Stöld

Ann-Helén Laestadius · Chapitre 60 sur 86

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60 – Guhttalogi

 

 

Dans la maison, ça puait la vieille éponge et le poisson qui traînait depuis trop longtemps dans la poubelle. Les canettes de bière étaient alignées sur le plan de travail et sur la table du salon. Dans la cour, Raija aboyait agressivement.

Robert les laissa cogner un bon bout de temps à la porte avant d’ouvrir, arborant un sous-pantalon et un vieux tee-shirt à imprimé effrité.

— Ça alors, vous voilà enfin, fit-il en s’efforçant de ne pas bafouiller. Voyez-vous ça, Henriksson en personne !

Il avait les cheveux humides au niveau du front et autour des oreilles. Il s’était aspergé d’eau glacée en entendant la voiture entrer dans la cour.

— Ah, tu nous attendais ? répondit Henriksson en jetant un regard circulaire. Pourtant nous avons dû frapper plusieurs fois.

— Bien sûr, vous êtes là pour me poser des questions à propos de Petri ? Il n’est pas mort de cause naturelle, je peux vous le garantir !

Robert sentit ses entrailles se retourner, la nausée lui donnait des sueurs froides.

Il vit le blanc-bec lever légèrement les sourcils tandis qu’Henriksson faisait un tour dans la cuisine et le séjour. Il bombait le torse, comme ils le faisaient au service militaire. Robert eut envie de lui ordonner de se mettre au garde-à-vous. Ce qui le fit sourire intérieurement.

— Où étais-tu ces deux dernières heures ?

— Ici, bien sûr. Je suis allé à l’enterrement, puis j’ai bu quelques bières.

Ni Henriksson ni le blanc-bec ne s’assirent, il ne leur proposa pas de chaise, mais au bout d’un moment Robert dut se laisser tomber sur le tabouret devant la cuisinière. Il essuya la sueur de son front et tenta de regarder droit devant lui.

— Peut-on imaginer que tu sois fâché de la mort de Petri au point d’aller menacer des gens ?

— Comme vous le voyez, je ne suis pas en état de conduire.

Il eut une longue quinte de toux rauque. Il gagnait du temps. Il se leva et cracha dans l’évier. Il resta debout, les paumes humides contre l’aluminium froid.

— Est-ce que vous avez un fusil ? demanda le blanc-bec.

Robert éclata d’un rire sonore qui le fit tousser à nouveau.

— Bien sûr, qu’est-ce que vous croyez, nom de Dieu ? Y a-t-il une seule personne dans le village qui n’en a pas ? Nous chassons, voyez-vous. Henriksson, qui t’a déniché un partenaire pareil ?

Henriksson s’avança vers lui et attendit que leurs yeux se croisent.

— Une personne nous a dit que tu es arrivé chez elle à motoneige. Que tu l’as menacée avec un fusil et brisé une vitre.

— Regardez-moi. Vous pensez vraiment que je peux conduire ?

Robert écarta les bras et fit un pas de côté pour ne pas tomber. Il s’accrocha à nouveau au plan de travail et sourit, conscient que ça ressemblait davantage à une grimace.

— Nous voudrions voir ta motoneige.

— Elle est en réparation.

— Le fusil alors, fit Henriksson.

Robert soupira et indiqua du menton la porte d’entrée.

Raija remuait, visiblement agitée, lorsqu’ils sortirent. Sa chaîne cliquetait. En chemin vers le garage, Ljungblad aperçut des traces dans la cour.

— On dirait qu’une motoneige est passée par là.

— Bien sûr. Les gens passent par ici toute la journée. C’est un raccourci vers un bon spot de pêche.

Le blanc-bec ne lâchait pas le morceau, il suivit les traces, contourna la maison et marcha jusqu’aux sapins. La lumière de sa lampe torche balayait la neige.

Robert frissonna dans le froid, tira sur son sous-pantalon.

— Il y a aussi des traces de pas, dit le blanc-bec de loin.

— Ah bon ? Aucune idée.

— Donc vous n’êtes pas monté dans les bois à motoneige et redescendu en courant ?

