Stöld

Ann-Helén Laestadius · Chapitre 11 sur 86

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11 – Oktanuppelohkái

 

 

Assise à la fenêtre de la cuisine, Hanna soupira en voyant Elsa se précipiter vers son spark et dévaler la pente. Anna-Stina, immobile, la suivait du regard avec cet air renfrogné et vexé que sa mère ne lui connaissait que trop bien.

Elle ouvrit la fenêtre et cria :

— Que s’est-il passé ? Où s’est-elle sauvée comme ça ?

— J’en sais rien, moi !

— Rentre.

Des petits pieds furieux trépignèrent dans l’entrée et des vêtements atterrirent sur le sol au lieu d’être accrochés à un portemanteau. Elle reniflait et ses joues étaient cramoisies lorsqu’elle s’assit, d’un air arrogant, sur la banquette de la cuisine, fixant sa mère de son regard qui signifiait « bon alors, qu’est-ce que tu me veux ? ».

— N’oublie pas qu’Elsa est plus jeune que toi. Il faut que tu sois gentille avec elle.

— Mais je suis gentille.

— Alors, qu’est-ce qu’il s’est passé ?

— Rien.

Hanna esquissa un sourire bienveillant, elle savait comment faire parler sa fille.

— Allez, ma chérie. Raconte-moi. Je ne me fâcherai pas.

Ce qui était vrai, elle se mettait rarement en colère. Il ne lui viendrait jamais à l’esprit d’élever la voix lorsqu’elle s’adressait à son enfant – ou à un autre, d’ailleurs. Mais elle n’aimait pas quand sa fille et Elsa se chamaillaient ; alors, il lui arrivait de hausser légèrement le ton. Elle avait envie de protéger la petite voisine, si douce et sérieuse, de sa propre fille, qui hélas voulait parfois tout régenter.

— J’ai juste dit que c’est Robert Isaksson qui tue les rennes. C’est la vérité, c’est tout ! Je ne comprends pas pourquoi elle a réagi comme ça !

— La perte de son renne la rend très triste, tu peux le comprendre, non ?

— C’est elle qui a commencé, c’est elle qui a dit qu’elle était allée au commissariat.

Hanna lui tendit un morceau de papier essuie-tout qu’Anna-Stina empoigna d’un air offensé. Elle se moucha bruyamment.

— Qu’est-ce que tu as dit, exactement ?

— Qu’il ouvre le ventre des rennes femelles et en sort les petits.

Sa mère la dévisagea un instant.

— C’était peut-être un peu violent.

— Mais je sais que c’est vrai. J’ai vu les viscères.

— Mais ma chérie, elle n’a que neuf ans. Ça doit lui donner la chair de poule ! Tu ne peux pas lui raconter des choses comme ça.

— Ce n’est quand même pas ma faute s’il y a des imbéciles qui massacrent nos rennes !

Hanna secoua lentement la tête, elle eut soudain envie de pleurer et dut détourner le visage. Cela ne lui ressemblait pas.

— Tu as tout à fait raison, mon cœur.

— Maintenant je m’ennuie, je n’ai personne avec qui jouer.

Anna-Stina gémissait, voulait se faire plaindre, et Hanna fut vite assaillie par la mauvaise conscience. Toujours le même problème, elle vivait loin de ses amis et se retrouvait souvent seule. Hanna jeta un coup d’œil à sa montre, elle avait encore le temps de conduire sa fille au village voisin.

— Tu veux que je te dépose chez un copain ou une copine ?

— J’en ai marre de vivre ici. De toute façon, je n’ai pas d’amis !

Hanna la laissa pleurer sur son sort. Ne serait-ce que la semaine dernière, plusieurs filles étaient venues à la maison. Hanna les avait entendues glousser dans la chambre. Mais ça, Anna-Stina l’oubliait et, chaque fois que la solitude s’imposait, c’était le drame. Chaque instant qu’Anna-Stina passait seule dans cette maison était pour elle une catastrophe.

— Peut-être que tu peux appeler Elsa pour lui demander pardon, alors ?

Anna-Stina poussa un soupir de mépris. Non, les excuses, très peu pour elle. À vrai dire, il était bien trop rare qu’elle en formule. Hanna prit place sur la banquette auprès de sa fille, entoura de ses bras son corps menu et lui caressa les cheveux. Anna-Stina commencerait sans doute à résister, à mesure qu’elle grandirait, et ne se laisserait plus embrasser, alors Hanna saisissait l’opportunité quand elle se présentait.

— La prochaine fois, je sais que tu réfléchiras au fait que tu es la plus grande, que tu sais plus de choses. Une enfant de neuf ans n’a pas besoin de tout savoir.

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