Stöld

Ann-Helén Laestadius · Chapitre 2 sur 86

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2 – Guokte

 

Elle entendait ses parents chuchoter au-dessus d’elle. Elle était installée dans le traîneau derrière la motoneige, enveloppée dans une couverture. Ses skis se trouvaient sous la peau de renne. Personne ne semblait s’être aperçu qu’elle avait skié toute seule jusqu’à l’enclos, personne n’en avait soufflé mot. Elsa ferma les yeux, les flocons de neige fondaient rapidement sur son visage. Le givre argenté qui couvrait ses cheveux avait disparu. Elle était à nouveau elle-même.

Ses parents, enná et isa, comme elle les appelait en sami, l’avaient trouvée assise à côté de son renne. Ils lui avaient demandé ce qui s’était passé mais elle était restée muette. Dans son poing ganté, elle serrait le petit bout d’oreille. Le sang avait séché mais la fourrure avait gardé toute sa douceur. Elle ne le leur avait pas montré, même lorsqu’ils étaient montés sur leurs grands chevaux, avaient crié que « cette pourriture » avait emporté les oreilles, toute l’oreille d’un côté, un morceau de l’autre. Il faut parfois montrer la marque à l’oreille pour prouver qu’on est le propriétaire du renne percuté par une voiture ou tué par un prédateur. Mais Elsa ne laisserait personne mettre la main sur cette oreille. Nástegallu, son renne chéri, était mort.

Sa mère s’assit à ses côtés, se serra contre elle. Elle pleurait. Elsa le savait. Enná pleurait toujours. Elle essayait de se contrôler, d’attendre qu’ils rentrent à la maison pour s’enfermer dans sa chambre, où elle croyait que personne ne l’entendait.

Son père et Mattias s’occupaient de son renne, avec le plus grand soin. Il faisait nuit depuis longtemps et Elsa ne voyait pas ce qu’ils faisaient. Pourtant, elle entendait leurs murmures.

— Elle a dû les surprendre en flagrant délit, autrement ils auraient emporté le renne, fit Mattias.

— Non, ils voulaient juste tuer et nous montrer ce dont ils sont capables.

Son père éclairait de sa lampe de poche les traces de motoneige. Elsa aurait pu indiquer la direction dans laquelle il était parti, quelles traces étaient les siennes, mais elle était incapable de lever le bras. Comme si l’oreille l’immobilisait, alourdissait sa main. Elle avait vu le signe de la mort, et elle savait que c’était du sérieux.

Le faisceau lumineux bondissait des congères aux arbres inclinés et aux marques de passage sur la neige. Son père se baissa et prit une photo avec son téléphone portable. Puis d’autres. Ils avaient aussi immortalisé le renne avant de le déplacer. Elle était certaine qu’ils avaient déjà appelé la police mais tout le monde savait que personne ne viendrait ce soir.

— Allons-y, Nils Johan. Elle est frigorifiée, dit sa mère.

Elsa tremblait, mais pas de froid. Sa mère la serra plus fort contre elle et frotta tout son corps avec vigueur. En vain.

Son père poussa l’accélérateur si fort qu’elles furent plaquées en arrière dans le traîneau. Mattias les dépassa. Il gravit la congère, le moteur vrombissant dans la forêt. Elsa savait qu’il était en colère. Quand Mattias était en colère, ça s’entendait toujours à sa motoneige. Bientôt, les feux arrière ne furent plus que deux points rouges au loin, sur le lac.

Elsa chercha ses skis sous la peau de renne, à tâtons. Elle en caressa la surface lisse. Plus jamais elle ne skierait jusqu’au parc à rennes.

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