Stöld
74 – Čiežaloginjeallje
Hanna serrait la main de sa fille dans la sienne. Les doigts d’Anna-Stina étaient glacials et elle grelottait comme si le froid venait de l’intérieur. Hanna l’avait enveloppée dans deux couvertures. Puis elle lui avait demandé si elle pouvait lâcher sa main pour aller téléphoner.
D’abord le 112. Elle avait balbutié que sa fille avait besoin d’aide, qu’elle saignait.
— Oui, elle est enceinte, c’est ce que j’ai dit, vous êtes sourd ou quoi ?
Mais il n’y avait pas d’ambulance au dépôt le plus proche. Le personnel remballait ses affaires et partait à dix-sept heures, il fallait envoyer une ambulance depuis la ville. Ce qui signifiait une attente de plus d’une heure.
— Un hélicoptère alors, gémit-elle, on ne peut pas attendre une heure.
— À combien de semaines est-elle ? Malheureusement le risque de fausse couche…
Hanna baissa le téléphone. Elle n’avait pas de voiture, Ante était parti réparer la clôture, préparer le travail de l’automne et de l’hiver ; un cousin avait emprunté celle d’Anna-Stina. Elle était seule, comme toujours. Heureusement que Jon-Isak était avec son père, au moins il ne voyait pas le sang et la panique.
— Ça va aller, ça va aller, s’entendit-elle répéter à sa fille.
Il fallait qu’elle trouve une solution. Elle ne pouvait pas échouer. Mais l’affolement était en train de prendre le dessus. Ses doigts étaient engourdis et la nausée l’assaillit. Il fallait qu’elle bouge. Elle se leva.
Elsa possédait le don. Elle pouvait arrêter le sang. Même si elle ne paraissait pas vouloir l’admettre, tout le monde savait que c’était une gunsttar. Hanna fit défiler ses contacts, sélectionna son nom. Les tonalités retentirent, mais elle ne répondit pas. Le visage d’Anna-Stina pâlissait devant ses yeux. Ou n’était-ce qu’une impression ?
Hanna était accablée par la honte qui la consumait comme une flamme sauvage. Cinq minutes plus tôt, sa fille avait pris les commandes, en dépit de sa propre terreur. Anna-Stina était sortie des toilettes et s’était écroulée sur le sol de l’entrée en criant qu’elle était en train de perdre son enfant. Hanna s’était instinctivement bouché les oreilles. Voyant que sa mère ne lui venait pas immédiatement en aide, Anna-Stina avait hurlé : « Tu dois m’aider ! »
Hanna était allée chercher son téléphone sur la table de la cuisine, avait récupéré des couvertures dans le séjour et des serviettes dans la salle de bain tandis que les cris de sa fille terrifiée la suivaient dans toutes les pièces.
Elle regarda sa magnifique fille qui enserrait de ses bras crispés son ventre arrondi tandis que le sang rougissait les serviettes posées au-dessous d’elle.
Anna-Stina attira sa mère contre elle, à la recherche de proximité. Hanna se retrouva à genoux et leurs doigts s’entremêlèrent.
— Je vais appeler… (La voix de Hanna se brisa.) Je vais appeler quelqu’un d’autre capable d’arrêter le sang.
Elsa ne répondit pas au téléphone.
En réalité, Hanna voulait s’arracher à cette étreinte, ouvrir la porte, courir sans jamais se retourner. Elle n’y arriverait pas. Anna-Stina serra les mains de sa mère plus fort et la fixa droit dans les yeux.
— Il faut que tu sois ma mère, maintenant. Il le faut !
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