Stöld

Ann-Helén Laestadius · Chapitre 61 sur 86

Pages du PDF

Stöld

61 – Guhttalogiokta

 

Hanna vit la voiture de police entrer dans la cour et se passa un coup de brosse. Elsa avait appelé pour dire que la police allait sans doute venir. Elle ouvrit avant qu’ils frappent et ils restèrent dans le vestibule. Elle ne voulait pas les inviter dans la maison. Elsa savait déjà que Hanna n’avait pas vu la motoneige. À présent, il fallait le répéter aux policiers. Oui, elle avait entendu une motoneige, mais c’était habituel, on ne se levait pas à chaque fois pour regarder par la fenêtre. Sauf dans les cas où Jon-Isak était parti faire une virée, alors elle pouvait ouvrir le rideau quelquefois pour s’assurer qu’il ne traversait pas le lac pour disparaître de son champ de vision. Elle avait un peu de jugeote, tout de même.

— Alors, vous n’avez pas vu passer quelqu’un devant chez vous à motoneige ? demanda le plus âgé des policiers.

Il la dévisageait, ce qui la mettait mal à l’aise.

— Non. Elsa est la seule à l’avoir vu ?

— Oui, la seule. Nous avons fait du porte-à-porte dans les maisons devant lesquelles il a dû passer, mais personne n’a rien vu. Un homme dans la maison blanche… (le plus jeune des deux policiers feuilleta un carnet) a dit qu’il avait vu une motoneige, mais alors sa femme a dit qu’il avait l’habitude de se mélanger les pinceaux et qu’ils n’avaient rien vu du tout.

Hanna hocha lentement la tête.

— Vous comprenez que la seule solution, c’est de prendre Robert Isaksson en flagrant délit. Il faut que vous veniez plus souvent.

— Oui, nous avons déjà entendu ça plusieurs fois. Mais vous pouvez aussi nous aider en livrant un témoignage, rétorqua le plus âgé d’un ton assez sec.

— J’aurais témoigné sans problème, croyez-moi, mais malheureusement je n’ai pas regardé dehors quand la motoneige est passée. Les autres n’osent pas. Ce sont des petits villages, on ne veut pas porter préjudice à son voisin.

— Quelles sont les rumeurs qui circulent dans le village actuellement, qui expliquent ce qui aurait pu se passer ?

— Elsa n’invente rien, je vous le garantis. (À présent, Hanna haussait le ton.) Cela fait longtemps qu’on la menace. On a rayé sa voiture, on lui a envoyé des SMS horribles. Et maintenant ce taré croit qu’on a tué son copain. Certains vont même jusqu’à dire que ce serait mon mari, parce que c’est lui qui a identifié le renne pour le compte du sameby.

Elle se tut et dut soudain s’appuyer sur le cadre de la porte. Robert aurait aussi bien pu entrer dans leur cour à la recherche d’Ante. Il aurait pu lui tirer dessus. Ou sur Jon-Isak. Ils fermaient rarement la porte à clé. Hormis la nuit.

— Il est dangereux, vraiment dangereux, marmonna-t-elle.

— Hélas, sans témoins on ne peut pas faire grand-chose.

— Et lui, qu’est-ce qu’il dit ?

— On ne peut pas en parler. Mais pour l’instant c’est parole contre parole, c’est pour ça qu’on a besoin de témoins.

— Alors il va s’en tirer, une fois de plus.

La voiture de police partie, Hanna resta sur la chaise de la cuisine la plus proche de la fenêtre. Durant un long moment, elle fixa l’obscurité. Elle écrivit un SMS à Elsa pour lui demander comment elle allait, celle-ci lui répondit par un « ça va ». Elle envoya le SMS suivant à Jon-Isak pour lui demander si son père et lui avaient passé une bonne journée dans la cabane, là-haut. Son fils lui répondit gentiment et termina comme toujours par un cœur. Elle lui en envoya trois en retour.

OceanofPDF.com