L’empire du vampire T1

Jay Kristoff · Chapitre 82 sur 103

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L’empire du vampire T1

VIII - Magique

 VIII 

Magique

 

« l s’avère que les habits de religieuse brûlent plutôt bien. I

» Dior s’est assise et m’a regardé allumer un feu, grâce aux tenues portées pendant notre fuite. Après Redwatch, nous avions péniblement parcouru des kilomètres de forêt fantôme dans un froid glacial. La fatigue et la douleur avaient découragé toute tentative de conversation. Bien que ces bois soient pourris et gelés depuis longtemps, quand le jour a baissé, nous avons trouvé un vieux chêne au tronc creux où nous arrêter. Avec ses deux branches sur les côtés, il m’a rappelé la silhouette d’un pénitent aux bras écartés, la tête rejetée en arrière et levée vers le ciel.

» J’ai fouillé dans l’obscurité un moment, avant de tomber sur de petits champignons bruns, qui poussaient sur un pin. Les pilant avec mon mortier, j’ai fait bouillir la purée obtenue dans ma fonderie, puis j’ai tendu la mixture fumante à Dior.

» “Qu’est-ce que c’est ? a-t-elle demandé.

— De la teinture de chimère.” J’ai indiqué d’un geste les terribles contusions sur son visage. “Ça te brouillera peut-être un peu les idées, mais ça calmera la douleur.”

» J’ai rompu deux miches de pain de pommes de terre et nous avons mangé sans dire un mot pendant un moment. Des flocons de neige sifflaient dans le froid glacial alors que des étincelles s’élevaient vers le ciel nocturne, pâles papillons de nuit dansant autour des flammes. La scène avait quelque chose de paisible, même si j’avais conscience du caractère fugace de cette sérénité. Inquisition à part, Danton reprendrait la poursuite, dès qu’il aurait trouvé un moyen de traverser la Volta. Peut-être attendrait-il que le fleuve soit complètement gelé. Mais avec le cœur de l’hiver qui soufflait le froid sur nos talons à présent, nous aurions bientôt de nouveau à affronter la Bête de Vellene. Plus tôt que nous le pensions.

» “Tu es revenue pour moi.”

» Dior, qui faisait durer son infusion entre ses mains, a levé son visage tuméfié des flammes. Du sang avait séché sous ses ongles cassés.

» “Au prieuré, ai-je précisé. Tu es revenue pour moi.

— Bien sûr.

— Je croyais t’avoir dit qu’un salaud fait de plus vieux os qu’un imbécile.

— Et moi, je croyais t’avoir dit que tu n’étais pas mon père. Ne me dis pas ce que je dois faire, vieil homme.”

» Je n’ai pas pu m’empêcher de glousser. Elle aussi m’a souri faiblement, mais bientôt, son expression s’est figée en un rictus.

» “Je te devais bien ça, a-t-elle poursuivi. C’est moi qui nous ai fourrés dans ce pétrin au départ. Tu m’avais prévenue. Je n’aurais pas dû faire confiance à ces bouseux sur le bateau. Sales ingrats. Tu m’as dit de faire profil bas, et je n’ai pas écouté. Je ne sais pas pourquoi. À chaque fois, c’est pareil. Ça devrait me servir de leçon, mais non. Tout le monde me trahit. Tout le monde me laisse tomber.

— Pas tout le monde. Pas toujours.

— Toi aussi, tu allais le faire.”

» J’ai respiré à fond, hochant la tête. “J’en suis navré, Dior. Crois-moi.

— Tu n’as pas à l’être.” Elle a haussé les épaules. “C’est moi l’idiote. Je répète les mêmes erreurs, en espérant que les choses se passeront différemment.”

» Je l’ai observée, à travers la lumière crépitante des flammes. Les poings serrés. Des étincelles de rage dans les yeux. J’ai compris qu’il n’était plus question de moi.

» “Tu parles de Lashaame.”

» Son regard a rencontré le mien. “Elles t’ont raconté, hein ? Ces deux salopes de l’Inquisition t’ont dit ce que j’avais fait ?

— Elles m’ont donné leur version.” J’ai haussé les épaules. “Je n’en ai pas fait grand cas.

— Elles t’ont dit que j’avais tué quelqu’un ?

