grondé. Tu me dois un royal en or.

— Non, regarde !”

» J’ai essuyé le givre sur mes paupières et jeté un coup d’œil dans la direction qu’elle m’indiquait. Et là, à environ huit cents mètres en aval sur la Volta, j’ai eu une vision qui m’a presque réconcilié avec le Tout-Puissant.

» “Un chaland”, a soufflé Dior.

» Elle avait raison. Un bateau plat remontait vers l’amont, propulsé par un équipage d’une douzaine de bateliers, chacun maniant une rame à long manche. Ils chantaient pour se donner du cœur à l’ouvrage. En tendant l’oreille, j’ai réussi à les entendre, par-dessus le pouls qui me martelait les tempes.

» “Les miches de la demoiselle de dún Fas, ” Font bien des heureux, bien des envieux ; ” Ni roses ni rebondies…” »

« C’est celle avec la boulangère ? » suggéra Jean-François.

Gabriel sourit, puis avala son vin d’un trait. « Vous l’avez déjà entendue ?

— Elle est plus vieille que moi. » Le vampire émit un bruit désapprobateur. « Les bateliers…

— Ils ne changent guère. » Le saint d’argent a gloussé. « La Volta est le plus long fleuve de l’Ossway, et la population y navigue depuis des siècles. C’était plus difficile d’y gagner sa vie qu’autrefois, mais depuis la généralisation des guerres, le transport fluvial était devenu un élément moteur de l’empire. Les sang-froid ne pouvaient pas l’interrompre. Jusqu’à l’arrivée du cœur de l’hiver, bien sûr, quand l’eau gèle. À ce moment-là, les réjouissances commencent. »

« “Hé ! a crié Dior. Par ici !”

» J’ai joint ma voix à la sienne, aussi fort que me le permettait le feu dans mon ventre. À mon soulagement, l’un des rameurs a fini par pointer du doigt vers nous. Tout l’équipage y a mis du sien, tandis que Dior sautait sur place en leur adressant des signes. Le chaland était une solide embarcation en chêne, d’une vingtaine de mètres de long, avec une belle proue à l’effigie d’un cygne. Des marchandises s’entassaient sur les ponts, mais il transportait aussi des passagers, une cinquantaine en tout. De plus près, j’ai reconnu des réfugiés, qui fuyaient sans doute les seigneurs Dyvok et leur guerre de conquête pour l’Ossway.

» Le chaland a ralenti à une dizaine de mètres du bord, les rameurs nous étudiant d’un air méfiant. Un Ossien grisonnant et barbu s’est avancé, les mains sur les hanches. Il avait des cheveux d’un roux flamboyant et portait l’uniforme d’un officier de marine : un tricorne, un long manteau bleu-vert, avec boutons et garniture en cuivre.

» “Joli manteau, a murmuré Dior.

— Bellaube, voyageurs, a lancé l’homme avec un gros accent de l’ouest.

— Dieudemain, capitaine, ai-je répondu.

— Où allez-vous ?

— À Redwatch. Mais n’importe quelle autre destination nous convient, du moment que vous nous sortez d’ici.

— Alors, l’ange Fortuna vous sourit. Vous avez de quoi payer ?”

» J’ai tapoté la bourse qui pendait à ma ceinture, à côté de Cendreuse. Le regard de l’homme s’est attardé sur la lame, avant de glisser vers Dior. J’ai étudié les passagers derrière lui – des adultes sales, des enfants maigres, qui nous observaient avec un mélange de curiosité et d’hostilité.

» “D’accord. Nagez jusqu’ici avec votre bourse et vous serez les bienvenus à bord, a déclaré le capitaine.

— Nager ?” Dior s’est esclaffée. “Dans cette eau glaciale ? Vous êtes fou !

— De l’eau glaciale qui coule, gamine. Tu crois que je vais laisser monter deux inconnus aussi pâles que vous sans mise à l’épreuve ?”

» Mes doigts tremblaient tellement que j’ai dû me servir de mes dents pour retirer mon gant. Les yeux de l’Ossien se sont agrandis à la vue de mon étoile à sept branches.

» “Vous ne risquez rien avec m… moi à votre bord, capitaine.

— Saint d’argent…”, ont chuchoté entre eux les réfugiés.

» Il a gratté sa barbe rousse, puis il s’est tourné vers le rameur à côté de lui, lui ordonnant de chercher leur yole. Dior a lancé des regards nerveux vers les eaux sombres qui nous entouraient alors qu’on nous conduisait au chaland. Mais nous n’avons pas tardé à monter à bord, où j’ai serré la main du batelier avec force. “Merci, mon ami. Nous vous sommes redevables.

