Stöld

Ann-Helén Laestadius · Chapitre 40 sur 86

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40 – Njealljelogi

 

Les coups de feu qui avaient retenti la veille à proximité immédiate du village étaient devenus un sujet de conversation brûlant. L’un disait en avoir entendu deux, l’autre trois. En pleine journée. Elsa ne confia à personne qu’elle avait vu la jeep de Robert garée sur une aire de stationnement au bord de la route. Elle avait envisagé d’en parler à Mattias, mais n’en avait rien fait. Dans la supérette, on suggérait que quelqu’un avait tiré sur un renard galeux. Ou bien c’était quelqu’un qui avait tué des rennes. Mais ça, on ne le criait pas sur tous les toits.

Il faut dire que le tri approchait. Ensuite, les rennes seraient moins exposés. Elsa comptait les jours, comme tout le monde. On prévoyait un temps froid, mais ces derniers jours, les températures s’étaient radoucies.

Plus au sud, dans le Jämtland, les éleveurs étaient las de trier les rennes sous la pluie, la neige et les vents violents. Ils avaient construit un enclos de tri couvert. « Couvert ? » s’étaient indignés les anciens de la communauté d’Elsa. C’était contre-nature, ce n’était pas comme ça qu’on faisait.

Le père d’Elsa avait gardé le silence lorsque le sujet avait été abordé ; il s’était contenté de disparaître dans la remise. Il y avait un gros problème, ils le savaient tous. De la pluie en plein hiver. Elsa était très inquiète. Bien sûr, ils avaient tiré la sonnette d’alarme, essayé d’attirer l’attention des gens qui vivent loin des pâturages des rennes, de leur faire ouvrir les yeux : « Ne voyez-vous pas ce qui se passe ? Nous en sommes témoins depuis longtemps ! Voilà des années que nous clamons que le climat est en train de changer. » Mais comme d’habitude leurs voix avaient été trop frêles, le vent n’avait pas eu la force de les porter jusqu’à destination. Par conséquent, certaines communautés d’éleveurs bâtissaient des abris et on se disait qu’au moins il faisait chaud.

Mais il suffisait de poser les yeux sur ses petits-enfants pour avoir les jambes en coton. Un abri, ce n’était qu’un expédient.

Elsa s’assit dans la voiture. C’était la première voiture qui lui appartenait, une Skoda Octavia bleu clair qu’elle avait achetée à prix d’ami à un cousin. Elle roula lentement vers l’aire de stationnement à la sortie du village mais ne sortit pas tout de suite du véhicule. Parfois, mieux valait rester dans l’ignorance. Elle finit par descendre malgré tout et observa attentivement le sol. Le chasse-neige avait eu le temps de faire quelques allers-retours – toutes les preuves pouvaient se trouver enfouies dans les congères. Elle posa le pied avec précaution, scruta la neige alentour. Blanche, vierge. Un peu plus loin, elle aperçut des empreintes laissées par des rennes. Elle s’approcha à grandes enjambées dans la neige profonde. Il s’agissait d’au moins deux bêtes, sans doute plus. De nombreuses traces en direction de la forêt. Elle essaya de marcher dans leurs pas, dégageant la neige à coups de pied sans rien trouver. Elle finit par arriver entre les sapins ; les foulées s’enfonçaient dans la forêt. Ces rennes s’en étaient tirés. Aucune touffe de poils, aucune trace de sang, seulement de la neige. Quel soulagement ! Ça devait être le renard galeux après tout. Elle rebroussa chemin, piétina pour ôter la neige de son jean, remonta dans sa voiture et démarra.