Robert secoua la tête et se dirigea en chancelant vers le garage. Henriksson lui emboîta le pas. Robert lui montra que l’armoire était bien fermée, puis l’ouvrit, sans sortir le fusil. Celui de son père était caché sous la bâche au coin du garage. Il s’efforça de ne pas regarder dans cette direction, tout en contenant ses haut-le-cœur.

Henriksson jeta un regard circulaire, la mine dégoûtée.

— Alors comme ça c’était ton père qui mettait de l’ordre.

Robert décida qu’il valait mieux ne pas répondre.

— À qui as-tu confié la motoneige ? À quel garage ?

— Je n’ai pas les moyens de payer un pro. C’est un pote qui la répare.

— Ah oui ? Et comment s’appelle-t-il ?

Robert prit son temps pour refermer l’armoire.

— Il est à Lainio.

— Nom ?

— Joel Pettersson.

— Téléphone ?

— Je ne le connais pas par cœur, je dois aller chercher mon portable.

Ljungblad entra, balaya du regard le garage et s’arrêta sur le grand congélateur blanc qui était vide depuis qu’il était tombé en panne des mois auparavant. « Jette un coup d’œil dedans, connard », pensa Robert.

— Quelqu’un peut confirmer que vous étiez chez vous au cours des deux dernières heures ?

— Dieu.

Ljungblad soupira bruyamment et le dévisagea d’un air las.

— Allons chercher le numéro de ton ami, dit Henriksson. Il paraît que sa motoneige est à Lainio, expliqua-t-il à son collègue d’une voix qui déplut à Robert.

Une fois dans la maison, Robert chercha son portable entre les coussins du canapé. De la poussière et du gravier se logèrent sous ses ongles.

— Tu l’as déniché ? demanda Henriksson qui se trouvait soudain derrière lui.

Il chercha dans ses contacts et leur donna le numéro de Joel.

Ljungblad renifla théâtralement, comme un satané chien de chasse.

— Vous sentez les gaz d’échappement de motoneige.

— Vous êtes d’où, déjà ? Vous n’êtes pas habitué aux motoneiges, hein ? Ce n’est pas moi, c’est le pantalon là. Ça s’incruste dans le tissu.

Il montra du doigt un pantalon de travail noir pendu au dossier d’une chaise.

— Je peux voir vos chaussures ?

Robert ouvrit la main, paume vers le ciel, pour leur indiquer de se diriger vers l’entrée. Il avait jeté ses grosses chaussures sous le banc le plus bas du sauna, mais il ne laisserait personne y entrer sans mandat de perquisition.

Ljungblad tourna et retourna les chaussures, les prit en photo avec son portable.

— Alors vous n’avez menacé personne dans le village voisin ?

Les yeux de Robert pétillèrent.

— Il n’y a qu’à voir combien de fois j’ai été accusé à tort. Vous êtes déjà venu ici, fit-il en indiquant Ljungblad d’un air réjoui. Et ça n’a rien donné. Les Lapons ont prétendu qu’il y avait des traces de sang jusque chez moi. Je devrais peut-être porter plainte. Pour dénonciations calomnieuses.

Il se redressa, leva le menton.

— J’ai été sympa de vous laisser entrer, mais je crois qu’on en a fini. D’ailleurs j’ai envie de pisser.

— On en reparlera, dit Henriksson en lui décochant une claque sur l’épaule au lieu de lui serrer la main.

— Faites, faites. Surtout quand vous aurez arrêté l’assassin de Petri.

— Lâche cette idée, Robert. Personne ne l’a tué, dit Henriksson, d’une voix soudain plus tranchante. Si tu cherches à te venger, tu peux arrêter tout de suite.

Robert l’ignora et dévisagea Ljungblad.

— C’est vous qui avez des racines samies, non ?

— Pas du tout, et quel serait le rapport ?

— Non, rien, simple curiosité.

Henriksson laissa Ljungblad sortir en premier et se tourna vers Robert.

— J’espère que personne du village ne t’a vu à motoneige. Sinon ça voudrait dire que tu nous as menti. Je ne voudrais pas être obligé de revenir te cueillir.

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