— Vous ne me devez rien, saint d’argent, a dit l’homme en s’inclinant. Tout l’honneur est pour moi. Je m’appelle Carlisle á Cuinn. Mon frère s’est battu avec deux des vôtres au siège de…”

» Je me suis tenu le ventre en chancelant, parcouru par une nouvelle vague de douleur. Dior m’a rattrapé par un bras, Carlisle a saisi l’autre. “… Vous allez bien, frère ?”

» J’ai serré mes dents qui s’aiguisaient, un voile rouge tombant sur ma vision. “Combien de temps jusqu’à Redwatch, capitaine ?

— Deux jours, a répondu l’Ossien. En faisant vite…”

» Dior a fixé Carlisle dans les yeux. “Puis-je humblement vous demander de faire le nécessaire, monsieur ?”

» Le capitaine a jeté un regard inquiet dans ma direction, mais bientôt, il aboyait des ordres. Dior et moi nous sommes retirés, nous faufilant entre la cargaison et les réfugiés. Ils formaient un groupe disparate, aux yeux vides et aux mains sales. Ils nous ont observés avec un mélange de curiosité, de méfiance et de respect, tandis que nous nous acheminions vers l’avant, où nous avons fini par nous écrouler à côté de la figure de proue.

» “Tu as vraiment une sale gueule, a chuchoté Dior.

— P… parle pour toi”, ai-je réussi à répliquer.

» Elle a souri, mais le cœur n’y était pas. “Tu penses pouvoir tenir encore deux jours ?”

» Je me suis pelotonné sur le côté, les bras autour du ventre. “Tu veux parier ?”

» Elle a regardé sa main, se passant un pouce le long de son avant-bras. Je voyais la veine sous sa peau, bleu clair, où palpitait cette vie fabuleusement belle. “Peut-être que…

— Arrête, ai-je dit d’un ton hargneux, mes doigts se refermant sur son poignet.

— Tu me fais mal”, a-t-elle chuchoté.

» Je l’ai lâchée, honteux et révulsé. “Je suis désolé, c’est juste que… Ne me propose plus jamais ça, d’accord ? N’y pense même pas.

— Pourquoi ? À choisir entre cette solution et mourir de…

— Parce que je ne suis pas un putain d’animal. Promets-moi.”

» Elle m’a toisé, les lèvres pincées. “Promis.”

» Et ainsi ont débuté deux jours d’enfer sur la Volta, à ce qui m’a semblé une allure d’escargot. Carlisle est venu prendre de mes nouvelles au bout d’environ une heure, mais mes réponses monosyllabiques l’ont rapidement convaincu de me laisser tranquille. Tous ces gens n’avaient probablement jamais vu de membre de l’ordre d’Argent en chair et en os, et j’étais sûr que ce brave capitaine et son équipage étaient déçus par le triste spectacle que j’offrais. Mais je ne faisais que lutter pour ne pas craquer. Je gardais la tête baissée, conscient de la présence de Dior à côté de moi, qui me veillait. Elle n’a pas bougé d’un pouce, jusqu’à ce qu’on sonne le dîner. Ensuite, elle ne s’est absentée qu’un moment.

» “Un type est en train de mourir, là-bas.”

» J’ai cligné des yeux à travers la brume, levant la tête, alors qu’elle me tendait un bol en bois rempli de – je vous le donne en mille – rata de patates. “Quoi ?

— Derrière, a-t-elle expliqué. Au cul du bateau.”

» J’ai soulevé le bol et me suis forcé à avaler une bouchée. “Le cul d’un bateau s’appelle la poupe.

— Il est avec sa famille. Des réfugiés de dún Cuinn. Comme tous ces gens.” Dior a écarté les cheveux qui lui tombaient sur le front. “Il s’est cassé la jambe pendant le voyage. Elle noircit.”

» Jetant un coup d’œil en direction de la poupe, j’ai repéré la famille parmi les passagers. Un type au visage de travers, avec une femme mince, et leurs deux filles aux yeux bleus comme un ciel du temps d’avant. Le pauvre bougre était étendu sur les genoux de sa bien-aimée, la peau luisante de transpiration, malgré le froid hivernal.

» “Je le sens d’ici, ai-je confirmé avec un hochement de tête. La jambe s’est infectée. C’est un homme m… mort.

— Il s’appelle Boyd. Sa femme, Brenna. Leur aînée est…

— Tu n’envisages pas sérieusement ce que je pense, j’espère ?”

» Dior a baissé les yeux vers les cicatrices sur sa paume, avant de les relever vers les miens. “À savoir ?

— Le plus sûr moyen de te faire tuer, ai-je grommelé d’un ton menaçant. Regarde autour de toi. Ce sont des gens simples. Ils ne veulent rien avoir à faire avec la magie. Ils ne croient pas aux miracles, mais aux maléfices, à la sorcellerie. Si tu t’ouvres les veines et te mets à les guérir par l’imposition de tes mains couvertes de sang, ils t’enverront au bûcher.

