L’empire du vampire T1
VI - La Fonderie écarlate
VI
La Fonderie écarlate
« eux semaines plus tard, nous étions de retour à San Michon, D
ces colossales colonnes de pierre se dressant devant nous dans la brume de la tombée du jour. En vérité, je ne savais pas trop où j’en étais. Ma première Chasse était à la fois un échec et un succès. Mon impatience avait eu raison de moi et mis des innocents en danger. J’avais tué un homme de mes propres mains. Prendre une vie à cette terre n’est jamais un acte à accomplir à la légère, pas si on veut éviter d’y perdre un peu de soi-même.
» Mais loin d’éprouver des regrets, j’avais la conviction d’avoir joué mon rôle de serviteur de Dieu. J’étais persuadé d’avoir fait le bien. Et surtout, j’avais triomphé d’un haut-sang sans l’aide de personne. Je l’avoue, je n’étais pas peu fier de cet exploit. Assis bien droit sur le dos de Justice, je chevauchais avec un sourire qui semblait ne pas vouloir me quitter.
» Claude de Blanchet et Vivienne La Cour voyageaient sur le cheval de Greyhand, tous les deux entravés par des chaînes en argent. Comme le bras du garçon n’avait pas encore complètement guéri des blessures que je lui avais infligées, mon maître avait dû recourir à un bâillon pour étouffer ses gémissements. Mais ce que j’avais fait exactement et, plus important, comment je l’avais fait, cette question-là demeurait toujours sans réponse.
» Malgré mon insubordination, cet épisode m’a valu le respect réticent de Greyhand. La prouesse que j’avais accomplie l’avait visiblement impressionné. Mais quand de Coste me regardait, ses yeux trahissaient la répugnance que je lui inspirais. À cause de moi, un mondain l’avait mis K-O, tandis que, de mon côté, j’avais flanqué une correction à son créateur, seul et sans armes. J’avais volé la vedette à Aaron, et je savais que, dès que nous échapperions à la surveillance de notre maître, les choses n’en resteraient pas là entre nous.
» Nous nous sommes arrêtés à l’écurie, et je suis entré chercher les palefreniers, tandis qu’Aaron et Greyhand déchargeaient nos prisonniers. J’ai appelé Kaspar, mes yeux s’accommodant à la faible lumière des globes. Dans l’obscurité, j’ai aperçu deux silhouettes qui ont sursauté, comme surprises. La première appartenait à Kaveh, le frère muet de Kaspar. Le visage de la seconde a légèrement pâli en me voyant. J’ai reconnu l’assistante du séraph Talon, sœur Aoife.
» “Bellaube, initié, a-t-elle balbutié en s’inclinant.
— Dieudemain, ma sœur.” J’ai adressé un signe de la tête au palefrenier. “Kaveh.”
» Il a baissé les yeux, en silence, bien sûr.
» “La Chasse s’est bien passée, je crois ? a dit Aoife. Archer est arrivé la semaine dernière, nous informant de votre chargement.”
» J’ai penché la tête, observant Aoife. Trouver une sœur du prieuré non accompagnée en présence d’un palefrenier était aussi rare qu’étrange. Kaveh continuait de fuir mon regard. Mais j’ai fini par me dire que ça ne me concernait pas.
» “Oui, ai-je répondu. Deux haut-sang, des mondains du Sang Voss.
— Merveilleux.” Aoife a souri, lissant son habit. “Je vous accompagne.”
» Elle est sortie avec moi, tandis que Kaveh se hâtait de mettre nos chevaux à l’abri du froid. Aaron et Greyhand ont salué Aoife, et ensemble nous avons gagné les hauteurs vertigineuses de San Michon. J’ai traîné le fils de Blanchet sur le monte-charge, Aaron s’occupant de La Cour. Alors que la plateforme s’élevait, j’ai observé la sœur du coin de l’œil, mais son visage est resté impassible. Archer décrivait des cercles dans le ciel en poussant des cris, tout à la joie de voir son maître de retour. Greyhand a levé son bras et, au moment où le faucon se posait sur son poignet, ses lèvres ont esquissé ce qui devait, pour lui, se rapprocher le plus d’un sourire.