— Un évêque.

— Une ordure, oui ! Un putain de…”

» Sa voix l’a trahie. La mâchoire serrée, elle a reporté son attention sur le feu. Elle avait l’air épuisée et abattue, comme si elle portait le poids de toute la misère du monde sur ses épaules. Clairement, quelque chose la tourmentait, comme une cicatrice qui la démangeait. Mais je craignais qu’elle ne saigne beaucoup, si elle se décidait à la gratter.

» “Tu ne me dois aucune explication, Dior.”

» Elle a soupiré, ramenant ses cheveux devant ses yeux. J’avais remarqué qu’elle adoptait ce comportement quand elle cherchait à se mettre à l’abri des regards. Un rideau blanc cendré qu’elle tirait pour se protéger du monde, à l’instar de cette foutue redingote magique. “Tu te souviens de m’avoir demandé ce que je voulais être plus tard ?

— Dangereuse, ai-je répondu en hochant la tête. Tu as tenu tes promesses aujourd’hui, ça ne fait aucun doute.

— J’ai menti. Pour moi, le plus important, c’était de ne pas être seule. De ne pas terminer comme maman, tu comprends. À la fin, même moi, je l’ai abandonnée.” Elle a entrelacé ses doigts tachés de sang. “Tout le monde part. Même moi”, a-t-elle ajouté d’une voix douce.

» Dior a craché dans le feu. Je suis resté immobile, silencieux, me contentant de l’écouter.

» “Après sa mort, je me suis mise à fréquenter cette bande dont je t’ai parlé. Nous étions dix, qui vivions ensemble dans un entrepôt sur les quais de Lashaame. Le maître des lieux était une vieille fripouille, qui se faisait appeler l’Intermédiaire. Mal embouché, comme toi, mais bon sang… J’adorais cet endroit. Il nous confiait des petits boulots et se prenait un pourcentage. Grâce à lui, aucun de nous n’a eu à gagner sa vie sur le dos ou à genoux. Il nous a même appris à lire sur un exemplaire usé des Testaments. Pendant quelques années, j’ai eu l’impression d’avoir trouvé une famille.

— Ça semble… un endroit stimulant.

— C’était instructif.” Elle a souri d’un air satisfait. “J’ai appris le métier là-bas. Filature discrète, vol à la sauvette. Piège à vermine, guêpier.” Elle a rongé un ongle un moment, puis sa voix a baissé un peu. “Une voleuse à la tire appartenait à la bande de l’Intermédiaire. Maligne. Vive comme l’éclair avec un couteau à la main. Elle aussi s’habillait en garçon, mais je l’ai repérée immédiatement. Elle portait un vieux chapeau haut de forme et un manteau mi-long.” Dior a esquissé un sourire. “Elle se faisait appeler Toff.

”J’aimais être en sa compagnie. Je ne savais pas que l’amour était possible entre filles. Mais un soir où nous étions toutes les deux assises sur le toit de l’entrepôt à bavarder et à rire, elle m’a touché la joue et m’a dit qu’elle me trouvait belle. Puis elle m’a embrassée.”

» Dior a secoué la tête, suivant le tracé de ses lèvres du bout de ses doigts.

» “Personne ne m’avait jamais embrassée comme ça. Je ne savais pas qu’on pouvait embrasser comme ça. C’était comme… J’ai eu l’impression que mon corps tout entier devenait un baril de poudre et qu’elle était la flamme. C’était un de ces baisers auxquels tu compares tous ceux qui suivront, tu comprends ?”

» J’ai souri tendrement. “Oui.

— Mais je voyais une ombre sur elle.” Dior m’a jeté un coup d’œil. “Comme sur toi. Toff faisait des cauchemars. Parfois, elle se réveillait en pleurs. J’ai voulu l’aider, la soulager. Je lui demandais sans arrêt ce qui n’allait pas, mais il lui a fallu un an pour qu’elle se confie à moi. Elle m’a parlé de cet homme. Un prêtre. Merciér.” Dior a craché ce nom comme un poison. “Un gros bonnet. L’évêque de Lashaame, berger des pauvres. Respecté de tous, il dirigeait l’orphelinat de la ville. Toff y avait séjourné, avant de rejoindre la bande de l’Intermédiaire.”