— Je me passe de tes sermons, héros.

— Alors, sors-toi la tête du cul, ai-je sifflé.

— Écoute, je sais que tu n’es pas dans ton état normal, mais je n’ai pas à supporter tes…

— Non, à toi de m’écouter : une fois à San Michon, tu feras toutes les conneries qu’ils te demanderont. En attendant, fais profil bas. Parce que je ne sais pas si tu as remarqué, mais en cas de problème, je risque de nous être à peu près aussi utile qu’une paire de couilles à un prêtre.”

» Dior s’est renfrognée et s’est mise à engloutir son dîner. Boudeuse. Maussade. Vraiment pas commode, cette gamine. Toujours prête à en découdre, à répliquer, à cracher. Mais il s’avère qu’en grattant un peu, il y avait une bonne âme sous cette façade. Des yeux qui voyaient la misère du monde, et un cœur qui voulait apporter des solutions. Pendant un moment, elle m’a tellement rappelé ma Patience que j’ai dû retenir mon souffle.

» “Écoute.” J’ai serré les dents. “Je m’excuse. Je deviens invivable quand la soif est sur moi.

— Si ça peut te rassurer, tu n’es pas non plus un cadeau quand tu es dans ton état normal.” Elle m’a lancé un regard mauvais.

» “Je te crois sur parole. Mais je ne te tanne pas ton petit cul par plaisir. Nous sommes entourés d’ennemis. À part Danton, il y a cette sorcière masquée qui en a après toi, et pour autant que nous sachions, l’Inquisition est encore sur tes traces.” J’ai grimacé, avalant une bouchée brûlante. “Foutu Rafa. Ça me dépasse : comment lui et ses frères ont-ils pu penser que ce serait une bonne idée d’informer le pontifex de ton existence ? Augustin est un nid de vipères et l’a toujours été.

— Eh bien…” Dior a eu un soupir triste, se mordillant la lèvre. “Pour l’Inquisition, Rafa n’est pas vraiment responsable. Ces deux garces qui nous ont pris en chasse après Dhahaeth…

— Celles sur qui j’ai tiré ? Tu les connaissais ?”

» Elle a regardé vers son poignet, vers l’entrelacs bleu des cicatrices, comme des craquelures dans du marbre pâle. “Disons juste que je n’ai pas besoin d’un sermon sur le traitement réservé aux sorcières ces nuits-ci.

— Raison de plus pour garder le secret sur ton don.

— … Peut-être.

— Tu ne sauveras pas le monde un pas à la fois. Crois-moi, j’ai ess…”

» Ma soif s’est de nouveau manifestée, tel un coup de poignard rouge sang. J’ai serré les dents, les sentant s’allonger dans mes gencives. J’étais plié en deux, mes cheveux cachaient mon visage tordu de douleur.

» “Tu devrais peut-être dormir ? a murmuré Dior.

— Tu pourrais peut-être me cogner jusqu’à me faire p… perdre connaissance ?

— Ne me tente pas…

— Juste p… pas la tête, d’accord ?”

» Elle a soupiré. “Et ça, ça fera l’affaire ?”

» Levant la tête, j’ai vu une flasque en fer-blanc cabossé dans sa main. “C’est de…

— Ça sent comme de la pisse d’âne, mais je suis presque sûre que c’est de l’alcool.”

» J’ai dévissé le bouchon, l’odeur me piquant le nez. “D’où ça vient ?

— Six ans dans les rues de Lashaame. Il en reste forcément quelque chose.” Elle a haussé ses maigres épaules. “Je l’ai pris dans la poche du capitaine. Alors, dépêche-toi de…”

» Elle n’a pas eu à terminer sa phrase. Renversant la tête, j’ai sifflé tout le contenu de la flasque. Le feu de l’alcool a contribué à éteindre un peu la flamme dans mon ventre. Je me suis étendu et ramassé sur moi-même, plus mort que vif, ne cherchant qu’à m’engourdir.

» Dior a soupiré. “Tu es une véritable épave, héros.

— Ne t’en prends pas à la lame, mais au f… forgeron.”

» Elle a pianoté de ses doigts sur ses genoux.

» “Dors, maintenant. Je veille.”

» J’ai fermé les yeux, m’enfonçant dans l’obscurité. Cherchant la paix. Le Tout-Puissant ne m’avait pas ménagé ces derniers temps. Et comme je l’avais dit à Rafa, il fallait vraiment avoir une très haute opinion de soi-même pour penser que ce fumier tendrait l’oreille.

» Mais bon, j’ai quand même presque dit une prière. »

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