» J’ai pensé que nous irions faire notre rapport à l’abbé Khalid ou nous remplir l’estomac, mais Aoife nous a conduits directement à l’armurerie. Comme toujours, le feu des forges éclairait les fenêtres, tandis que les cheminées vomissaient une fumée noire – toutes, hormis celle d’où s’élevait la mince volute écarlate. Le séraph Talon lui-même nous attendait sur les marches, le col de sa capote lacé et serré, sa canne en main.
» “Bellaube, frère Greyhand, a dit Talon de son ton calme. De Coste.
— Dieudemain, frère séraph”, ont-ils répondu.
» Il s’est alors tourné vers moi, caressant sa longue moustache, comme un sexagénaire cajole son chaton préféré. “Bellaube, mon petit sang-merdeux.
— Dieudemain, frère séraph”, ai-je soupiré.
» Talon m’a adressé un bref signe de tête, puis nous l’avons suivi à l’intérieur. Après la route dans le froid, la chaleur offrait un changement agréable. Les globes chymiques scintillaient comme des étoiles au plafond, et des armes aux lames en acier argenté tapissaient les murs. Parmi les râteliers, j’ai reconnu Baptiste Sa-Ismael, le jeune pouce noir qui avait forgé mon épée. Sa peau brune et ses muscles luisaient de sueur alors qu’il poussait une brouette de charbon. Il s’est arrêté en nous apercevant et s’est épongé le front.
» “Bellaube, frère séraph, a-t-il dit de sa chaude voix de baryton. Sœur Aoife.”
» Talon a hoché la tête et Aoife s’est inclinée. “Dieudemain, Sa-Ismael.”
» Le forgeron a gratifié le reste d’entre nous d’un sourire irrésistible. “Et bellaube à vous tous, frères. Un retour triomphal, à ce que je vois ?” Il a regardé l’épée à ma ceinture. “Et comment s’est comportée Griffe-de-Lion pour sa première sortie, de León ? A-t-elle pourfendu quelque monstrueuse créature ?
— Hélas, non, frère. Un prêtre corrompu l’a balancée par la fenêtre.”
» Baptiste a jeté un coup d’œil vers Aoife et a souri. “Eh bien, au moins aura-t-elle vécu une aventure. Les dames en sont friandes.” De sa main chaude, il m’a donné une grande claque sur l’épaule. “N’aie crainte, Petit Lion. Dieu finira par t’accorder une chance d’accomplir sa volonté.”
» Décidément, ce gars-là me plaisait. Et je n’étais pas le seul dans ce cas. De Coste perdait toute trace de son arrogance habituelle en compagnie de Baptiste. Même Greyhand paraissait capable de se détendre un peu avec le jeune forgeron dans les parages. Il avait ce sourire qui semblait vous être réservé, un rire puissant et une bonne âme. Mais il a lancé un regard vers Talon, alors que le séraph s’éclaircissait la gorge.
» “Je ne vous retiens pas plus longtemps, frères. Le service de Dieu vous attend. Gardons le récit de vos aventures pour ce soir, au réfectoire, autour d’un verre.
— Ou d’une bouteille”, a répliqué Aaron.
» Le forgeron a ri, une lueur s’allumant dans ses yeux sombres. “Par le sang, mes amis. À ce soir.”
» Nous l’avons salué de la tête et avons suivi Talon et sœur Aoife dans une partie de l’armurerie que je n’avais encore jamais visitée. Des portes massives renforcées d’argent en interdisaient l’accès et s’ouvraient à l’aide d’une clé en argent, que Talon gardait autour du cou. De l’autre côté nous attendait une vaste salle en pierre noire. L’air avait comme un goût de sang, déjà ancien. Depuis les hauts plafonds voûtés, des globes chymiques éclairaient des planches anatomiques de sang-froid, créatures du peuple caché et autres monstruosités qui couvraient les murs. Mais ce qui dominait la pièce, c’était un dispositif impressionnant qui ne ressemblait à rien de ce que j’aurais pu imaginer.
» On aurait dit un genre de forge, mais conçue par un esprit tourmenté. Un réseau de tubes serpentins entourait une rangée de grandes tables de pierre, creusées de rigoles formant une étoile à sept branches. Sur une demi-douzaine d’entre elles, j’ai reconnu les silhouettes émaciées de vampires, entravés par des liens en argent. Des crevards, pour la plupart. Mais l’un au moins était un haut-sang – un joli monsieur à la longue chevelure rousse typique de l’Ossway. Leur chair d’un gris terne leur donnait l’apparence de fruits ratatinés. J’entendais leur sang couler goutte à goutte dans des bocaux en verre, à partir de tubes en argent enfoncés dans leur poitrine.