» Dior a lâché un léger grognement, se passant le pouce dans l’entrelacs de cicatrices sur ses paumes.

» “En fait, ce bienfaiteur aimait les fillettes. Et quand Toff était plus jeune, il…”

» J’ai secoué la tête. “Le salaud.

— Ça m’a mise dans une telle rage. J’ai proposé à Toff d’aller régler son compte à ce fumier. Juste… de le zigouiller, comme on mouche une bougie. Mais même après ce qu’elle avait subi, elle continuait d’avoir la foi. Elle croyait en Dieu, aux Testaments que nous lisait l’Intermédiaire. Elle me traînait à la messe le prièdi. Tuer un prêtre était un péché, disait-elle. Dieu le jugerait, pas nous.

”J’ai tout de même réussi à la convaincre de cambrioler Merciér. L’homme d’Église, gros richard, lui devait bien ça. Un soir qu’il officiait à une cérémonie privée, nous nous sommes donc introduites chez lui. Nous avions à moitié fait le ménage, quand cette ordure est rentrée. Il avait oublié ses lunettes, ce con. La fuite restait une possibilité, il n’aurait rien pu faire pour nous retenir. Mais en le voyant, Toff… elle a juste… craqué.

”Comme je l’ai dit, elle n’avait pas son pareil avec une lame. Elle a sorti son couteau et s’est littéralement jetée sur lui en hurlant. Elle l’a suriné une douzaine de fois, avant qu’il tombe. Quand elle s’est arrêtée, elle a laissé son arme plantée jusqu’au manche dans les parties intimes du bonhomme.”

» La voix de Dior s’était réduite à un murmure, je la sentais au bord des larmes.

» “J’ai eu si peur. Toute cette façade, mon numéro sur le fait d’être dangereuse… putain…” Elle a de nouveau baissé les yeux vers ses mains tachées. “Tu connais la quantité de sang que contient une personne ?”

» J’ai hoché la tête. “J’ai ma petite idée, ai-je répondu doucement.

— Nous ne devions surtout pas traîner dans les parages. J’ai tenté d’emmener Toff de force, mais elle s’est contentée de regarder le sang sur ses mains. Pendant qu’elle restait figée sur place, tremblante et en pleurs, Merciér s’est péniblement remis debout et lui a planté cette lame dans la poitrine. Une fois. Deux fois. Quand j’ai voulu le désarmer, il m’a salement coupée, avant qu’il succombe à la perte de sang. Il est tombé et ne s’est pas relevé. J’ai empoigné Toff et je me suis dépêchée de la ramener chez l’Intermédiaire. Une fois de retour à l’entrepôt, je l’ai posée sur le sol, et tous nos amis ont accouru. Toff… elle était étendue là, elle avait du mal à respirer. Il y avait du sang partout. Je voulais juste que ça s’arrête, alors j’ai pressé mes mains sur les trous, hurlant à tout le monde, n’importe qui, de l’aider.

— Les coupures sur tes paumes…, ai-je murmuré en regardant ses cicatrices. Ton sang…”

» Dior a hoché la tête. “Ce jour-là, j’ai appris ce dont j’étais capable. Dans cet endroit que je considérais comme mon chez-moi, entourée de gens que je considérais comme ma famille, en sauvant la vie d’une fille que je croyais aimer. Aussi pâles que des fantômes, ils ont vu les blessures de Toff se refermer. Puis elle s’est assise, s’est tournée vers moi et a cligné des yeux, ces yeux dans lesquels j’avais l’habitude de me noyer.”

» Dior a secoué la tête, les joues baignées de larmes.

» “Ils m’ont traitée de s… sorcière. Tous. Même… même elle. Toff m’a regardée comme si c’était moi qui lui avais fait du mal, alors qu’elle me devait la vie. Quand j’ai voulu lui prendre la main, lui dire que je l’aimais, elle a eu un mouvement de recul, comme si je la brûlais. Elle a semblé avoir… peur de moi.”

» J’ai hoché la tête, me rappelant la terreur dans les yeux d’Ilsa, la nuit où j’avais pris conscience de ma nature.

» “Je sais ce qu’on ressent.”

