Stöld

Ann-Helén Laestadius · Chapitre 26 sur 86

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26 – Guoktelogiguhtta

 

Elsa gravit en courant la côte qui menait chez Anna-Stina, ouvrit la porte d’un coup sec avant d’avoir repris son souffle, tomba nez à nez avec Hanna qui la regarda d’un air amusé.

— Tu es matinale, comme toujours, mais cette fois-ci il se passe quelque chose de spécial, je le vois.

— Lasse vient au village aujourd’hui ?

— Non, il s’est trouvé un petit studio, il ne rentrera pas tous les soirs. Tu as quelque chose à lui dire ?

Elsa hocha la tête si violemment que ses cheveux fouettèrent l’air.

— Tu as dormi, cette nuit, ma puce ? Tu as des cernes sous les yeux.

— Je suis réveillée depuis six heures ce matin.

Elle voulait esquiver Hanna, monter immédiatement dans la chambre d’Anna-Stina, mais Hanna se posta dans l’embrasure de la porte menant à la cuisine, pour la taquiner.

— Tu ne veux pas me raconter ?

— Non, seulement à Lasse. Et à Anna-Stina. Elle est réveillée ?

Hanna acquiesça et se décala en souriant. Elsa monta les marches deux par deux jusqu’à l’étage et se jeta sur le lit à côté de son amie. Encore tout ensommeillée, celle-ci souleva la couverture. Elsa avait envie de la faire deviner, mais l’excitation bouillonnait dans son corps. Il fallait que ça sorte.

— Hier, j’ai attendu le chasse-neige sur le bas-côté. Quand il est passé, il m’a aspergée de neige.

Anna-Stina écarquilla les yeux.

— J’ai été projetée en arrière, il y avait de la neige partout. J’avais l’impression de voler ! Avec la neige en plus !

— Moi aussi je me suis déjà mise sur le bas-côté et j’ai pris une douche de neige quand mon père a déblayé avec le tracteur, fit Anna-Stina en bâillant.

Mais cela n’attrista pas Elsa. Rien ne pouvait l’arrêter. Exaltée, elle tapa des mains sur la couverture.

— Mais là, c’était le chasse-neige ! Il y avait au moins deux mètres de neige sur moi !

Anna-Stina se mordit la lèvre, puis ne résista plus.

— Ma maman va avoir un bébé. C’est un secret. Personne ne doit le savoir.

— Le chasse-neige aussi, c’est un secret.

Elsa baissa les yeux. Un bébé. Un petit bébé tout chaud. Elle repensa à Hanna qui s’était postée dans l’embrasure de la porte, le vaporisateur pour les fleurs à la main. Elle n’avait pas un gros ventre, si ?

Anna-Stina gagnait toujours. Elsa voulait rentrer chez elle. Elle repoussa la couverture, mais Anna-Stina la remit en place.

— Tu penses qu’elle devrait s’appeler comment, ma petite sœur ?

Une fille, en plus ! Elsa haussa les épaules.

— J’aime bien Melanie.

Anna-Stina la fixait. Elsa la foudroyait du regard en retour.

— Tu es sûre que c’est une fille ?

— On ne peut pas choisir, bien sûr, mais j’espère. Elle deviendra ma meilleure amie.

Elsa serra les dents si fort qu’elle avait des élancements dans les tempes. Il ne fallait pas qu’elle le dise. Il ne fallait pas.

— Moi, je n’étais pas un bébé normal.

— Comment ça ?

— Je viens d’un œuf d’étoile.

Anna-Stina haussa les sourcils.

— Les œufs d’étoile sont plus précieux que les autres. Ils coûtent cher. Avant d’exister à l’intérieur de ma maman, j’ai été fabriquée à l’extérieur.

Elsa avait vu les images des spermatozoïdes qui nagent et pénètrent dans l’ovule. Ça lui rappelait les épinoches qu’elles attrapaient dans leur épuisette l’été au bord de la plage.

— Mais… quoi ? Comment ?

Elsa avait une crampe d’estomac. Elle en avait trop dit.

— C’est comme ça, c’est tout. C’est vraiment un secret. Il ne faut en parler à personne.

— Si ma petite sœur ne s’appelle pas Melanie, j’aimerais qu’elle s’appelle Minou.

Le soir, alors qu’Elsa et sa mère étaient assises dans le canapé à regarder un film, elle n’y tint plus.

— J’aimerais avoir un petit frère ou une petite sœur.

Enná eut l’air étonnée.

— Comment t’est venue cette idée ? Tu n’en as jamais parlé.

Elsa mâcha longuement une chips en la faisant croustiller.

— Oui, mais maintenant j’en veux un, ou une.

— Tu te rappelles que je t’ai raconté que tu viens d’un œuf d’étoile et que…

— Que c’était cher et compliqué, je sais.

Sa mère souffla par le nez.

— Voyons, Elsa ! Je n’ai jamais dit ça, si ? Peu importe le prix ! Tu es la plus belle chose que nous ayons.

Elsa retint sa langue, pour ne pas lui avouer qu’elle l’avait entendue expliquer à siessá qu’une FIV, ça coûte tellement cher, que nourrir les rennes aussi, et qu’ils n’avaient pas les moyens de fabriquer d’autres œufs d’étoile.

Enná lui grattouilla le dos.

— En plus, je suis trop vieille.

Elsa avait aussi entendu enná et siessá parler du fait que Hanna aimerait avoir d’autres enfants. Siessá disait souvent qu’il fallait un fils dans la famille et ça faisait rire enná, mais rien de tout cela n’avait l’air très gentil. Alors si Anna-Stina allait avoir une petite sœur comme elle l’avait dit, ce n’était peut-être pas très bien qu’il y ait un nouvel enfant dans la famille. Elsa dut se remplir la bouche de bonbons pour ne pas divulguer le secret.

Elle s’extirpa du canapé et se dirigea vers les toilettes. La lumière de l’entrée vacilla et elle leva les yeux. Sur l’étagère à chapeaux se trouvait une enveloppe qui semblait contenir un papier froissé. À l’aide du chausse-pied, elle la fit tomber sur le tapis. En voyant le logo de la police, elle se figea, puis sortit délicatement la feuille.

— Tu veux que je mette le film sur pause ? cria sa mère.

Elsa retourna dans le séjour et lui tendit le document.

— La police ne viendra pas cette fois non plus ?

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