» Je me suis tourné vers Aoife à côté de moi. “Quel est cet endroit, ma sœur ? ai-je chuchoté.
— La Fonderie écarlate, a-t-elle expliqué. Le cœur des sang-froid ne bat pas vraiment. Sans un pouls pour animer cet organe, leur sang ne circule que là où leur volonté le lui impose. La Fonderie est le moyen le plus efficace pour prélever leur essence et, ainsi, produire la plus grande quantité de sanctus.”
» Bouche bée, j’ai embrassé la salle du regard, un étrange frisson m’a parcouru la peau. Cet équipement semblait devoir autant à la science qu’à la sorcellerie.
» “De Coste, a dit Greyhand. De León. Installez confortablement nos invités.”
» Aaron et moi avons obéi et placé nos captifs sur les tables. Nous leur avions à tous les deux mis un bâillon et bandé les yeux. Mais un faible gémissement de souffrance a glissé des lèvres de Vivienne La Cour, au moment où Aoife lui fixait des anneaux en argent autour des poignets et des chevilles. Alors que sa chair grésillait, j’ai dû me rappeler que, derrière leur apparence humaine, ces créatures n’étaient que des sangsues.
» “Vu la résistance qu’ils nous ont opposée, ce sont clairement des Voss”, a déclaré Greyhand.
» Talon a indiqué le garçon d’un signe de la tête. “C’était le premier de la couvée ?
— Oui. Vraiment terrifiant, pour un mondain.
— Pauvre petit, a doucement soupiré Aoife. Si jeune…
— Et il n’atteindra jamais l’âge d’homme, l’a coupée Greyhand, l’œil mauvais.
— Nous procéderons à un examen complet, dit Talon avec une délectation qui m’a paru légèrement malsaine. Tout ce qu’omettra de nous apprendre son sang, la flamme nous le révélera, avant qu’il nous quitte pour l’enfer.”
» Aoife a fait le signe de la roue. Le séraph a jeté un coup d’œil à l’avant-bras de la créature-enfant, aux brûlures qu’il avait subies à mon contact. Je l’ai vu échanger un regard avec notre maître.
» “Vous deux.” Greyhand s’est tourné vers Aaron et moi. “Allez prendre un bain et vous restaurer. Nous repartirons peut-être en Chasse plus tôt que vous le pensez. De León, je te fixerai quelques tâches supplémentaires à exécuter, tant que nous resterons à San Michon.
— … Des tâches, maître ?
— Dès demain, tu te présenteras à l’écurie avant matines et tu nettoieras les enclos, jusqu’à ce qu’ils soient impeccables. Je suis sûr que nos jeunes palefreniers apprécieront l’heure de sommeil en plus que tu leur offriras.”
» Je n’en croyais pas mes oreilles. Aaron a réprimé un sourire triomphant.
» “Je dois pelleter le crottin tous les matins ? Mais c’est moi qui ai défait cette créature, et sans l’aide de personne.
— La désobéissance a son prix. Tu penses que je suis injuste ?”
» Cet outrage me hérissait, mais je me suis incliné avec raideur. “Non, maître.
— Bien. Maintenant, laissez-nous, tous les deux. Je vous retrouverai un peu plus tard.
— Par le sang, frère.” De Coste a salué de la tête. “Frère séraph. Ma sœur.”
» Aoife nous a souri. Talon a fait un vague signe de la tête, les yeux toujours fixés sur le bras du petit Claude, alors qu’Aaron et moi ressortions dans le froid glacial. Arrivé sur les marches de l’armurerie, j’ai serré les dents, tentant de me maîtriser. J’avais désobéi à Greyhand, d’accord. Et malgré ma contribution à la capture du fils de Blanchet, je savais que je méritais une sanction. Mais ça ?
» De Coste s’est passé la main dans sa tignasse blonde et sale et a souri. “Dans la merde jusqu’aux tibias tous les matins, hein, Bouseux ? Ce sera comme d’être de retour chez toi.
— Et chez toi, puisqu’on en parle, comment va ta mère ? Dis-lui qu’elle me manque, tu veux bien ?”