Au loin, près du ruisseau, elle aperçut les corbeaux qui tournoyaient en l’air, se posaient dans la confusion. Cela pouvait être un renne percuté par une voiture – ou tout autre chose. Elle roula lentement, dépassa le ruisseau, vit les oiseaux s’affairer. Elle continua encore deux cents mètres avant de s’arrêter sur une place de stationnement. Elle considéra ses options. Elle avait rendez-vous chez le coiffeur dans une bonne heure. Il pouvait très bien s’agir d’un renard que le tireur avait jeté dans le fossé. Il lui suffisait de vérifier, puis elle pourrait continuer sa route.

Elle exécuta un demi-tour serré pour retourner au ruisseau. Il était invisible depuis la chaussée. Elsa se gara le plus près possible du fossé, alluma ses feux de détresse et sortit.

Les corbeaux s’envolèrent. Ne restèrent que deux sacs en plastique bleus marqués du nom de la société minière. L’un était lacéré, l’autre intact. Un intestin pendait de la brèche. Elsa alla chercher ses gants de protection dans le coffre.

Depuis la cime des arbres, les oiseaux la fixaient de leurs petits yeux de jais. Le ruisseau gelé était perforé, comme si on avait voulu l’entailler à la hache. Afin d’y jeter les paquets, peut-être ? En espérant qu’ils coulent jusqu’au fond. Elle souleva délicatement l’un des sacs ; l’intestin glissa un peu plus hors de l’orifice. Il ne semblait pas complètement gelé. Peut-être les sacs avaient-ils été conservés dans un endroit plus chaud avant d’être abandonnés dans la forêt, songea-t-elle. C’était lourd. Elsa se prépara psychologiquement à découvrir son contenu. Les corbeaux étaient parvenus, de leurs becs acérés, à percer un large trou. Elle s’empara du sac et tira d’un coup sec. À la vue de la tête de renne, elle fit un bond en arrière. Prise d’un haut-le-cœur, elle se racla la gorge. La marque à l’oreille. C’était un renne de Mattias. La tête était barbouillée de sang. Dessous se trouvaient les boyaux, le reste des viscères et les sabots. Elle souleva le deuxième sac, tout aussi lourd, le palpa et devina, à la forme, qu’il s’agissait d’une autre tête de renne.

Un bruit s’échappa de sa gorge. Un gémissement. Quelques respirations et elle se ressaisit. Elle jeta un regard circulaire avant de se diriger, jambes tremblantes, vers un petit bouleau à proximité. Elle se hissa sur la pointe des pieds pour arracher une branche. Celle-ci refusait de céder. Avec un rugissement, Elsa s’y suspendit de tout son poids. La branche se brisa avec un craquement. Elsa s’en servit pour remuer le contenu du sac. Elle y trouva des gants en plastique fin. De l’ADN. Et sa voiture qui était arrêtée sur le parking. Elsa se força à regarder la tête à nouveau. La balle s’était logée juste sous l’œil.

Elle n’appellerait ni son père ni Mattias. Pas maintenant. Pas au moment où tout le monde préparait un événement majeur de l’année. Elle s’en occuperait toute seule.

Quelques mois plus tôt, elle avait réussi à obtenir le numéro de la ligne directe du policier Henriksson, mais elle ne l’avait encore jamais appelé. Elle avait toujours suivi la procédure correcte, en passant par le chef du poste de police ou le centre d’appels régional de la police. Mais à présent elle bouillait de rage.

Henriksson répondit au bout de six sonneries, essoufflé, la voix fébrile. Elle se présenta et crut entendre un soupir.

— J’ai trouvé deux grands sacs en plastique contenant les restes d’au moins deux rennes. Quelqu’un les a tués et dépecés. Hier nous avons entendu des coups de feu à la sortie du village et j’ai noté un impact de balle dans l’une des têtes. Je n’ai ouvert qu’un sac pour ne pas altérer des preuves.

Elle se demanda s’il lui arrivait de penser au jour où elle était venue dans son bureau, dix ans plus tôt. Ils ne s’étaient pas revus depuis, mais Elsa lui avait parlé plusieurs fois au téléphone.

