Stöld

Ann-Helén Laestadius · Chapitre 81 sur 86

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81 – Gávccilogiokta

 

 

Elsa marcha dans les flaques laissées par les policiers, mouillant le talon de ses chaussettes. Sa mère glissait des mèches de cheveux derrière ses oreilles, d’un mouvement mécanique. Elle venait d’aller chez le coiffeur et ne s’était pas encore habituée à sa coupe courte.

— Il ne peut pas l’avoir tué, si ? demanda-t-elle.

Elsa secoua la tête. C’était pire que ça. Tout s’éclairait à présent. Il avait gardé le waders pour se donner la mort.

— Mais il a pris le pantalon, non ? Je ne l’ai pas retrouvé dans la pile à jeter.

Sa mère tira sur sa frange, la repoussa brusquement sur le côté.

— Je crois qu’il voulait le garder comme souvenir d’áddjá.

Elsa fixa le sol.

— Tu parles d’un souvenir ! Il y a plein de tasses en bois et de couteaux, pourquoi garder un vieux pantalon ?

Mais même Elsa avait des souvenirs. Áddjá qui franchissait le ruisseau en portant Mattias, quand la chaleur arrivait d’un seul coup, faisait fondre la neige et les glaciers en altitude, rendant difficile la traversée de petits cours d’eau. Áddjá savait qu’il ne fallait pas s’engager dans l’eau profonde avec ce pantalon, mais il soulevait ses petits-enfants et marchait dans les cours d’eau. Parfois il les portait tous les deux et jamais il ne chancelait, malgré le courant qui lui poussait les jambes. Elle n’avait jamais eu peur. La dernière fois qu’il les avait portés, Mattias était déjà grand, mais áddjá avait bien vu qu’il voulait aussi grimper dans ses bras bien que ses jambes soient trop longues. Alors il l’avait hissé ; le frère et la sœur avaient hurlé de rire en s’agrippant à son cou.

— Si, c’était un souvenir.

— Mais comment Robert a-t-il mis la main dessus ?

— Peu importe. Comme l’a dit isa, personne n’aurait pu le lui enfiler de force.

— Et si…

— Quoi ?

Sa mère la regarda, paniquée.

— Je ne peux pas le dire tout haut. (Elle semblait prête à fondre en larmes, elle se prit le front entre les mains.) Imagine, s’il l’a tué, lui a mis le pantalon et l’a jeté dans la rivière pour faire croire à un accident ?

— Impossible.

— Comment le sais-tu ?

— Ce serait stupide : il y a le nom et le numéro de téléphone d’áddjá dans le pantalon. Et puis, les policiers l’auraient dit, s’ils pensaient qu’il était mort d’une autre manière. Ils disent que Robert s’est noyé, il devait avoir de l’eau dans les poumons, mais aucune trace d’une agression physique.

— Au village, j’ai entendu dire qu’il avait souffert d’hémorragies internes.

— Imagine toutes les pierres qu’il a dû heurter en descendant les rapides. C’est un miracle qu’il n’ait pas eu le crâne brisé.

La voix d’Elsa était basse, posée, mais derrière son dos, les ongles d’une de ses deux mains s’enfonçaient dans la paume de l’autre, et ses genoux vibraient sous sa longue jupe en doudoune.

— Mais comment, Elsa ? Comment est-ce possible ?

— Ne dis rien à isa, je vais parler à Mattias.

— Je devrais le faire.

— Non, je m’en charge.

— Mais où est-il ?

La maison paraissait toujours vide. Sur la voiture, la neige fondait et coulait le long des vitres et du pare-brise arrière.

— Je vais le trouver.

Elle sentit son portable vibrer dans la poche de sa jupe. Minna. Elle rejeta l’appel.

— Va te reposer, enná, je vais ranger.

Sa mère poussa un profond soupir, les mains sur l’assiette de gâteaux et la brique de lait.

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