» Il s’est tourné pour me faire face. Alors qu’il s’approchait, j’ai noté qu’en dépit de la différence d’âge, j’étais presque aussi grand que lui maintenant. Assez pour rencontrer son regard bleu pâle.
» “Ferme les yeux”, m’a-t-il ordonné.
» Les paroles d’Aaron ont glissé dans mes oreilles comme la plus habile des lames. Rien à voir avec la balle enveloppée de satin de l’enfant-vampire à Skyefall. Quelque chose de plus subtil, et de plus effrayant. Les demi-sang avaient l’interdiction d’utiliser leurs dons les uns sur les autres, et une partie de moi était furieuse qu’il ose le faire. Mais sinon, ça m’a semblé la chose la plus raisonnable du monde. Aaron est ton ami, a chuchoté une voix en moi. Tu as confiance en lui. Tu l’aimes bien.
» J’ai donc fermé les yeux.
» Son coup de poing dans l’estomac a chassé l’air de mes poumons. Je suis tombé à genoux sur les marches, serrant mon ventre douloureux entre mes mains.
» “Tu cognes comme une mauviette d’aristo, ai-je soufflé.
— Je ne t’aime pas, espèce de sale petit bâtard.
— T… Tu veux dire que… ce n’est pas une demande en mariage… ?”
» Il s’est dressé au-dessus de moi, ses dents pointant aux coins de sa bouche. “Tu m’as ridiculisé devant Greyhand. Cet affront, tu le paieras de ton sang ! Notre maître saura peut-être se satisfaire de quelques coups de pelle, mais certainement pas moi. Tant qu’il n’est pas là pour couvrir tes arrières, je te conseille de ne dormir que d’un œil, mon petit sang-gueux.”
» Aaron a craché sur les marches à côté de moi, avant de s’éloigner avec raideur vers les baraques. En utilisant ses dons contre moi, il avait enfreint les règles de San Michon et j’ai été à moitié tenté de lui lancer une dernière pique sur sa lâcheté. Mais, en vérité, j’avais juste envie qu’il me foute la paix. J’avais surpris le regard échangé par Greyhand et Talon, et je me demandais si le séraph avait quelque chose à m’apprendre à propos de la blessure que j’avais infligée à Claude de Blanchet.
» Débarrassé d’Aaron, j’avais maintenant l’intention de le découvrir. Je me suis donc contenté de lui faire une main d’honneur dans son dos. Puis, tenant mon ventre douloureux, je suis retourné furtivement dans l’armurerie.
» Mon cœur battait la chamade, mais toutes ces nuits où je m’étais discrètement glissé dans la chambre d’Ilsa me sont revenues en un clin d’œil. Je n’avais pas oublié comment me faire tout petit, même sans lèvres chaudes qui m’attendaient. J’ai traversé les râteliers d’armes, sous la lumière des globes, et bientôt, je me suis accroupi devant les portes de la Fonderie.
» Regardant à l’intérieur, j’ai vu Greyhand et Talon près du jeune Claude. Sœur Aoife était occupée de l’autre côté de la salle.
» “… une infestation d’envergure, vu le temps que cette vermine a eu pour chasser, disait le séraph. Il ne s’est passé que deux mois depuis son changement, c’est ça ?
— Presque trois, a répondu Greyhand en acquiesçant de la tête. Mais oui, le sang coule épais chez celui-là.
— Intéressant. Je me demande pourquoi la sangsue qui l’a créé l’a abandonné.
— Elle n’a pas forcément su qu’il avait changé. Apparemment, elle est partie dans la précipitation.
— Mmm.” Le bâillon de la créature-enfant a étouffé un cri strident, alors que Talon glissait un des tubes à l’extrémité argentée sous sa peau. “Et cette brûlure sur son bras ? Le message d’Archer disait que c’était important.”
» Greyhand a regardé en direction d’Aoife, baissant la voix dans un chuchotement de conspirateur. “Il a fait ça à mains nues.
— De Coste ?
— De León.”
» Talon a eu un rire moqueur. “Ce petit suceur de bites avec de l’eau dans les veines ?
— Ces blessures remontent à deux semaines, a poursuivi Greyhand. Elles auraient dû guérir dès l’aube le lendemain. Pourtant, elles persistent. Quand j’ai surgi dans la chambre, j’ai vu le sang bouillir sous la peau de cette sangsue, là où de León la touchait.