— Eh bien, normalement, ce n’est pas moi que vous devez appeler. Mais je peux vous dire qu’à l’heure actuelle nous n’avons pas la possibilité de nous déplacer. La patrouille est occupée.

— Mais qu’est-ce que je fais des sacs ? Je les laisse ici ? Les corbeaux en ont déjà ouvert un, ils dévorent le contenu. Les indices disparaissent. Il y a même des gants en plastique dans l’un d’eux. De l’ADN, je me suis dit…

— Occupez-vous des sacs, s’il vous plaît, et déposez une plainte. Nous viendrons dès que possible, mais maintenant c’est impossible.

— Je crois qu’il y a des traces dans la neige que vous devriez regarder.

— Puisque je vous dis que c’est impossible. (Il semblait agacé.) Déposez une plainte et on en reparle plus tard.

— Vous ne pouvez pas enregistrer ma plainte ?

— Nous allons commencer notre réunion de fin de journée. Appelez le 114 14.

Elle raccrocha sans prendre congé.

Elsa fixa la remorque stockée dans la cour à la voiture. Avant de repartir, elle aperçut, dans le rétroviseur, sa mère sur le perron.

Elle conduisit dangereusement vite jusqu’à la rivière, se gara à moitié dans le fossé, dans le sens inverse de la circulation, et alluma de nouveau ses feux de détresse.

Les corbeaux s’envolèrent à son approche. Ils avaient eu le temps de s’attaquer à la tête, avaient arraché un œil. Elle traîna le premier sac jusqu’à la remorque. Puis le deuxième. Une fois tout en place, elle fixa les tendeurs. Le coffre aurait sans doute été assez grand, mais elle refusait de les avoir si près d’elle. Sans doute son inquiétude était-elle infondée, mais elle avait peur que ça commence à dégeler et que ça empeste ; si la puanteur ne partait pas, elle serait obligée de se débarrasser de la voiture. Elle n’était pas sensible aux odeurs, mais ce serait un rappel constant.

La remorque l’empêcha de conduire aussi vite qu’elle l’aurait voulu. Son rendez-vous chez le coiffeur, elle pouvait faire une croix dessus.

Arrivée devant le commissariat, elle se gara en marche arrière sur deux places de parking. Elle savait reculer avec une remorque depuis l’âge de seize ans, plus rapidement et mieux que Mattias.

La porte était fermée et la lumière était éteinte à la réception. Elle sortit son portable, composa le 114 14, et demanda à parler au centre d’appels régional de la police. Elle attendit plusieurs minutes avant que quelqu’un réponde. Elle se présenta à nouveau et ajouta le nom de son sameby.

— Je me trouve devant le commissariat avec les preuves d’un acte de braconnage.

— Ah bon ? Vous avez porté plainte ?

— Je le fais maintenant. Quelqu’un peut venir s’en occuper ?

— Les patrouilles sont sorties. Qu’est-ce que vous avez apporté ?

— Les restes de deux rennes abattus.

— Il s’agit donc d’un vol, la corrigea-t-il avec condescendance. Les rennes s’apparentent à des animaux domestiques comme les chiens ou les moutons, il ne s’agit donc pas de braconnage. Les élans, en revanche…

Elle l’interrompit.

— Je connais la loi. Quoi qu’il en soit, je suis là avec les preuves que quelqu’un a abattu et équarri deux rennes.

— Malheureusement, comme je viens de vous le dire, personne ne peut s’occuper de ça pour le moment.

— Alors qu’est-ce que je dois faire, d’après vous ?

— La patrouille devrait être de retour d’ici deux heures environ.

— Vous voulez dire qu’il n’y a pas un seul policier au commissariat qui pourrait réceptionner ces sacs ?