» Dior a essuyé les larmes sur ses joues. “Ils m’ont traînée devant le juge, et on m’a fait porter le chapeau pour le meurtre de Merciér. Tout Lashaame criait vengeance. Ils m’ont exposée à l’un de leurs sales gibets, pour que la population puisse me cracher dessus et lancer de la merde sur moi. L’Église a prévenu l’Inquisition, et ces deux garces sont venues pour brûler la tueuse d’évêque. L’hérétique. La sorcière.”

» Elle a haussé les épaules, mordillant un ongle rongé.

» “Sœur Chloe et les autres se sont pointés à ce moment-là. À la faveur de la nuit, ils m’ont sortie de ma cage et nous avons quitté la ville, sans perdre de temps. Dire qu’après tout ce que j’avais enduré, j’ai encore eu l’espoir qu’avec eux tout se passerait bien. Sœur Chloe m’a sauvé la vie. Bel était adorable avec moi. Et Saoirse…” Dior a secoué la tête. “À chaque fois, c’est pareil. Les gens qui comptent pour moi me laissent tomber, ou la vie me les arrache. Et, comme une idiote, je recommence, en pensant que ce sera différent la fois suivante. Je ne sais pas pourquoi je m’entête. À force, je devrais avoir compris.

— Tu as bon cœur. Voilà tout.

— Ça m’a bien avancée. À cause de cette maudite prophétie, j’ai traîné mon cul à travers la moitié de l’empire. Et pour quel résultat ? Finir sur un gibet ou un bûcher ? Je devrais prendre exemple sur toi. Faire ce que j’ai à faire, penser à moi, et puis c’est tout.

— Je ne suis pas un bon modèle, Dior.

— Pourquoi ? Tu ne te débrouilles pas si mal. Tu as une femme. Une fille. Quelques personnes qui t’aiment. Mais le reste ? Rien… à… battre.”

» J’ai baissé la tête. Me voyant tel qu’elle me voyait.

» “Ma femme me disait souvent que les bleus au cœur finissent par guérir. Je ne suis pas sûr de toujours y croire. Ce monde est cruel. Les saints et les pécheurs y sont égaux devant la souffrance. Dès que tu donnes une part de toi-même à autrui, tu cours le risque de ne pas la récupérer en un seul morceau. Certaines blessures ne se referment jamais vraiment, et parfois, les gens ne nous laissent que des cicatrices en souvenir. Je sais tout ça. Je sais aussi que le temps nous dévore.”

» Dior m’a regardé frotter les lettres tatouées en travers des articulations de mes doigts, jouer avec mon alliance.

» “J’ai vu le pire de ce dont ce monde est capable, Dior. Des hommes et des femmes encagés et traités comme du bétail, pour étancher la soif de monstres vomis par les entrailles de l’enfer. Des armées de croyants abattues comme des porcs, dans la totale indifférence du Tout-Puissant. Des parents qui mangeaient leurs enfants. J’aimerais pouvoir te dire qu’il y a de l’espoir, mais contrairement à Chloe, je ne crois pas que tu es celle qui, à toi seule, va rétablir la situation. Je ne veux pas te mentir.”

» Je me suis arraché à la contemplation des flammes, pour croiser son regard.

» “En revanche, je peux t’affirmer que les seuls moments de paradis que j’ai connus dans cet enfer, je les dois à ceux que j’ai aimés. Amis. Famille. Alors, tu dois continuer à croire qu’il y a du bon chez les gens, bien que tu aies rencontré le pire. Tu dois t’accrocher à cette flamme qui brûle en toi. C’est grâce à elle, à sa clarté, que tu brilleras dans le cœur des autres. Il t’arrivera de te tromper, et d’en souffrir. Ce sera même trop dur parfois. Mais ne garde pas ça enfermé à l’intérieur de ta poitrine.”

» J’ai tendu le bras et serré sa main.

» “Ouvre ton cœur à ce monde pourri.”

» Dior s’est tamponné les yeux, et j’y ai distingué cette étincelle, toujours présente. Elle était ensanglantée, oui. Meurtrie. Mais pas brisée. Elle a baissé la tête et regardé nos doigts entrelacés. Retenant ses larmes, elle a lu le nom gravé sur les miens.

