Stöld
27 – Guoktelogičieža
Robert jeta une bonne louche d’eau sur les pierres ; de furieux crépitements accompagnèrent la vapeur qui s’élevait de toute part. Il essuya la sueur de son front, appuya ses coudes sur ses genoux et poussa un gémissement.
La chaleur lui cinglait le visage, le dos, le torse. La sueur dégoulinait dans son cou et depuis ses aisselles ; sa peau était humide entre les bourrelets de son abdomen. Il avait une serviette autour de la taille tandis que son vieux était assis à poil, les fesses sur sa serviette, sur le banc inférieur. Jadis, c’était l’inverse. Son vieux s’asseyait tout en haut et versait des louches d’eau sur les pierres jusqu’à ce que Robert se précipite dehors pour respirer. Revenir après être sorti était toujours synonyme de défaite. Son vieux, assis en hauteur, une bière à la main, le regardait le visage dénué d’expression. S’il était d’humeur vraiment maussade, il versait une nouvelle louche dès le retour de son fils. Robert n’avait alors pas le choix, il restait là, même si son corps et ses poumons brûlaient, comme consumés par les flammes.
Cela l’avait endurci. Personne dans le village ne tenait quand Robert éperonnait les pierres du sauna municipal à côté de la laverie. Assis sur la banquette supérieure, il les regardait partir l’un après l’autre. Son père n’avait pas été si bête finalement, il l’avait cuirassé.
À présent, son vieux était assis en bas, tout chétif, et on voyait bien, en regardant son dos, que chaque inspiration lui coûtait. On aurait dit qu’il pouvait basculer à tout instant. Sa bière, à côté de lui, était déjà tiède.
Son père l’avait accompagné dans les bois pour attraper les rennes. Il n’était pas si vieux, en réalité, il approchait les soixante-huit ans, mais son corps était usé. Il posait la main sur son torse, parlait d’angine de poitrine, et se mettait à tousser, comme secoué par des contractions. La BPCO, disaient les médecins. Aujourd’hui, dans la forêt, Robert s’était dit à plusieurs reprises qu’il n’aurait bientôt plus la compagnie de son paternel. Il lui faudrait tout faire seul.
— Tu devrais peut-être t’arrêter là ? suggéra Robert.
Il passa les mains sur ses bras luisants, impatient de sortir dans la neige. Mais jamais il ne céderait le premier.
— Ah bon ? Tu abandonnes déjà ? fit son père d’une voix éraillée, la poitrine sifflante.
— Non, mais on dirait que tu as du mal à respirer.
— Bah ! (Son père, saisi d’une quinte de toux rauque, reprit difficilement son souffle.) Il ne faut pas parler dans un sauna, parvint-il finalement à prononcer.
Le vieux racontait tellement de conneries, mais Robert le laissait dire. Une forte odeur de transpiration lui piquait les narines. Le vioc refusait toujours de prendre une douche avant le sauna et ses pores exhalaient une telle puanteur ! De la sueur et du vieil alcool.
Robert, lui, commençait à se détendre. Le bourdonnement familier qui apparaissait peu à peu dans son corps et sa tête, après la troisième ou la quatrième canette.
Tout s’était bien passé, après tout. La viande était emballée, prête.
Il bougea délicatement l’épaule, de haut en bas. Le sauna ramollissait tout, les articulations et les muscles. La chaleur le piquait comme des aiguilles brûlantes, mais ses muscles contractés se relâchaient.
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