— Non, les enquêteurs ont fini leur journée et nous, au centre d’appels, nous sommes à Umeå. Il n’y a qu’une seule patrouille là-haut en semaine, que voulez-vous ! Je suis navré, mais…

Elsa raccrocha. Elle détacha les tendeurs. Ils étaient glacials entre ses doigts. Elle traîna les sacs jusqu’à l’entrée du commissariat et prit une photo qu’elle envoya par mail au journal local.

Elle fit défiler les documents dans son portable et ouvrit la vidéo qu’elle aurait dû montrer à Mattias. Si un journaliste daignait lui répondre, elle la lui enverrait. La séquence était brève, parfois floue et filmée d’une main instable. Le son avait été supprimé. Un homme à califourchon sur le renne, comme si c’était un cheval. Il le tenait par les bois et lui donnait des coups de talon. L’homme n’apparaissait que quelques secondes, de dos. Il était petit, plutôt gras, et tout en noir. Elle reconnaissait la forêt, à quelques kilomètres seulement de chez eux. On apercevait une tour de chasse à l’élan qui lui était familière. Le clip n’avait pas encore commencé à circuler dans des cercles plus larges, mais ça ne saurait tarder.

Un quart d’heure plus tard, une vieille Toyota blanche s’arrêta sur le parking devant sa voiture. En sortit une jeune femme coiffée d’un bonnet noir, portant une épaisse parka et de grosses bottes noires. Elle leva la main en signe de salut et s’avança en direction d’Elsa et des sacs.

— Bonjour ! C’est vous qui nous avez écrit ? Je m’appelle Lovisa Wikberg.

Elle ôta son gant et tendit une main chaude qu’Elsa serra.

— Ce sont deux rennes morts, ou plutôt les têtes et les viscères de deux bêtes.

— Je dois dire que vous avez choisi une manière très théâtrale de déposer une plainte. Ce n’est pas tous les jours qu’on apporte des sacs contenant des cadavres de rennes devant le commissariat.

Lovisa exhiba un petit carnet de notes et un crayon à papier.

— J’en ai eu assez de toujours recevoir la même réponse. Qu’il n’y a pas de policiers disponibles pour venir chaque fois que nous retrouvons des rennes torturés et tués illégalement.

Lovisa griffonnait rapidement sur son bloc, tout en la regardant.

— La police ne nous prend pas au sérieux, poursuivit Elsa. Chaque année nous perdons un nombre incalculable de bêtes sans que les coupables soient inquiétés.

— Pourquoi, à votre avis ?

— Parce que c’est classé comme vol ou acte de vandalisme et que ce n’est pas assez intéressant pour y affecter des ressources. Pour nous ce n’est pas un vol. C’est un assassinat. En toute conscience.

La voix d’Elsa devint rauque. Elle sortit son portable.

— Vous devriez aussi regarder ce film. Il s’agit d’un homme qui brutalise et chevauche un renne terrifié.

Lovisa eut l’air sincèrement scandalisée.

— Quelle horreur ! Que ressentez-vous lorsque vous voyez ça ?

Elle tourna la page et posa son crayon sur une page vierge.

— Je crois qu’il faut être éleveur pour comprendre. C’est une grande souffrance. (Sa voix se brisa et elle se racla la gorge.) Les rennes sont notre raison d’être. Nous travaillons avec les rennes, ils font partie de nos vies. De voir que personne n’intervient quand nos animaux se font assassiner, eh bien…

— Je comprends. Ça doit être terrible.

Lovisa baissa son bloc.

— Je vais prendre quelques photos. Je peux ?

Elsa hocha la tête et regarda Lovisa manipuler un flash sur son appareil. Elle marmonna qu’il était difficile d’avoir de bons clichés dans le noir. Elsa se dit qu’elle aussi ferait mieux de prendre des photos. Il était arrivé que des preuves disparaissent. Elle écarta le pan déchiré du sac et photographia la tête avec l’impact de balle et l’œil manquant.

— Savez-vous à qui appartient le renne ?

— Oui. (Elle hésita.) Il vient de notre communauté d’éleveurs.