» “Patience ? C’est ta fille ?”

» J’ai hoché la tête. “Astrid me l’a tatoué, après sa naissance. Tout le reste…” J’ai relevé mes manches pour montrer les bords de mon égide. “… les anges, la Viergemère et les Martyrs, ça n’avait plus beaucoup de sens. J’ai voulu quelque chose qui avait de l’importance à mes yeux.”

» Dior s’est mordillé la lèvre d’un air pensif.

» “Tu sais… Cendreuse m’a raconté.” Elle a regardé la lame à côté de moi. “Ce que l’ordre d’Argent vous a fait, à toi et à ta femme. Je comprendrais que tu n’aies pas envie de retourner à San Michon. Je ne t’en veux pas de préférer rentrer auprès de ta famille, Gabriel. Tu n’as rien demandé. Ce n’est pas ton combat.

— S’il faut croire ce qu’a dit Chloe, tu es le combat de tout le monde.

— Mais tu n’es pas croyant.”

» J’ai regardé dans le feu, poussé un soupir venu du tréfonds de moi-même, d’un lointain passé. “Plus question de croire en un Dieu qui nous aime. Pas après tout ce que j’ai vu. En revanche une chose à laquelle je crois, ce sont mes amis. Ils sont la colline où je meurs. J’ai longtemps oublié cette leçon. Mais aujourd’hui, je fais vœu de ne plus jamais l’oublier. Si ton chemin te mène à San Michon, je marcherai avec toi.” J’ai de nouveau serré sa main, aussi fort que je l’osais. “Je ne te laisserai pas tomber.”

» Elle a souri. “Amis, alors ?

— D’un genre pour le moins inattendu. Mais oui. Amis.”

» Écartant des cheveux de ses yeux, elle a eu une moue pensive. “Tu sais… tu as changé de comportement, depuis que tu t’es aperçu que je ne suis pas un garçon.

— Non. J’ai changé, depuis que je me suis aperçu que tu n’es pas qu’une sale petite frappe.”

» Elle a ri, et j’en ai fait autant en la voyant. Je me rendais bien compte qu’avec ce rire, elle se soulageait d’un poids qu’elle avait longtemps gardé en elle.

» “Tiens.” J’ai souri. “J’ai quelque chose pour toi.”

» Je me suis tourné vers le ballot de vêtements hâtivement raflés sur les quais à Redwatch. J’ai trouvé ce que je cherchais enveloppé entre les plis d’un épais manteau en renard pris pour moi. J’ai lancé le reste à Dior, par-dessus les flammes.

» “Un nouveau pantalon, a-t-elle soufflé. Et des bottes !

— Je n’allais pas te laisser parcourir la province habillée en religieuse. Sur ce plan, la réputation que j’ai déjà me suffit. Je t’ai aussi pris une chemise. Et ça.”

» Son visage s’est éclairé alors que je lui présentais une élégante redingote de gentleman. De couleur gris neige, elle descendait jusqu’aux genoux, avec des enjolivures brodées en fil d’or. Des minuscules roses apparaissaient en relief sur les boutons, avec une épingle répétant le même motif pour le foulard. Le tissu était solide, mais doux, avec une doublure en fourrure, bien chaude. Une tenue digne d’un seigneur.

» “J’ai pris la plus élégante de la boutique, ai-je dit. J’ai hésité pour la couleur.

— Non…” Elle a levé vers moi des yeux brillants. “Non, elle est parfaite.

— Essaie-la, alors.”

» Avec un sourire aussi grand que le ciel, Dior s’est débarrassée de son habit du prieuré. J’ai grimacé en voyant les plaies et les bleus en dessous, mais elle a continué à se mouvoir comme une danseuse, enfilant le chemisier et la redingote. Elle a fermé les boutons, écarté les bras et ajusté le vêtement sur les contours de son corps. Puis elle a tourné sur elle-même avec un petit cri ravi.

» “Calme-toi, ai-je grogné. Tu vas rameuter toute la forêt.”

» Du bout du pied, elle a envoyé un peu de neige vers moi, exécutant une nouvelle pirouette gracieuse. “Alors ? De quoi j’ai l’air ?”

» J’ai simplement souri.

» “Magique.” »

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