— … Bouillir ? Tu en es certain ?
— Je l’ai vu. Je l’ai senti. Tu sais ce que c’est, Talon.
— Je ne sais rien de la sorte.
— Bon sang, ouvre les yeux ! Je te parle de sanguimancie.”
» Accroupi devant la porte, j’ai senti mon corps tout entier se contracter. Ce mot ne signifiait rien pour moi, mais à la manière dont Greyhand l’a chuchoté, un frisson glacé a traversé mon ventre douloureux. Il y avait de l’émerveillement dans la voix de mon maître. De l’émerveillement, et de la peur.
» “Impossible, a sifflé Talon. Cette lignée est éteinte. Depuis des siècles.
— Les siècles ne sont rien pour ces créatures. Et si les histoires se trompent, Talon ? Ou qu’elles mentent ?” Greyhand a lancé un regard vers Aoife, baissant encore la voix. “De León a échoué à l’épreuve du Sang, mais nous ne l’avons pas testé pour ça. Si la sangsue qui a ensemencé sa mè…
— Alors, nous devrions l’emmener au Pont vers le Paradis immédiatement, a grogné Talon. Lui trancher la gorge et l’offrir au fleuve.”
» J’ai eu la sensation qu’un essaim de papillons se réveillait dans mon ventre. On m’avait appris qu’il n’existait que quatre familles vampires. Voss. Chastain. Ilon. Dyvok. Avais-je bien entendu ?
» Parlaient-ils d’une cinquième lignée ?
» Et… lui appartenais-je ?
» J’ai de nouveau collé mon oreille contre les portes. J’étais en plein désarroi. Mon maître m’avait menti en disant qu’il ignorait ce que j’avais fait au jeune de Blanchet. Et Talon recommandait de me supprimer. Je me suis demandé si je ne ferais pas mieux de fuir. Retourner à l’écurie, seller Justice et filer.
» “Pas de précipitation. Discutons-en d’abord avec Khalid, a chuchoté Greyhand. Je suis le maître de ce garçon. Il est impatient. Arrogant. Beaucoup trop attiré par la gloire. Mais c’est l’une des plus fines lames que j’aie entraînées. Il est venu à bout de ce haut-sang sans aide, et drogué jusqu’aux yeux. Si ce que je soupçonne de sa lignée est vrai… il pourrait être le plus grand d’entre nous, Talon.
— Ou le plus terrible.
— N’est-ce pas à Dieu d’en décider ?
— Aide-toi et le ciel t’aidera, mon vieil ami.” Talon s’est appuyé contre la table en pierre et a soupiré. “Tu es effectivement son maître, et je ne te contredirai pas. Mais si Khalid ordonne son exécution…”
» Greyhand a hoché la tête, l’air sombre. “Je m’inclinerai. Nous irons parler à l’abbé après les vêpres.”
» Le goût du fer et de l’adrénaline était fort sur ma langue. Je me suis éclipsé par l’armurerie, avant que Greyhand puisse me repérer. Une fois les portes derrière moi, j’ai traversé précipitamment le pont de corde jusqu’aux baraques. La tête me tournait encore, à cause de ce que je venais d’entendre.
» Un talent caché nommé sanguimancie.
» Une cinquième lignée vampire.
» Qu’est-ce que ça signifiait ? Pourquoi Greyhand en parlait-il avec frayeur ? Et se pouvait-il que je sois réellement le fruit de cette mystérieuse lignée, et pas le sang-gueux que méprisait Talon ? »
Jean-François trempa sa plume dans l’encrier, ses yeux chocolat fixés sur son manuscrit.
« Ne pouviez-vous pas simplement poser la question à l’abbé Khalid ?
— Foutre, non, se renfrogna Gabriel. Tout ce que je savais, je l’avais surpris en écoutant aux portes. Greyhand m’avait menti à Skyefall. Dieu tout-puissant, Talon y voyait une raison suffisante pour me trancher la gorge sans autre forme de procès. En plus, je n’étais pas du genre à me tourner vers les adultes à la première difficulté. Quand on grandit avec un beau-père comme le mien, on apprend vite à régler soi-même ses problèmes. »
Le pouce de Gabriel suivit le léger relief des lignes de l’étoile dans sa paume.
« Alors, c’est exactement ce que j’ai décidé de faire. »
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