Stöld
73 – Čiežalogigolbma
Mattias fit un faux pas, trébucha et dévala la pente jusqu’au feu de camp. Au-dessus de lui se trouvait Robert. Il lui manquait une botte, son pantalon était mouillé à l’entrejambe et au genou. On aurait dit du sang. Il se tenait la poitrine en grimaçant. La chienne, qui avait aperçu son maître, poussait des gémissements et claudiquait de long en large, prête à se jeter à l’eau.
— Stop, Raija ! Arrête.
Robert avait la voix enrouée et il se tenait de nouveau la poitrine. Il glissa jusqu’au bas de la butte, l’une de ses jambes étrangement tendue. Il ôta sa botte d’un coup de pied et, sans regarder Mattias, il enfila le waders.
— Il est troué.
— Comment Raija s’est-elle retrouvée sur l’île, putain ?
Il avait déjà une jambe dans le pantalon de pêche. Une odeur astringente d’urine arriva aux narines de Mattias.
— Quand je vais revenir, tu vas voir…
Il hurla de douleur en passant la deuxième jambe. Il enfila les bretelles et ferma les boucles.
— Tu ne peux pas prendre le waders.
La voix de Mattias était monocorde. Ni têtue, ni paniquée, juste dénuée de couleur. Il fallait qu’il insiste. Mais Robert le poussa violemment sur le côté.
— La ferme !
La chienne avait toujours les pattes antérieures dans l’eau et Robert l’appela.
Dans le souvenir de Mattias, l’homme et l’animal avaient plongé à peu près au même moment. Robert avait hurlé quand les tourbillons avaient emporté sa chienne. Il s’était enfoncé trop profond, et les bottes du waders s’étaient remplies d’eau en un instant. Il avait perdu l’équilibre, s’était retrouvé la tête en bas. C’est alors que Mattias s’était mis à courir le long du rivage, s’était engagé sur une petite presqu’île pour tenter de les intercepter. La rivière y était moins profonde et il était entré dans l’eau. Le froid lui avait coupé le souffle. Il ne voyait pas la chienne, elle était sous l’eau, mais les bottes du waders fonçaient vers lui à toute allure. Il s’était jeté en avant de toutes ses forces, bras tendus, et avait refermé les doigts. Sur le néant. Rien d’autre que ses poings serrés. C’était trop tard.
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