La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)

Chapitre 9

Dragos versa du sherry dans un verre et le déposa sur la table basse en acajou, près du siège qu’occupait le warlock. Ce dernier but une lente gorgée avant de donner son approbation d’un signe de tête.

Une fois encore, Dragos espéra que le warlock ne ressente pas son chaos intérieur. Même si cela faisait déjà un an qu’il servait son nouveau maître, il demeurait mitigé quant à cette allégeance. Il trouvait cependant du réconfort dans l’idée que le warlock pourrait l’aider à enfin prendre sa revanche.

Et même si le warlock donnait les ordres, il n’était pas techniquement son maître, mais plutôt son patron. Après tout, leur association n’était que purement professionnelle. Une fois qu’il aurait reçu son dû pour avoir soutenu le warlock dans sa quête, Dragos repartirait vers l’ouest où il lui restait une tâche à terminer.

Et si le warlock pouvait lire dans ses pensées ? se dit-il, alarmé. Dragos avait été témoin des pouvoirs de l’homme en de nombreuses occasions, et il était curieux d’en connaître les limites. Mais si je joue bien mes cartes, je deviendrais le vampire le plus puissant de la planète, songea-t-il en regardant les épaisses tentures qui avaient été tirées devant la grande fenêtre pour éviter que la lumière du jour ne pénètre dans son sanctuaire. Plus puissant que l’Alliance de l’Ouest. Plus puissant encore que l’Alliance de l’Est… et je tiendrai enfin la revanche que je rumine depuis cinq siècles.

— Tu auras ta revanche, Dragos, ne crains rien, dit le warlock d’un ton neutre.

Les yeux de Dragos se détachèrent aussitôt du liquide carmin qu’il faisait pensivement tourner dans son verre pour se poser sur son visiteur. L’homme lisait-il réellement dans ses pensées, ou possédait-il simplement une incroyable intuition ?

Les bougies qui flambaient partout dans la pièce faisaient danser une multitude d’ombres sur le visage du warlock, accentuant encore l’aura de mystère qui émanait de lui.

— Que penses-tu de ce petit manoir que je t’ai trouvé ? Tu t’y sens chez toi ? demanda-t-il.

— Il est douillet, et son emplacement est opportun. À trente minutes de notre principal lieu de recrutement et pourtant perdu au milieu de nulle part.

— Je suis content qu’il te plaise. Mais parlons un peu des affaires. Où en sommes-nous, point de vue vivres ?

— L’approvisionnement est suffisant, même si nous continuons d’agrandir la ferme pour subvenir aux besoins des prochaines recrues. Ce qui reste compliqué, c’est la logistique. Le transport des victuailles jusqu’au camp d’entraînement est toujours problématique. On court le risque que les flics nous arrêtent…

— Les chauffeurs sont censés gérer ça, l’interrompit le warlock.

— Oui, la plupart le font, mais ils ne maîtrisent pas tous l’envoûtement de manière efficace. Ils ont beaucoup à apprendre en peu de temps, répondit Dragos, nerveusement.

Le Warlock ne poussa pas plus loin le sujet.

— Acheminer les provisions jusqu’au camp, dans les montagnes, prend un certain temps, continua Dragos. La seule solution pour accélérer les choses est d’augmenter le nombre de voyages, ce qui veut dire accroître notre visibilité.

— Je suis sûr que tu trouveras comment faire.

Le ton était sans appel, et Dragos ne put qu’acquiescer.

Le warlock se leva de son fauteuil et s’approcha du feu qui crépitait dans la cheminée. Les mains tendues vers les flammes, il contemplait le ballet incandescent.

— Et pour le recrutement ? demanda-t-il.

— Tout se passe comme prévu. Nous sommes déjà suffisamment nombreux pour résister à la plupart des menaces. Dans un an, nous serons imbattables.

La réponse sembla satisfaire le warlock. En réalité, le recrutement aurait été plus rapide et infiniment plus facile s’ils étaient restés dans la banlieue de Chicago, mais le warlock avait insisté pour déplacer leur opération dans ce coin paumé du Montana. À Chicago, la disparition de quelques gamins passait inaperçue. Mais à Bozeman, ville de quarante mille habitants, plusieurs gosses manquant à l’appel en l’espace de quelques jours, et c’étaient les gros titres assurés.

Dragos comprenait les raisons de ce déplacement, cela faisait partie du plan. Mais quelques détails restaient obscurs et il soupçonnait le warlock de ne pas être totalement honnête envers lui.

— Et l’entraînement ? demanda le warlock, en s’éloignant de la cheminée pour se servir un autre verre de sherry.

— C’est en cours. Les recrues sont ferventes, mais manquent parfois de discipline. En général, elles se réjouissent des prouesses physiques que leur procure leur nouvelle condition, mais elles négligent souvent l’intellect, et c’est problématique pour l’apprentissage de l’envoûtement.

— Que fais-tu pour remédier à cela ?

— On commence à enrôler des candidats plus intelligents.

Visiblement satisfait de la réponse, le warlock s’apprêtait à prendre congé lorsque Dragos lui demanda :

— Veux-tu faire le tour de la ferme ? Nous avons amélioré les installations depuis ta dernière visite.

— Pourquoi pas… répondit le warlock, après une seconde de réflexion.

OceanofPDF.com