Stöld

Ann-Helén Laestadius · Chapitre 75 sur 86

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75 – Čiežalogivihtta

 

 

Mattias roula jusque chez lui. Avec la vitesse, ses vêtements mouillés s’étaient figés, c’était presque de la glace contre son corps. Mais il n’avait pas froid. Il ne ressentait rien. Il se gara près de la maison qui lui appartenait, mais qu’il ne considérerait jamais comme la sienne. Sans un regard vers chez ses parents, il entra, verrouilla la porte, n’alluma aucune lumière.

Dans la salle de bain, il se démena pour ouvrir l’unique bouton de son jean, mais ses doigts étaient gelés jusqu’à l’os. Il enleva son haut et frissonna lorsque l’étoffe froide et humide glissa le long de sa poitrine. Il se rinça les mains à l’eau chaude jusqu’à sentir des fourmillements, comme des aiguilles qui s’enfonçaient dans sa peau. Son jean passait à peine les hanches et se coinça au milieu des cuisses. Il ouvrit l’armoire de la salle de bain à la recherche de ciseaux – autant le découper – mais n’en trouvant pas, il tira comme un forcené sur le tissu mouillé au niveau des chevilles. Il avait l’impression que ses pieds allaient être arrachés. Ses cuisses étaient rouges et blafardes à la fois. Il se dirigea nu, dans le noir, vers la chambre et ouvrit les tiroirs de sa commode. Un caleçon et un tee-shirt, ça suffisait. Une fois habillé, il pouvait de nouveau respirer. Depuis le lit, il avait une vue sur le lac lisse comme un miroir sous la lune. Impossible de se repérer dans le temps. C’était peut-être déjà la nuit.

Il était resté longtemps assis près de la rivière, le regard fixé sur une pierre où l’eau formait une mousse blanche. Incapable de suivre une pensée jusqu’au bout. Le vent avait tenté de sécher ses vêtements, mais l’eau de la rivière s’y était accrochée. Ses oreilles avaient rougi, ses lèvres bleui.

Dans la maison d’áddjá et áhkku, son corps dégela lentement. Seuls ses pieds demeuraient glacés. Ses talons et ses orteils étaient endoloris lorsqu’il fit le tour du lit pour ôter le couvre-lit gris clair. Il le plia et le suspendit sur le dossier de la chaise. Il se força à soulever la couverture et à se glisser dans le lit. Et sa tête s’enfonça dans l’oreiller en duvet.

Elsa était allongée sur son lit, tout habillée. Robert pouvait lui rendre visite cette nuit, elle en était convaincue. Peut-être mettre le feu à leur maison. La tuer. Tous les tuer. Cette fois il ne laisserait ni porte ni fenêtre l’arrêter.

Incapable de trouver le repos, elle se leva, fit les cent pas en envisageant les différentes options. Mais ses pensées s’emmêlaient, labyrinthiques. Devrait-elle prévenir Mattias qui était seul chez lui ? Elle l’avait entendu rentrer à motocross. Devrait-elle prévenir ses parents endormis ? Ou devrait-elle appeler la police et tout raconter ? Sous son lit, elle avait glissé une hache récupérée dans le garage. Elle s’allongea de nouveau et se précipita au pied du lit, s’entraînant à saisir l’arme le plus vite possible.

Elle aurait pu le tuer ; ils auraient été tranquilles. Au lieu de ça, elle avait ouvert les vannes de sa folie.

Elle s’assit de nouveau, entoura ses genoux de ses bras. Se balança d’avant en arrière. Elle aurait dû tirer ! Et expliquer que c’était la seule issue possible.

Quel Dieu l’avait aidé à déplacer le quad ? Son estomac se noua. Avait-elle bien cherché dans la forêt ? Et s’il était parti en titubant, gravement blessé, et s’était évanoui à cause des lésions et de l’effort ? Elle avait vu du sang, non ?

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