— D’ailleurs, ajouta Lovisa en levant la tête, ils mettent en ligne une vidéo où on les voit : comment peuvent-ils être aussi stupides ?

— C’est simple. Ils ont un sentiment d’impunité totale. Ils savent que l’enquête sera classée sans suite.

— Mais cet homme, on pourrait le reconnaître, non ? Le clip pourrait constituer une véritable preuve.

Elsa avait regardé le court extrait tellement de fois. Bien sûr que quelqu’un pourrait le reconnaître. Elle, non. Trop rapide et trop flou.

— Même si quelqu’un le reconnaît, personne n’aidera la police à l’identifier. Et puis, on ne sait pas à qui appartient le renne, il n’y a donc pas de plaignant. Mais vous pouvez peut-être pousser les policiers dans leurs retranchements, poser les questions qui dérangent.

Lovisa sourit.

— À vrai dire, je suis journaliste culturelle. Je travaille à Luleå et je ne suis là pour que pour quelques mois. On ne peut pas dire que je sois spécialisée dans les affaires criminelles. Mais bien sûr que je vais poser des questions.

Elle jeta un coup d’œil à sa montre.

— Je dois y aller, j’étais en route pour un concert à l’église. Donnez-moi votre numéro de portable et on en reparle plus tard, une fois que j’aurai contacté la police. Au fait, je peux prendre une photo de vous ?

— Je ne sais pas.

— Je peux quand même mentionner votre nom et celui de votre communauté d’éleveurs ?

— Oui, d’accord.

Lovisa esquissa un petit sourire, sortit ses clés de voiture et passa les doigts sur l’appareil photo en bandoulière autour de son cou.

— Je peux peut-être prendre une photo, au cas où, et vous vous déciderez plus tard ?

Elsa acquiesça. C’était toujours plus dur une fois que la rage s’était apaisée. Quand le désespoir prenait le dessus. Quand le sentiment que plus rien n’avait d’importance la frappait de plein fouet. Personne de sa famille n’avait figuré dans le journal. C’était presque toujours Olle, le président du sameby, qui prenait la parole. Les journalistes se contentaient généralement d’une brève à propos des rennes morts. Ils ne cherchaient pas à creuser. Celle-ci était peut-être différente. À moins qu’elle ne soit attirée par ces dépouilles de rennes insolemment posées devant la porte du commissariat. Elsa ne voulait pas passer pour une pleurnicharde, elle voulait juste que les gens comprennent. Trop souvent, c’étaient les Samis qui criaient le plus fort qui parvenaient à s’imposer dans les médias, car les journalistes aimaient attiser les conflits. Certains Samis aimaient repousser les limites, s’exprimer avec âpreté, mépris, voire de manière menaçante à propos de la société majoritaire. C’était « eux » contre « nous ». Elsa avait du mal avec ce genre de rhétorique. C’était beaucoup trop facile pour ceux qui les haïssaient de faire des amalgames, de traiter tous les Samis de chouineurs ou de révoltés. Aujourd’hui c’était peut-être elle qui dépassait les bornes. En restant plantée là, les bras en croix, devant les cadavres de ces animaux.

— Vous pouvez faire un portrait, mais je ne veux pas être prise en photo avec les sacs.

Lovisa hocha la tête avec un enthousiasme suspect. Elsa affichait un air inflexible quand le flash illumina son visage.

— Il faut que ça soit juste, que les gens comprennent.

— Bien sûr. C’est quelque chose de très important. Je vous appelle après le concert pour que vous me racontiez en détail où vous avez trouvé les sacs, entre autres.

Lovisa regarda de nouveau sa montre, remercia Elsa pour l’entretien et se dirigea à grands pas vers sa voiture.

Elsa se sentait mise à nue. Elle était mal à l’aise, comme si elle s’était confiée à quelqu’un qui ne l’avait pas écoutée jusqu’au bout.

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