Stöld
62 – Guhttalogiguokte
Elsa se réveillait chaque nuit, en sueur, parfois au bord des larmes. Désormais, ils avaient tous le sommeil léger. Elle entendait les pas de son père bien après minuit et Mattias n’éteignait parfois pas du tout. La lumière filtrait à travers les stores baissés. Ils verrouillaient toutes les portes et les remises, et installèrent même un cadenas au fumoir.
Une nuit, une voiture était passée devant la maison en klaxonnant, un son interminable et perçant. Elle avait couru jusqu’à la fenêtre, mais la neige l’empêchait de distinguer le véhicule, elle ne vit que deux points rouges qui disparurent rapidement.
Le jour, elle bouillait de rage, serrait les dents si fort qu’elle en avait mal à la mâchoire. Mais la nuit, la peur transpirait, la réveillait, le front glacé et la frange humide.
Ljungblad l’appela pour lui dire qu’il avait vérifié les informations.
— Sa motoneige est à Lainio. Et les chaussures dans l’entrée ne correspondaient pas aux traces de pas devant la maison. D’ailleurs, les chaussures de Robert faisaient une taille de moins.
— Vous n’imaginez pas qu’il puisse avoir plus d’une paire de chaussures ? fit-elle d’un ton sarcastique.
Ljungblad soupira à l’autre bout du fil.
— C’est compliqué quand c’est parole contre parole et qu’on ne dispose pas d’éléments techniques.
— Que dois-je faire maintenant, selon vous ?
— Je comprends votre inquiétude. J’aurais aimé vous apporter une meilleure nouvelle. Appelez-nous s’il se passe autre chose.
— Je ne dors pas plus de trois heures par nuit, ça fait une semaine que ça dure.
— Je ne lâcherai pas, Elsa. Qui sait, peut-être qu’un témoin osera nous contacter ?
Elle hésita, mais remercia tout de même le policier avant de raccrocher. C’était la première fois qu’un agent prenait leur situation à ce point au sérieux.
La porte de l’armoire était entrouverte, elle réfléchit un instant. Elle ouvrit les tiroirs contenant les vieux manuels scolaires qu’elle aurait dû jeter et sortit les jeux de société qu’elle avait réussi à conserver quand sa mère avait trié la remise. Enfant, le cluedo était son préféré. Elle ouvrit le couvercle, souleva le plateau de jeu, sortit le sachet transparent contenant les minuscules armes du crime : la corde, le poignard, le révolver, la barre de fer, la clé anglaise et le chandelier. Mais aussi le morceau d’oreille.
OceanofPDF.com